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07/06/2011

Commentaires

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C'est sans doute l'élément le plus important que tu soulignes : le mépris n'est que très rarement un instrument efficace en vue de l'instruction d'autrui.
Par contre, je me demande sincèrement si ce n'est pas un peu jouer à l'autruche que de dire que rien n'est plus normal, que rien n'a changé (je sais que ce n'est pas exactement ce que tu dis). Je me le demande pour vrai.
Et il ne s'agit pas tant de blâmer (ce que fait Murchison), mais de voir s'il existe des solutions. Ou s'il est seulement pertinent d'en chercher, à savoir : y a-t-il un problème?

Il y a de multiples problèmes. L'un d'entre eux est la conception qui veut que l'école soit devenue une pépinière à diplômes. L'auteur en parle un peu quand il touche la question des notes. Mais comment blâmez les jeunes. On ne leur parle que de ça partout. On leur dit de rester à l'école pour ça, parce qu'il faut ça pour réussir sa vie.

Autre problème, à mon sens très important, c'est l'élitisation de l'instruction publique au secondaire. La création de multiples programmes spéciaux cantonnent les élèves forts (qui ne sont pas déjà au privé!) dans des groupes privilégiés et a fait grandement baisser l'émulation dans les classes régulières. Là, nous avons un réel problème de segmentation de cohortes.

Mais encore là, comment blâmez les individus. Est-ce que toi, comme parent, tu vas dire à ton enfant "Non, tu n'iras pas dans cette classe spécialisée en théâtre qui te tente tellement parce que pour ma société, je crois important que tu sois mêlé à des enfants du secteur régulier?" Pas simple.

Mais voilà deux problèmes réels pour moi, qui n'ont rien à voir avec un supposé clash de génération.

Benoît Melançon et le père Benoît Lacroix se sont aussi posés la question: http://www.nouvelles.umontreal.ca/campus/petit-guide-de-survie-etudiante/20110606-quelle-culture-generale-ont-les-etudiants.html

Je ne suis pas sûr que rien n'a changé. Je me rappelle d'être allé au cégep dans les années 90 aussi et il me semble que les élèves que je côtoyais avaient rarement l'attitude méprisante que décrit Murchison. Et il y en avait des cours plates ! Au moins, les étudiants qui s'en foutaient avait la politesse de ne pas le montrer à tout le monde. Mais bon, on n'avait pas l'internet sans fil...

Je pense justement que c'est le gros problème : l'internet sans fil, qui permet de se distraire dès qu'on a une seconde d'ennui. Les gens de nos jours (et pas seulement la jeune génération) ne sont plus capables de S'ENNUYER ! Ils ne tolèrent plus une seconde d'ennui. Ne rien faire, lire, voir devient intolérable tellement cela ne leur arrive pas souvent. Pourtant, même dans un cours passionnant, il existe des moments d'ennui. En tant que compositeur, je dirais même que c'est la tolérance à l'ennui qui fait les plus grands artistes. Bref, pour apprendre et réaliser de grandes choses, il faut être capable de s'ennuyer, de s'ennuyer beaucoup même, dans l'effort comme dans le doute.

Mais les gens ne sont plus capables d'ennui, ils ne sont donc plus capables de s'intéresser à grand chose et de faire de grandes choses. L'internet sans fil nous donne la possibilité infinie de se divertir... et nous fait craindre comme la peste les moments lancinants d'incertitude et d'inconfort nécessaires à toute grande entreprise. Comme lire des chefs-d'oeuvres littéraires...

Pour ma part j'ai croisé l'arrogance des gens qui "savent tout" en 1990. Et je la vois dans la génération de mes parents.

Par contre, il est vrai que la facilité technique du désennui change la donne. Au lieu de faire des doodle dans leurs cahiers en faisant semblant d'écouter, les jeunes se textent. D'ailleurs on le vit en réunion aussi... non?

Est-ce vraiment un problème de génération?

Très bon élément à souligner, le mépris, c'est vrai. Et que le problème est vaste! J'étais sans doute dans ce pourcentage, quel qu'il soit (3, 5, 10, peu importe). Et j'ai fini avec un diplôme universitaire (en grande partie, je l'ai compris plus tard, parce qu'on m'avait martelé que c'était là ma destinée), MAIS aussi avec un dégoût monumental pour l'école/le système scolaire, qui ne m'a que rarement donné le goût d'apprendre et m'a plus souvent qu'autrement découragée (sauf que j'ai soif, moi, et qu'il en faut beaucoup pour me décourager!). Le décrochage des "bollés", écoeurés des conditions scolaires (qui, oui, comprennent les autres humains dans la classe, et il n'y a pas que les profs qu'ils dérangent!), on n'en parle rarement.

Je doute que ce soit affaire de génération. Au début des années 1990 au cégep, j'ai dû expliquer à une Québécoise de souche de mon âge la différence entre "j'ai eu" et "j'ai été". On est loin de la haute philosophie. Ma question à l'époque et encore aujourd'hui: que faisait-elle au cégep? Pourquoi a-t-elle eu son diplôme d'études secondaires? Aujourd'hui, peut-être qu'au lieu de me poser la question elle surferait le Web. Ça ne changerait rien à ma question. Pourquoi? L'éducation pour tous, oui! (Mais adaptons-la à tous, de grâce!) La diplomation pour tous? Ça devrait être un objectif, oui, mais à atteindre par la qualité, pas par le nivellement.

Parfois (souvent) j'ai l'impression d'être sortie d'une boîte à surprise issue d'une autre époque. Pour moi avant de parler de droits on parle de devoirs, de responsabilités. J'ai donc l'air d'un vrai dinosaure quand j'ose demander en quoi les étudiants et élèves ont le droit d'avoir, en classe, cellulaire, portable et autres. Exiger d'abord le respect pour le prof et pour les autres, en 2011, c'est... désuet, ça a l'air. Mais vous savez quoi? Ça l'était déjà "dans mon temps"!

(Et oui, ça commence généralement avec les parents!)

Intéressant. J'ai deux ados que je pense avoir élevé à peu près avec les mêmes valeurs, une qui est curieuse à outrance au niveau plus intellectuel curieuse de découvrir de nouvelles lectures, de nouvelles idées, de découvrir un film de répertoire et une création théâtrale d'avant-garde etc. Mon garçon on pourrait le croire moins curieux, car du point de vue culturel il a des goûts plus commercial, plus populaires et moins recherchés, mais quand j'y pense bien, il est aussi curieux, car il a démonté des bicyclettes, des montres et etc...c'est juste une autre sorte de curiosité...qui colle moins avec la mienne, mais que je me dois d'accepter.

La curiosité c'est la base de l'éducation il me semble et je constante contrairement à M. Murchison que plusieurs jeunes qui côtoient ma fille au CÉGEP ont la curiosité et la soif du savoir. Ils s'impliquent dans Amnestie Internatinal avec passion, ils découvrent les oeuvres de Rousseau, de Marx, de Camus et d'auteurs plus contemporains avec autant d'engouement que je ne l'ai fait à leur âge. Ils crééent des robes extraordinaires, composent des chansons et des poèmes, des scénarios de film même. Ils rêvent d'un avenir meilleur et veulent participer à le construire.

J'ai confiance en cette génération, même si moi aussi, parfois je trouve ça difficile à comprendre leur insistance à communiquer à travers les réseaux sociaux et aux dépends parfois des communications plus personnelles.

Le mépris comme moteur à la civilisation ?

Non, mais comme incitatif au débat, oui.

Dans mon texte, j’illustrais par des propos controversés ce qui constitue, pour moi, un phénomène de société. Je voulais faire état d’une métamorphose évidente du langage et des moeurs d’une nouvelle génération d’apprenants. J’y indiquais de manière assez sardonique, j’en consens, qu’une majorité d’élèves dans mes cours ne comprenait plus le pourquoi de l’enseignement magistral, ou encore de l’apprentissage de connaissances factuelles, ce qu’ils appellent communément le « par-coeur » (lire ici haut-le-coeur).

Bien que le ton de mon écriture ait pu être qualifiée de méprisante et de rageuse, je voudrais rajuster le tir et préciser que je n’entretiens aucun mépris à l’égard de mes élèves, bien au contraire… Le mépris ne se caractérise-il pas plutôt par le témoignage d’une indifférence profonde, d’une abdication facile ou d’un espoir fallacieux ? En me servant de mes élèves comme cible, il est évident que je visais la société elle-même, bien engouffrée dans l’éloge de la béatitude. Mon texte n’était pas une plainte, pas un cri du coeur, pas un appel à l’aide. Il était une invitation au débat et, en ce sens, il a atteint sa cible.

Je m’intéresse beaucoup à l’ascension troublante des nouveaux médias dans la société et à leur influence certainement non négligeable sur les rapports qu’entretiennent les humains. Je m’intéresse aussi aux changements cognitifs évidents que provoquent ces nouvelles technologies chez les élèves de la génération Y. Je suis moi-même un adepte de ces technologies, et je suis assez lucide pour constater certaines transformations dans ma propre capacité de concentration, mes réflexes d’apprentissage, mon rapport au temps, qui est de plus en plus conditionné par l’instantanéité. Mon mémoire de maîtrise portait justement sur la narrativité des jeux vidéo et sur ce nouveau langage artistique « en réseau » qui en découle, à l’instar des canaux de sens générés par Internet. Dans ce contexte, il va de soi que mon rapport aux nouvelles technologies hésite souvent entre l’envoûtement et le dégoût.

En somme, mon article, dans sa forme et dans son fond, soulevait un débat lourd de sens et nettement émotif… Le « mépris » que vous avez voulu y voir était pour moi un prétexte.

Je vous remercie de votre réponse Ian, et vous ne serez pas surpris d'apprendre que rien de tout cela ne m'étonne. Votre texte transpire l'intelligence et loin de moi l'idée de sous-entendre que tout y est inintéressant.

Mais le mépris comme prétexte ne me convient pas. D'autant plus qu'il s'inscrit (ou profite) d'un sillon bien tracé, exploité à outrance par Madame Bombardier et plusieurs autres qui entretiennent une nostalgie qui me donne un haut-le-coeur.

Je suis bien contente, cela dit, que le débat ait lieu.

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