Le Repêchage est une catégorie du site La Recrue du mois qui permet à l'équipe de rédaction de commenter des premiers ouvrages d'auteurs québécois qui n'ont malheureusement pas été retenus comme Recrue.
Commentaire préliminaire: quel bel objet-livre! J'ai tellement pris de plaisir à le tenir dans mes mains, à caresser la couverture, à observer la calligraphie que j'en suis venue à me dire que les si beaux livres doivent être rares à passer entre mes mains.
Un beau livre à l'intérieur aussi, une fois sa coquille ouverte, sa reliure travaillée par les mains curieuses. Un livre intime et universel à la fois. Une parole politique, historique, si vite oubliée. La parole de la guerre, la guerre qui n'a jamais rien de propre, qui n'est que saletés. Dans ses causes, dans son histoire, dans ses suites, ses relents et ses mémoires.
Cette parole devient aussi une parole intime de femme, une rescapée de la guerre, issue des boat people. Devenue québécoise, elle se sent pourtant perpétuellement en exil, ni tout à fait ici, ni tout à fait ailleurs. Elle se rappelle sa famille vietnamienne et raconte sa famille québécoise dans laquelle un enfant autiste devient un autre visage de l'exil.
Un beau livre donc. Seul bémol: parfois échevelée, la succession de fragments m'a donnée l'impression de collecter des bouts d'un journal plus volumineux sans que la cohérence soit toujours présente. En même temps ce n'est pas vraiment un bémol, plutôt un constat, parce qu'il y a quelque chose de très juste à se laisser ainsi traîner d'un détail à l'autre, remuer de l'intérieur par des idées mouvantes.
Quelques très belles citations aussi, surtout sur les rapports familiaux. Comme celle-ci par exemple: "Il n’est peut-être pas nécessaire que ma mère soit ma reine, c’est déjà beaucoup qu’elle soit uniquement ma mère."
Un livre à lire... et à acheter, parce que je le rappelle. Il est beau!
Murmure d’un ruisseau
Récit bouleversant d’une vie miraculeusement arrachée à la mort, le livre de Kim Thuy se lit sereinement parce que dénué de ressentiment, de rancœurs .Une écriture fluide et accrocheuse tant sur le plan de la langue qui « croise » les mots du français avec des expressions vietnamiennes que sur le plan des descriptions très imagées. Cette mémoire semble se repérer à la lueur des souvenirs les plus vivaces et Kim les évoque avec beaucoup de délicatesse pour mieux nous communiquer la sensibilité qui les transporte. Kim, c’est aussi ce « ruisseau » dont le murmure de l’eau « berce » notre lecture de sentiments qui exaltent la pudeur, le respect, ne laissant aucune place à la haine. Un récit en somme dédié à tous ceux dont l’exil a contraint à un perpétuel recommencement … Un livre pour apaiser la souffrance de ceux qui ne sont de nulle part …
Kamel Kies
Rédigé par : kamel Kies | 30 mars 2010 à 19:10