Dimanche, grâce à elle, je suis allée voir un beau documentaire de Bernard Émond, "Ceux qui ont le pas léger meurent sans laisser de trace". Une citation à retenir (non texto):
Ceux qui ne marchent pas, ceux qui sont en voiture, ne voient rien et peuvent ainsi croire que tout va bien.
Outre ça, quelques réflexions!Dans Le Devoir de ce week-end, Odile Tremblay affirme:
Un de nos grands torts consiste à vouloir folkloriser à tout prix les autochtones.
Je dirais la même chose des enfants, des vieux (sujet de l'autre documentaire de Bernard Émond dont je vous reparlerai), de certains groupes ethniques... et des pauvres.
Tout le long du documentaire qui se veut un plaidoyer pour sortir de l'ombre les 'petites gens', je me demandais si la caméra en elle-même était paternaliste ou si c'est mon oeil d'embourgeoisée intellectuelle qui l'est. Ce qui me semble évident, c'est que si les gens rient dans la salle, il est difficile de dire qu'ils ne rient pas de ceux qui sont à l'écran.
Dès la première scène, un homme regarde la photo d'un parent disparu et dit "Ah ouin, c'est ben lui, avec son p'tit chandail de... hum... son p'tit air-là..." et je sais plus quoi et l'autre d'ajouter "Ouin, il avait toujours les cheveux de même là...". Manque de vocabulaire évident, émotion certes, mais une certaine candeur. Et les gens rient. Comme ils rient souvent tout au long documentaire. Comme on rit en regardant les enfants qui s'expriment sur quoi que ce soit. Parce que la candeur nous fait rire, pas méchamment bien sûr... Mais tout de même, on rit! Et on rit de haut.
Je soulève régulièrement la question en classe avec mes étudiants et mes étudiantes parce que je suis assez énervée par un discours un peu simpliste qui veut que la pauvreté préserve les valeurs et qu'au Tiers-monde ils sont ben plus heureux avec rien. Et que le développement économique c'est quelque chose de très laid qui nous flétrit l'intérieur et que vive l'âge de pierre. Et quand je leur demande: "Et pourquoi les femmes du Tiers-Monde n'aurait pas le droit de se libérer des tâches ménagères en ayant des électroménagers? Pour préserver la simplicité qui vous fait rêver?"... le silence.
On retrouve un peu de ça dans le documentaire de Bernard Émond, entre autres chez la sculpteure qui veut rendre hommage au disparu, un homme si simple comme il s'en fait plus. Récemment, dans un colloque où j'étais on osait poser la "question qui tue" de la médiation culturelle: est-ce qu'on insiste tant pour faire rentrer l'art chez les jeunes parce que nous sommes convaincus que l'art que nous apprécions est un incontournable d'une vie remplie? Une nouvelle bonne parole en quelque sorte?
Je ne sais pas, je n'ai pas de réponses, c'est une question que je trouve infiniment complexe. Mais à la fin de ce premier documentaire, j'étais poursuivie par ce malaise: nous glorifions la simplicité autant qu'elle nous fait rire. Et les deux mouvements, bien que contradictoires, me mettent mal à l'aise. Or, je ne sais pas comment on fait pour se sortir de ce paradoxe. Si je m'émeus devant la beauté des gens simples je fais acte de paternaliste, si je cherche des solutions à leur situation je le suis aussi, si je m'indigne devant la pauvreté de leur vocabulaire ou de leur perspective je suis élitiste, etc.
La seule réponse qui me semble incontournable c'est que notre nostalgie face à une certaine simplicité ne doit pas nous empêcher de décrier des injustices économiques inqualifiables.
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