Première tempête. Je comprends rien au stationnement d'hiver à Ottawa. Contravention.
Coincée dans la neige. Pourquoi c'est le matin que je décide de porter une jupe, d'ailleurs? Et comment ça se fait que j'ai pas de pelle dans ma voiture? Une série de bonnes questions sans réponse.
Corollaire: un trou dans ma jupe. Pas un trou, une déchirure. Heureusement que je n'avais qu'une rencontre téléphonique qui n'a jamais eu lieu.
Finalement, j'ai passé une soirée à tenter de comprendre où je pouvais me stationner avant de constater que la ville d'Ottawa avait levé l'interdiction de stationnement puisque le déneigement est terminé. Allez savoir si ça signifie que je peux me stationner dans ma rue qui n'est pas du tout déneigée... Mystère!
J'ai voulu me récompenser en visitant la librairie Soleil. J'ai trouvé deux recueils de poésie franco-canadienne que je ne trouvais pas au Québec.
À la caisse je constate que je n'ai pas de porte-monnaie (non mais quand ça va mal!).
À 30 minutes de la fermeture je reviens dans la librairie...
Et je gèle dans l'entrée. Martine Saint-Clair au haut-parleur dans une librairie, je pense que ça ne m'était jamais arrivé. Et pas n'importe quelle Martine Saint-Clair. MA Martine Saint-Clair, celle de moi qui a 9 ans. Qui chante avec Nicole Martin cette chanson que je ne pensais même pas qui existait encore, «Je l'aime». Qui joue au fond de moi. Que je connais par coeur.
Avec Sophie on a enregistré ce disque sur de vieilles cassettes. Vous savez, on strappait le trou de la cassette au scotch tape pour faire une enregistrement de qualité médiocre. Cette chanson est la dernière de la face A et elle coupe avant la fin. Je pense que c'est pour ça que je l'aime tant, parce qu'elle s'arrête abruptement juste au moment où l'émotion monte crescendo.
9 ans. Je suis romantique à mort. J'ai tellement besoin d'amour que je m'en déchirerais le foie. J'ai tellement besoin d'amour que je gère ça tout croche, comme une adulte que je ne suis pas. J'ai tellement besoin d'amour que je me shoote à l'intensité sur un beat de synthé.
J'ai 9 ans, je trouve que je n'ai pas de chance en général, et il me semble que tout serait plus simple si j'étais blonde.
J'ai eu envie de m'asseoir là, dans l'entrée, sur le tapis détrempé des restes gadoue d'une tempête, et de pleurer ce qui me reste encore d'humidité. Ce que je n'aurais pas encore pleuré, par hasard, par oubli, ou par lâcheté, dans le si beau chemin qui m'a mené de 9 à 30 ans.
Je me suis rappelée que des recueils de poésie m'attendaient à la caisse à l'arrière. Que les années 80 étaient finies et que maintenant j'avais des goûts raffinés. Une femme épanouie, qu'ils disent.
Épanouie certes, et pourtant pas si loin de mes 9 ans.
Le foie en lambeau et le coeur au verso.
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