par Anick
Ce court roman nous happe dans les réflexions d’un homme jeune et nerveux qui peine à sortir… de lui-même et de chez lui. Un danger plane. Le narrateur sent qu’on le cherche, qu’on lui en veut, il se sent menacé par tous et par tout : les demeures, les voitures, le collège, la neige, les enfants du voisinage, les ombres surtout. Il cherche à être rassuré, il respire, il tente d’extraire la tristesse de son ventre, la nicotine tentant de transcender ses angoisses comme le feraient des cierges. Entouré de voisins nommés l’ombre cannibale, le faible boudeur, l’enfant des neiges, il observe, mais il reste anonyme. Seuls les frères du pensionnat ont des noms, ainsi que le chauffeur de taxi, Luc, qui le ramènera au cœur de son quartier. L’omniprésence du corps et de ses fonctions, de la vie terrestre, est en constante opposition avec le non-dit, le senti, la foi, le doute, la vie intérieure. Les statues de la vierge se mangent, les frères peuvent perdre le contrôle, la mémoire peut être sélective. Les objets entourant le narrateur deviennent vivants et possèdent leur volonté propre. Même les éléments participent à cette persécution. En l’espace d’une petite centaine de pages, nous en venons nous aussi à pencher vers l’agoraphobie et la paranoïa, suspectant chaque objet d’être porteur d’un message et d’une histoire malveillante ou infiniment triste. Jusqu’aux poignées de porte. Les questions virevoltent dans les airs comme les volutes de fumée. « Devant le manque de réponses, mon imagination désirait m’aider. Elle voulait fabriquer des significations pour que mon esprit puisse se calmer. » On quitte ce livre avec le sentiment qu’il s’est passé quelque chose, mais quoi exactement, il est difficile de le dire clairement. Il ne reste qu’un souffle de panique où flottent les relents sulfureux de l’incompréhension, de la solitude et de la peine.
Je l'ai reçu à Noël. J'ai hâte de le lire, et après pouvoir lire ton compte-rendu. C'est que je préfère ne pas me laisser trop influencer ...
Rédigé par : Venise | 27 décembre 2009 à 18:56