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Journal

lundi 14 juil. 2008

Le Triste n'est pas toujours là où on le croit...

Je crois que la bête du Désir a toujours combattu contre la bête de l'Insécurité.
Il est notable qu'en vieillissant les dés de la partie sont pipés.

Et ça c'est triste.
Vraiment...

samedi 12 juil. 2008

Souvenir souvenir

Certains événements de la semaine, finalement assez anodins et sur lesquels je ne souhaite pas revenir, m'ont ramené en mémoire un de ces moments de vie qui fondent une part essentielle de la personnalité, ou du moins la révèle au grand jour.

Quand j'avais 17 ans, j'étais responsable de la création de l'Album des finissants. J'assumais évidemment mon extrême leadership et je manquais sans aucun doute de patience et d'ouverture par moment. Mais je travaillais tout de même en comité.

Cette année-là, le 15 novembre précisément, une de mes compagnes d'école est morte dans un accident tragique. Ce n'est pas quelqu'un dont j'étais très proche, une connaissance tout au plus. J'ai tout de même été marquée par ce décès tragique et je crois que c'est à ce jour que j'ai commencé à développer l'idée voulant que lors d'un événement tragique, les gens jouent du coude pour avoir un accès privilégié au deuil. (Mon projet de roman en travail commence encore à ce jour par: «On est finalement très possessif avec nos morts. Charognards.») Après ce décès, il m'a semblé que beaucoup de personnes, moi la première, s'inventaient une amitié posthume avec la disparue.

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dimanche 06 juil. 2008

... faire suite...

Dans la lignée de ce que je racontais hier, il est toujours un peu shocking d'apprendre qu'un ex s'est reproduit, surtout quand cela a toujours semblé, pour lui du moins, une intense improbabilité. Ce n'est pas de la peine... des regrets... Non. Ce qui ne fut pas, dans la majorité des gars cas (mon classique lapsus!), ne fut pas pour de très bonnes raisons.

C'est de la surprise. Et cette constante impression de se faire dépasser de tous les côtés par des hommes qui ont traversé ma vie en traînant de la patte et qui me font des «coucou» soudain, de loin, avec la petite famille, et la vie qu'ils se sont construite.

Et c'est quand on arrive au «Pis toi?» dans la conversation.

Euh... moi... Moi rien là.

Quand tu n'as pas parlé à quelqu'un depuis assez longtemps pour avoir même ignoré qu'il y avait quelqu'un dans sa vie susceptible de lui faire un enfant aujourd'hui né... tu ne lui dis pas que t'adores tes cours de danse, et que tu bosses sur le site de la Recrue. Tu parles pas du dernier livre que t'as lu et même pas de ton amant. Ni d'Ingrid Bétancourt, du Festival de Jazz ou du plaisir de la farniente.

Le «Pis toi?» dans ce cas-là signifie «Qu'as-tu fait des deux dernières années? Que prévois-tu pour les deux prochaines?»

Ben...

samedi 05 juil. 2008

(Re)cycle

Ce qu'il y a de fascinant avec les cycles et les répétitions, c'est que même s'il nous semble toujours que nous les subissons, nous devons nécessairement en être un agent actif puisqu'ils ne concernent que nous.

Je suis toujours impressionnée par la renaissance des hommes qui passent dans ma vie. Dans mon lit, mais aussi dans ma vie tout court. Il faut savoir que homme ne rime jamais chez moi avec permanence. Ils ne sont toujours que de passage; et le passage les fait fleurir. C'est beau à voir - sans ironie, vraiment! -, ils se trouvent un peu plus, sont nourris d'un quelque chose que je suis peut-être seule à avoir et pour lequel je n'ai ni terme ni définition. Ils sont plus beaux, plus sereins, plus centrés.

Plus jeune j'ai évidemment été la maîtresse qui sauve les couples. Je pourrais en prendre ombrage en me disant qu'en comparaison, les hommes aimaient mieux leurs ex... mais ce n'est pas ça. Ça n'a rien à voir. Avec moi le jeu ne s'est jamais joué dans ces termes-là, et pour ça je dois dire que la plupart d'entre eux furent honnêtes.

Dans les mythes c'est souvent le rôle de la déesse, ou de la bonne fée; l'oasis. Voilà, j'ai souvent été ça, un oasis où les hommes sont venus, comme amants, comme amis, se ressourcer avant de reprendre leur chemin. Ils ne tombent pas amoureux de moi, ils se reposent. Et même les amis, ils ne se reposent qu'un temps...

Ce qui est emmerdant - parce qu'en soi, ça n'a rien de laid ou de sale... Ce qui est emmerdant donc, c'est que je semble avoir profondément le besoin d'hommes activement présents dans ma vie. Quand il en rentre avec qui les choses semblent pouvoir s'installer pour un temps - même comme amis, j'insiste - je n'en peux plus d'être heureuse, et de me sentir libre, et légère.

Et chaque fois j'accueille leur départ sans grande surprise - on en revient d'être renversée cent fois par la même histoire - j'ai quand même un quelque chose de ficher au coeur, comme un piercing qui infecterait, un acné émotif ou je ne sais trop...

Lyonel Trouillot dans son dernier livre écrit «Combien de fois faut-il n'aimer que toi et pour toujours avant de rompre avec cette intention...» Et moi je réponds...

Combien de fois me faudra-t-il pleurer cet abandon pour rompre avec l'attente.

lundi 23 juin 2008

Désir mimétique ou désir triangulaire

Cette démonstration théorique est commanditée par Philémon qui n'attend que ça avec impatience depuis plusieurs semaines déjà.

À l'époque où vos taxes financaient mes élucubrations universitaires, je me suis fortement intéressée à un auteur étrange, René Girard, qui a mis en place une théorie du désir mimétique (ou triangulaire) qui débouche aussi sur une théorie de la violence. Si on exclut la conclusion christique et l'obession mimétique de Girard (il en voit réellement partout!), il y a là quelque chose d'inspirant qui, récemment, m'est revenu à l'esprit.

Dans un premier temps, il s'agit de condamner l'idée moderne qui fait tout reposer dans le 'je' et dans l'individu, ce qu'il appelle le «mensonge romantique». Pour Girard, tout désir individuel est en fait calquer sur le désir d'un autre. Dans la consommation, ça se vérifie chaque jour: toute la consommation de masse reposant sur ce mimétisme. Dans nos vies personnelles ça se vérifie aussi régulièrement (repensons au désir-image ou au désir-écran). Plus simplement, nous ne pouvons pas regarder personne avec un regard vraiment neuf, notre regard est nécessairement teinté d'une série de filtres (des images recherchées, un rappel émotif, un ami qui vous parle en bien d'une troisième personne, etc.).

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mercredi 18 juin 2008

Désir-image, Désir-écran, Désir-relation

Cette petite tranche psychanalytique vous est offerte gratuitement par 4 ans de psychanalyse intensive. Pas si gratuitement que ça finalement.

Il y a depuis longtemps, à mes yeux, une différence entre l'appréciation et le désir. Le jeune homme que je croise sans cesse au centre sportif est beau, comme je les aime, d'un beau troublant. On ne se connaît ni d'Ève ni d'Adam, même jamais un regard échangé. Zéro désir, on est dans le désert là... mais ce qu'il est beau.

Pourtant, je connais des gens qui appellent ça le désir... Désir-image ou Désir-écran? Plutôt le deuxième. J'associe le désir-image à ce désir associé à une image socialement admise (je repense à ce bouchon de circulation sur le trottoir le week-end du grand prix, bouchon causé par un attroupement de filles en camisoles). Ce désir là, est un désir-image. Le désir tel que dicté par des critères qui appartiennent assez peu à celui ou celle qui les vit... ou les subit.

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mardi 10 juin 2008

Flash et macadam

J'ai déjà raconté cette histoire ici parce que je la trouvais assez mythique. C'était mon premier coup de foudre. J'avais 4 ans, il devait bien en avoir 12.

Quand ma mère m'a demandé ce que je ferais s'il marriait une autre femme, j'ai répondu que j'allais m'asseoir sur le trottoir et attendre qu'elle s'en aille.

Jusqu'à il y a peu, c'était quand même une belle métaphore de ma vie amoureuse.

Je n'ai jamais perdu de vue cet ami. Il m'a appelé hier pour m'inviter à son mariage. Je ne me laisserai pas macérer sur le macadam, c'est promis. Si on m'avait dit ça il y a 24 ans!

Il m'a demandé de prendre les photos de son mariage. ... ! ... Si on m'avait dit ça il y a 24 ans! En fait, si on m'avait dit ça il y a 24 heures... !

En fait on en reparlera dans 24 heures de plus que je digère l'idée et le petit stress qui vient avec...

dimanche 08 juin 2008

Pollution sonore

Je me sens toujours plus oppressée dans le métro des soirs de week-end que dans celui de l'heure de pointe. Et pourtant...

Y'a de l'espace. Y'a du monde, certes, mais pas comme à 8h15 les matins de semaine.

Mais... y'a du bruit. À 8h15 le matin, les gens sont centrés sur eux, même ceux qui parlent, les rares qui voyagent en couple ou en groupe, le font à voix basse. Nous sommes nombreux, en troupeau, mais un troupeau silencieux.

Mais le week-end, ça parle fort, ça rit fort. Ça sent le party et ça se veut dans l'ambiance. Et que dire de l'ambiance de ce week-end (hey le monsieur avec un chandail ferrari, une casquette ferrari, des souliers ferrari... t'as l'air ti-coune!)...

Donc le week-end il y a du bruit, qui passe par-dessus ma musique et mon livre. Qui m'envahit ma petite bulle. Et mon chemin de tous les jours devient un calvaire soudain.

***

Je ne suis pas encore trop claire avec moi-même quand à l'amour que je porte ou non à mes congénères...

dimanche 01 juin 2008

Réflexions d'un dimanche de pluie

Tout va bien ces jours-ci. Ou presque. Physiquement, je sens mon corps qui dévie parfois de la route que je voudrais qu'il suive. Mais tout de même, après des années de désert, il me semble qu'il redevient quelqu'un.

Inscrite dans une école de danse, je trouve ça exaltant à tout point de vue. Exaltant physiquement, exaltant créativement. Exaltant aussi comme un pied de nez au destin: moi aussi, avec le corps qui est le mien, je vais danser. Bon! Je vais danser.

Je me tricote une relation qui ne ressemble à rien et qui se contente de me faire du bien. J'arrive presque à ne pas anticiper les fantômes des vies passées. À ne pas être triste quand il doit partir, à ne pas me tordre les boyaux quand je pense aux autres femmes de sa vie. J'arrive à être là en toute légereté. Pour combien de temps?... ça fait partie des questions à ne pas se poser.

Et l'équilibre professionnel, avec tous les trains qui roulent en même temps et moi qui saute de l'un à l'autre. Occupée comme je l'aime, prise dans ma tête et dans mes heures. Avec des collègues bien et un patron extraordinaire.

Je pense que je pourrais avoir l'impression d'être moins enfant qu'avant. D'être enfin dans la vie et pas dans la complication téléroman d'une vie qu'on s'écrit pour faire plus intéressant.

Tout va bien ces jours-ci. Ou presque. Parce que la nuit tout de même, si je ne dors pas douze heures pour récupérer de tout ce que je rumine en silence le jour, la nuit ça tangue. Comme les cauchemars qui se réalisent, que je n'ai pas pu empêcher. Le coeur gros comme dans mes rêves de «plus jamais». J'ai fait sauter une de mes ailes (aile d'hôpital? aile d'oiseau?)... J'ai fait sauté une de mes ailes par crainte que le cancer contamine le reste de ma vie qui va bien ces jours-ci. Je me suis amputée.

Entre gens qui s'aiment il devrait être interdit de se faire du mal. Mais peut-être que s'aimer est à ce prix.

Tout va bien ces jours-ci...

jeudi 29 mai 2008

Que défend une louve qui n'a jamais enfanté?

Je m'étonne toujours de l'esthétique de la toile faite de peine et colère qui peut se dresser en moi. Comme un filet de secours quand on me pousse vers le bas. De réelles envies de boxer, du vide ou des nez. Une espèce de colère volcan, comme si sans raison réelle je me sentais trahie. Je n'arrive même pas, même pas en reculant, à comprendre ce qui arrive parfois à me mettre hors-de-moi dans cette vie.

Et j'entends la peine au fond. Est-ce le bruit de l'abandon? L'autre face de la trahison? Je ne sais pas.

Souvent j'aurais voulu que ce sentiment n'existe pas. Aujourd'hui, maintenant, je le trouve un peu incontournable. Presque justifié. Pourtant quand on enlève une couche de corne de colère vive, un peu de pue d'une peine endémique, ce qu'il reste au fond de tout, c'est encore de la culpabilité. Une putain d'impression d'être fautive en tout.

Les chansons n'ont pas à se mouler sur nos vies pour faire sens. Elles peuvent se contenter de laisser entendre l'essentiel.

Cliquez ici pour télécharger le MP3

(Jennifer Warnes: Famous Blue Raincoat/Chanson de Leonard Cohen)