par Anick
Dix jours en juillet à Montréal pendant une vague de chaleur. Une vingtaine de personnes vivent dans le vieil édifice Le Galant, près du restaurant Le Malarche. Leur quotidien s’entrecroise en de savoureux chassés-croisés, un peu comme le film « Short Cuts » de Robert Altman inspiré des nouvelles de Raymond Carver. Les nombreux personnages proviennent de divers milieux et pays mais leurs préoccupations et leurs questionnements se rejoignent. « Coudonc…c’est à quel âge qu’on finit par être bien? », se demande Roméo. La vie passe et soudain on est au bout du chemin à regarder derrière nous : le temps, souvent allié, peut aussi être traître.
C’est un livre-chorale, comme il y a des films-choraux : une multitude de personnages qui interagissent, parfois volontairement parfois non, sans qu’il y ait vraiment de personnage principal. Plusieurs destins mêlés, tissés larges ou serrés. Un peu de tout pour tous les goûts, un bel échantillonnage.
Face à cette collectivité de gens « ordinaires », j’avais parfois l’impression d’être une enfant devant un calendrier de l’Avent : on ouvre une porte, on regarde ce qui se cache derrière, on anticipe l’ouverture de la prochaine petite case. Mais les activités pratiquées derrière les portes du Galant sont loin de s’adresser à un enfant. Sex, drugs and rock’n roll : parfois très cru, dérangeant mais… efficace. J’avoue avoir été captive dès les premières pages et, malgré mon malaise devant certaines scènes, avoir dévoré avec plaisir et appétit cette belle brique de près de 700 pages.
La multitude de personnages accentue l‘effet d’étouffement, de touffeur, de moiteur, c’est un livre odorant, mouvant, voyeur, saturant aussi, qui ne nous laisse pas sur notre faim : il en met plein la vue, plein la bouche, plein les poches. J’aurais aimé le lire durant l’été, plutôt qu’au cœur de l’hiver : peut-être que, tel un bon fromage, il prend de l’ampleur avec la température…
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