Diptyque assez intrigant que L'hiver retrouvé,
premier
roman de Marie-Noëlle Gagnon. En première
partie, on assiste à la quête d'un jeune homme qui souhaite oublier son
passé et se réinventer dans le petit village de Sili, duquel la mer
s'est retiré il y a des années. Il y tombe amoureux de Cerise,
s'intègre avec plus ou moins de facilité au quotidien du village, tente
de devenir sans succès celui qui y ramènera la mer. Un conte pour
grands enfants, servi par une écriture assez directe, mais qui s'égare
parfois. J'aimais bien l'idée de cette quête impossible, qui mènerait
irrémédiablement à l'exil du narrateur. Je me suis laissée convaincre
par plusieurs histoires parallèles, comme celle de la fille laide.
Pourtant, j'avais l'impression de ne pas entièrement saisir où
l'auteure souhaitait me mener.
En deuxième partie, rupture de ton, de lieu, d'atmosphère. Le jeune homme débarque sur une île où règne en maître l'hiver... et une ogresse, qui a dévoré tous les habitants de son village, dont son ancien amant. Un troublant pas de deux s'initie entre les deux, porté par un dialogue poétique, puissant, envoûtant. La narration de l'histoire passe de l'un à l'autre: d'abord l'apprivoisement, puis la passion, puis la réalisation que cet amour ne peut en être de contes de fées. Ceci donne lieu à des pages vraiment magnifiques, mais dont on cherche le lien avec l'atmosphère plus bon enfant de la première partie. Aurait-il été souhaitable de lire les deux sections comme deux novellas indépendantes, mettant en lumière le même personnage? Peut-être. Aurait-il fallu se concentrer sur l'une ou l'autre des histoires? Je ne sais pas. Une chose est certaine: je ne ressens aucune indifférence face à ce curieux objet littéraire. Mieux: le style de l'auteure possède suffisamment de qualités pour que je lise son deuxième opus.
Éditions Triptyque
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