C comme dans Coquille
La première fois c'était au printemps 2005, pendant un massage. J'avais toute cette peine en moi et cette fatigue émotive. Quand la masso a touché ce qu'on appelle le chakra du coeur, le haut de mon corps a été soulevé du sol, un mouvement instinctif, spasmatique. Quelques soubresauts à chercher mon air, un peu le mouvement qu'on voit le corps faire lors d'un massage cardiaque. Et après les larmes, en silence, dans mes joues, mes rides, mes oreilles. Des larmes partout.
La deuxième fois c'était pendant une pause d'un cours de massothérapie. J'étais dans la tristesse encore, et je m'étais étendue, simplement pour respirer, descendre dans mon ventre à l'endroit précis où l'abandon se consolide, où ça s'encroûte la douleur et le doute. Quelqu'un est venu me dire deux mots et comme sortie de ma concentration respiratoire, j'ai eu plusieurs spasmes du même ordre.
Depuis j'ai remarqué que ça arrive régulièrement: pendant la méditation au yoga, dans un demi-sommeil si je rêve de quelqu'un qui dit «je t'aime»... Ça se produit généralement dans des moments de demi-conscience. Mon prof de massothérapie disait que c'était comme une coquille qui casse... ma coquille.
Récemment, je lisais le Compter jusqu'à cent de Mélanie Gélinas. J'ai lu les 200 premières pages les dents serrés, le corps compact, comme si je me protégeais moi aussi du danger pourtant déjà advenu. Mais comme elle l'écrit: «Mais le pire ne se produit qu’une fois. Ce qui se reproduit après, c’est une compulsion de terreur.» C'est peut-être vraiment à ça que l'on peut communier, la compulsion de terreur.
Et donc, un peu passé la page 200, un des courts fragments se termine par la fuite de la jeune fille qui porte en elle son drame. Et elle entre dans un taxi et le fragment donc se termine sur les paroles du chauffeurs: «Je t'emmène au poste de police. Ne dis rien.»
Et j'ai explosé. Les spasmes au milieu de mon lit, la coquille qui fend un peu, et les larmes. Il me semble parfois que le regard de l'autre fait exploser la douleur qu'on gardait pour soi. La compassion a la force de défoncer les murs que l'on dresse en soi. Comme lorsque, pris dans la peine, on fuit les autres parce qu'on sait que la première main sur l'épaule va ouvrir les digues. Ce chauffeur de taxi a été la main sur l'épaule de ma lecture.
J'ai desserré les dents et j'ai chialé devant cette possibilité de dire l'impossible. Et cette incroyable conscience, chaque fois que mon corps réagit si fort, de tout ce mal qui moisit encore en moi.

Les commentaires récents