Par Marco
Pendant plusieurs dizaines de pages, les personnages surnuméraires m’ont donné du fil à retordre ; vingt-six caractères, détaillés dans des chapitres souvent pas plus longs que trois pages, sont difficiles à avaler d’un coup. Impossible, dans ce contexte, de fonctionner sans énumération : les vies de Monique, Kaviak, Zach, Trevor, des membres de Claudette Abattage, s’enchaînent les unes après les autres, et précèdent celles de dizaines d’autres.
C’est peut-être ma mémoire défaillante qui m’a forcé à trouver autre chose d’attirant dans ce roman fleuve. Avec le temps, je me suis rendu compte que les personnages, individuellement, étaient moins intéressants que la vision de l’ensemble.
Jean-Simon Desrochers anime son bloc appartement du Quartier Latin de Montréal d’une ambiance glauque et pesante, qui suinte dans chaque chambre, qui impose à chaque pauvre locataire une implacable souffrance. Tout le monde souffre, au Galant. Et pour arrêter de souffrir, tout le monde a sa porte de sortie : la drogue, l’alcool, le sexe. La maladie et la mort cohabitent avec tout cela. C’est ici que le roman trouve sa source : les personnages sont des vecteurs qui, additionnés, illustrent un monde caché, farci de malaises et de douleur.
La sexualité que l’auteur y représente est banalisée, extraite des émotions qu’on y associe généralement, et utilisée à toute les sauces pour des personnages qui ont horreur du vide, mais qui y vivent en permanence. Jean-Simon Desrochers dresse un portrait douloureux d’une réalité loin de nous (loin de moi), s’éclipse derrière vingt-six âmes qui finissent par devenir attachantes.
La plume de l’auteur est assumée et tranchante. Un livre doux, et aussi long, aurait été fade. La canicule des pauvres est un peu amère, mais ne manque certainement pas de goût. C’est, pour une fois, un plat qui se mange chaud.
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