Bête et répétif
J'ai mal.
J'aimerais dire je jouis, j'ai des bleus d'amour contre les cuisses, je me roule dans le vice. J'aimerais parler des névroses qui font rougir.
Mais non. J'ai mal.
Je devais croiser une dernière fois le combat perdu d'avance pour me retrouver au détour du souvenir.
Mon père a aimé une femme un jour. Longtemps. Il l'a aimé comme jamais personne avant. Ni après. Jamais. Elle disait qu'il m'aimait plus qu'elle. Peut-être. Une histoire du sang de mon sang, la chair de ma chair. Pourtant. C'était la rivale.
Et dépuis elle se reproduit dans ma vie. Et chaque fois que je la vois elle, j'appâte son homme. Peut-être moins obsédée par le fruit de l'homme marié que par la démolition de la femme de maison.
Elle était hystérique, colérique, émotive, théâtrale, féminine, quétaine, parfois très méchante, surtout catégorique. Elle demandait «M'aimes-tu?» Je trouvais ça ridicule et je me suis jurée que jamais je ne demanderais ça.
Je n'avais pas compris qu'effectivement quand la réponse est non, on ne le demande pas! Vaut mieux pas! Dans le ridicule de la femme qui a besoin de se faire confirmer l'amour de son homme, il y a la femme assurée qu'on l'aime.
Elle était tout ça et moi je trouvais que mon père il ne pouvait pas aimer ça, tant que ça. J'ai été tout le reste. Indépendante, intellectuelle, rationnelle, tête froide, suffisante. Tellement tellement suffisante. Et chaque fois que je vois une femme qui semble bien porté le torchon, je me bats. Me disant qu'il y en a bien un qui va comprendre ce que lui ne voyait pas.
Et chaque fois je perds. Parce qu'en fait il voyait bien et les autres après aussi.
Chaque fois je perds. Prenant bien soin de dire que cette fois c'était différent.
Mais il n'y a rien de différent.
Bête et répétitif.
J'ai mal. Mon père est triste. (Ils finissent toujours par être tristes.) Moi je suis seule.
Bête et répétitif.
Les commentaires récents