De tous les comptes-rendus que j'ai eu à rédiger pour la Recrue, c'est dans celui-ci que j'aurai le mieux mis à l'épreuve cette partie de mon jugement qui parfois ne sait plus toucher à une congruence entre objectivité et subjectivité, l'indolence de mon émotion l'emportant sur la rigueur de mon oeil critique.
Qu'un livre soit bien écrit est une chose, que l'histoire nous touche haut la main et qu'on parvienne à s'identifier à elle en est une autre. Sans tomber dans l'anecdotique – le cliché du lecteur qui hurle qu'un roman a transformé sa vie –, je me sens ici dépourvu des mots qu'il faut pour nommer les raisons pour lesquelles ce roman n'est pas parfait, mais je pourrais volontiers commenter ces moments où j'ai retenu mon souffle, car j'étais happé par la justesse émotionnelle de ces dialogues aussi simples qu'abyssaux entre deux protagonistes. Ou encore décrire la beauté désarmante de ces phrases qui relatent la découverte par Caroline, personnage central du roman, du cahier révélant tous les secrets entourant la mort de sa mère. Et je n'aurais que de belles choses à dire de cet entremêlement de genres, là où l'épistolaire côtoie le récit pour nous faire découvrir les entailles les plus profondes de l'héroïne.
Parsemé de moments tendres et forts, ce roman – qui pour moi demeure, au sens le plus noble du terme, un roman d'amour – confine à la lumière de la quête identitaire ainsi qu'à la fouille désespérée du passé. Pour cela, cette lecture devient comme une dévoration, on tourne les pages avec avidité, les courts chapitres se répondant les uns les autres comme une âme heureuse réagissant à l'appel d'un parfum. Plus on avance, plus on pense que tout dans ce texte se tient comme un corps dépourvu de maux. D'un bout à l'autre, La femme fragment est une oeuvre fortement intelligente. Il y encore trop peu d'écrivains qui détiennent le secret d'une plume solide capable d'allier la justesse du sentiment à la concision. L'écriture de Danielle Dumais est de cette trempe, une écriture qui nous fait dire : « Je n'aurais été capable de mieux le dire ».
Certes, ce voyage au coeur de l'esseulée Caroline nous transporte aux confins de l'âme et du monde terrestre. D'un continent à l'autre, les rencontres se succèdent, les hommes vont et viennent et les questions demeurent. Plusieurs s'identifieront à l'infinitude de ces voyages, à la douleur qu'ils font renaître et à la douceur qu'ils promettent. Je ne sais quand je relirai La femme fragment, mais une chose est sûre, je sais à qui je l'offrirai et pourquoi.
Quelle ardeur dans ton enthousiasme ! Être l'auteure, je lèverai de terre. Après tout, un livre qui nous marque, c'est ce que l'on cherche toute notre vie.
Rédigé par : Venise | 15 décembre 2009 à 23:21
Venise, j'ai effectivement été touché par La femme fragment. Qu'un livre se lise tout seul, qu'il parvienne à rapprocher l'amoureux du lecteur et vice versa, qu'il nous désarçonne au sortir de l'autbus, c'est cela qui, selon moi, importe réellement. En guise d'épilogue à ce commentaire, je copie cette citation de Van Gogh, qui à elle seule donne la mesure de toute la simplicité qui échappent à ceux qui perdent parfois un temps fou à chercher... : "Je crois qu'il n'y a rien de plus artistique que d'aimer les gens"
Rédigé par : Claudio | 16 décembre 2009 à 01:16
Roman d'amour... Oeuvre fortement intelligente... Dévoration... L'appel d'un parfum... Je l'offrirai et pourquoi...
Née pour aimer, c'est avec délectation que j'ai dévoré l'intelligente odyssée de cette femme en quête de son intime essence. Un cadeau à s'offrir pour l'amour en soi.
Quelle délicieuse lecture! Avide consommatrice de métaphores, j'ai été généreusement comblée par la fabuleuse créativité de Danielle Dumais dans La femme fragment. Ses innombrables images sont d'une telle originalité que j'étais à la fois ravie de m'en délecter et déçue de ne pas en être l'auteure...
Telle une baguette magique, sa brillante plume s'amusait tantôt à m'alourdir le coeur de douloureuses confidences, tantôt à m'alléger l'esprit de lumineuses espérances. Et que dire de cette brillante idée de donner la parole aux personnages qui côtoient Caroline? Par ces différentes perceptions, nous avons nous aussi le privilège inouï de reconstituer les fragments de notre héroïne.
Comment ne pas tomber sous le charme envoûtant d'une magicienne des mots aussi douée? Pour moi, le sort en est jeté...
Rédigé par : Dominique Allaire | 02 janvier 2010 à 11:30