Je dois deux choses à Nelly Arcan.
De mon côté, ça a commencé par Folle. Je venais de refaire une place à la littérature dans ma vie quand j'ai acheté ce livre blanc immaculé que mes doigts sales n'avaient de cesse de souiller, comme les mots me souillaient de souvenirs.
C'est ce livre qui m'a fait écrire comme j'écris maintenant. C'est Nelly Arcan, bien que je n'aie pas adoré ce livre, c'est elle tout de même, qui m'a donnée l'envie de dire, de signer mes dires sur toute cette souillure qu'il me semblait encore porté en moi. Je l'ai fait d'abord dans un site secret, après sous le nom de Zuda. Et finalement j'ai assumé.
Je lis le bouquin de Nelly et je me revois. La femme pense souvent qu'elle accepte l'humiliation sexuelle que parce qu'elle aime vraiment. Mais ça n'a rien à voir. C'est le cocktail infernal entre le narcissisme et l'auto-flagellation qui est destructeur.***Je réalise que quand je parle de sexe avec mes amis, je parle des souvenirs rigolos. De la fois où je me suis réveillée nue au milieu d'un salon, de la fois où j'ai baisé dans les toilettes de l'université, de celui qui avait un si petit zizi mais qui bandait à répétition, de celui qui m'a invité chez lui après une heure et demi avant qu'on ait mangé le dessert.
Et aujourd'hui dans une période de désir intense. Dans l'attente d'un rendez-vous qui ressemblerait à quelque chose comme le plus beau des inattendus, quand je me ferme les yeux, je ne vois rien de tout ce qu'il y a de grand en lui, je l'imagine me traiter comme les autres avant.
Peut-être en fait que j'en ai rien à foutre de la jouissance épidermique. Peut-être que la jouissance cérébrale me plaît beaucoup plus. Parce que tant que c'est moi qui est dominée, c'est moi qui contrôle le jeu. L'homme qui sait faire jouir mon corps sans me traîner vers l'interdit de la violence... il est beaucoup trop puissant.
Névrosée...
Automne 2003 (?)
Plus tard j'ai lu Putain. Dans le cadre d'un club de lecture. Ça m'avait secouée sans me toucher vraiment, mais j'étais passée au travers. Je me disais surtout qu'il y avait là parole importante, parole de femme importante.
Au club de lecture, le livre ne faisait pas l'unanimité. Normal. Jusqu'à ce qu'un gars que je ne connaissais pas dise: «Mais elle aime ça, elle jouit...»
Là je pense que des fils se sont touchés. Là j'ai compris qu'il y avait des hommes qui avaient lu ça en se masturbant. Et je me demandais comment tu pouvais voir l'excitant derrière toute cette souffrance. Et j'ai gueulé vraiment. Je lui ai gueulé dessus.
Il a payé pour tous ceux qui n'ont pas compris et qui ne comprennent toujours pas que ce qui te fait jouir dans l'instant peut te tuer à petits feux.
Si un alcoolique en voie de guérison a envie d'une bonne bière, personne ne lui dira d'écouter ses pulsions. En matière de sexe pourtant, le sens commun veut que tout désir impliquant deux adultes consentant soit beau. C'est la pulsion. Une putain de société obsédée par la pulsion. Pourtant, on peut se faire tellement mal à écouter des besoins mal ancrés. Et j'ai tendance à croire que ce sont les femmes qui en souffrent le plus.
Nelly elle savait ça. Elle savait que parfois on veut des choses qui nous font mal, on met en scène, malgré nous, malgré notre intelligence, notre auto-sacrifice.
J'aurais souhaité, pour elle, pour ceux qui l'aimaient, qu'elle ait la force de se sortir de ses contradictions. Je l'aurais souhaité vraiment.
Mais non.
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