Dans les derniers jours, je me suis souvent demandé: Mais qu'est-ce que je suis venue faire dans cette galère?
Quand l'Opération Masse Critique m'a offert le livre de Michelle Blanc, j'étais sincèrement contente. Je ne connaissais la "gourou des médias sociaux" (selon le quatrième de couverture) que par réputation, j'aime bien les médias sociaux sans être une spécialiste et comme on réfléchit beaucoup à ces questions dernièrement au bureau, je pensais pouvoir aller chercher là des idées rafraîchissantes.
Deux. Deux idées rafraîchissantes. Ma section d'intérêt a été celle sur les relations publiques, entre autres les conseils sur les communiqués de presse (entre les pages 130 et 140 environ).
Sinon quoi? Ça aurait pu n'être que ça, un agacement, un sentiment de perdre mon temps à lire des anecdotes personnelles qui illustrent différents travers ou enjeux des médias sociaux. Mais non, ce n'était pas un agacement. C'était une colère. Et d'ailleurs ce livre n'illustre aucun enjeu. Il nomme des enjeux et tente de démontrer qu'ils ne sont pas des enjeux. Par exemple, si Michelle Blanc se fait un devoir de rappeler toutes les crises déontologiques dans les médias traditionnels, elle n'évoque aucune erreur provenant de blogueurs. Presque rien non plus sur les blogues haineux, sauf pour raconter une histoire personnelle, bien inquiétante au demeurant. Aucun regard sociologique, aucun regard macro. Aucun doute, surtout...
Je ne suis pas contre les médias sociaux, loin s'en faut. Je ne partage pas les mêmes idées que Mme Blanc sur la société, mais je l'ignorais avant de lire le livre... On touche quelque chose ici. Comment se fait-il que je ferme un livre qui s'intitule Les médias sociaux 101 et que je sais que Michelle Blanc est antisyndicaliste et ne vote par pour Québec Solidaire? Comment suis-je supposée réagir quand elle raconte qu'elle a offert à une designer de retirer un billet qui relatait une expérience de magasinage négative en échange d'un don à l'Association des transexuelles et transexuels du Québec (p. 45)? Est-ce du marketing 2.0?
Comment suis-je supposée réagir quand après m'avoir recopié le twitttfight complet avec Nicolas Langelier, Mme Blanc conclut qu'elle va faire de la méditation pour "tenter d'envoyer des ondes positives aux connards" (p. 114)? D'ailleurs le mot connard revient quelques fois dans ce livre. Michelle Blanc n'a pas la langue dans sa poche, ça fait partie de son brand. Le problème c'est que n'est pas Gainsbourg ou Chartrand qui veut (ou Channel ou Orson Welles pour reprendre des exemple de personnal branding que l'auteur donne en page 155). Il faut être un sacré talent pour se faire pardonner de traiter un peu tout le monde comme de la merde.
En fait, je pense que le livre aurait dû s'intituler "Mon expérience des médias sociaux" ou encore "Pour la défense des médias sociaux". L'argument est assez simple: personne n'a rien compris, surtout que le Québec est en retard. Personne n'a rien compris, sauf Michelle Blanc évidemment, qui elle comprend et son cercle d'initiés. Les agences de pubs (p. 120 et quelques), les journalistes évidemment (p. 140 et quelques), les syndicats de tout genre. Personne ne comprend.
Moi qui suis pourtant ouverte aux médias sociaux, je dis: "Une minute, je voudrais qu'on approfondisse des choses...". Je me pose des questions...
- Si le changement vient d'en-bas je fais quoi comme société (p. 161) quand en bas semble surtout préoccupé par le retour des Nordiques à Québec et aucunement par la faim dans le monde, la crise économique ou des enjeux démocratiques?
- Et si l'individualisme ce n'était pas juste parler de soi, mais aussi se poser soi au centre du monde, tout le temps, dans un livre, dans un blogue ou ailleurs?
- Et s'il faut écouter les commentaires du public, est-ce que parfois on ne tombe pas dans le "beaucoup de bruit pour rien" dont parlait Shakespeare?
- Est-ce que la masse a toujours raison? En marketing peut-être... mais en information? La masse ce n'est pas un peu comme une foule parfois, un peu con?
- Si l'avenir est aux médias spécialisés que va-t-il advenir de la culture générale, ne sommes-nous pas en train de nous scier les racines, les branches, les feuilles et les bourgeons?
Cela n'est qu'un début des questions qui ne sont même pas effleurées dans ce livre et je l'admets, tout cela est fort philosophique et intellectuelle. Michelle Blanc qualifie rapidement un commentaire d'un internaute d' "ânerie intellectuelle" en page 154 et je ne voudrais pas m'y frotter. Moi pour apprendre, j'ai besoin qu'on me laisse un espace pour réfléchir, je n'aime pas trop le tout-cuit. Faut pas me prendre pour une cruche à remplir, ça me titille la fibre de la mauvaise humeur.
J'ai failli abandonner ma lecture à toutes les deux pages, mais on ne fait pas ça à un livre de Masse Critique. Alors je me suis rendue au bout en cornant chaque page où je lisais quelque chose qui me faisait sursauter. J'en ai corné une trentaine. Et au bout, j'ai compris...
Je n'engagerais jamais Michelle Blanc. J'aurais dû y penser, c'est écrit en quatrième de couverture: GOUROU. J'hais les gourous, c'est viscéral! Je n'engagerais jamais Michelle Blanc parce que nous sommes incompatibles.
Elle est préoccupée par les réponses.
J'ai toujours préféré les gens préoccupés par les questions.

Je n'ai entendu que des bons commentaires au sujet du livre mais je trouve très intéressant de recevoir un autre son de cloche de votre part. J'ai bien hâte de lire le livre pour décider de quel côté je penche. Or je déteste aussi les gourous, alors ça commence mal...
Rédigé par : Dalysq | lundi 25 oct 2010 à 01:03
Nous serions deux alors. Pour d'autres raisons puisque je n'ai pas lu son livre et je ne lirai pas. Après son passage à Tout le monde en parle, j'avais eu la curiosité de suivre son blogue quelques jours. Visiblement, elle maltraitait la langue française et ça m'irritait. Je lui ai écrit un commentaire à ce sujet. Elle m'a répondu que le langage "web était vivant et qu'elle se foutait des fautes" (sic). Je ne l'ai plus relue et ça ne me manque pas.
Rédigé par : ClaudeL | lundi 25 oct 2010 à 06:39
@Dalysq: je suppose que ça dépend vraiment de ce qui nous intéresse. Pour ma part, je l'ai reçu comme une prêche et cela m'a agacé, d'autant plus que je n'aime pas trop les auteurs qui utilisent ce ton martelant.
Je pourrais faire un certain parallèle avec Michaeal Moore. Toujours d'accord avec lui, toujours mal à l'aise face à ces produits. Le procédé me donne des boutons.
Rédigé par : Catherine | lundi 25 oct 2010 à 06:40
@ClaudeL: Je crois que nous sommes un peu plus que deux, ne vous inquiétez pas.
Ce que vous relatez ne m'étonne pas.
Quand Nathalie Petrowski avait accusé les blogueurs de faire dans l'autopromotion, je l'ai trouvée très sévère. En découvrant l'univers de Mme Blanc je comprends mieux la critique.
Rédigé par : Catherine | lundi 25 oct 2010 à 06:45
Bin cou donc, on ne travaillera pas ensemble. Je m'en vais pleurer toute seule dans mon coin. snif snif...
Rédigé par : Michelle Blanc | lundi 25 oct 2010 à 08:03
Que les blogueurs et blogueuses fassent de l'autopromotion, je n'ai rien contre. En réalité, il aurait fallu une plateforme pour les professionnels-journalistes-chroniqueurs et une autre pour les amateurs, monsieur et madame tout-le-monde qui écrivent pour le plaisir tout en cherchant une certaine visibilité.
Et madame Blanc: on ne peut pas plaire à tout le monde et en tout.
Rédigé par : ClaudeL | lundi 25 oct 2010 à 08:26
Excellent billet sur un excellent biais!
Rédigé par : Daniel Rondeau | lundi 25 oct 2010 à 13:57
Votre billet illustre bien un des aspects du Web et des médias sociaux qui m'intéresse particulièrement : en se révélant par ses écrits et ses goûts affichés sur les réseau, on s'associe à autrui par affinités électives. Nous devons convenir que vous en avez peu avec Michelle :-)
Cela dit, à mon avis, ce livre dont le but premier était de présenter les idées et la personnalité de la célèbre consultante, fait son boulot et plait à son public cible.
Au plaisir d'en discuter plus longuement avec vous.
Rédigé par : Nadia | lundi 25 oct 2010 à 14:32
Mme Blanc se prend pour Tirésias. Malheureusement elle n'est qu'une bacchante...
L'idée même de publier un livre (à l'ancienne, sur du papier et avec de l'encre, et tout, et tout) n'aurait même pas dû lui traverser l'esprit.
Rédigé par : Bast | lundi 25 oct 2010 à 15:54
@MichelleBlanc: si vous le dites.
@Daniel: merci!
@Nadia: Au plaisir d'en rediscuter. Je crois que j'ai voulu en dire trop dans ce billet, mais c'était un peu ma critique par rapport au titre. Il m'a semblé mal ciblé.
@Bast: Maybe.
Rédigé par : Catherine | lundi 25 oct 2010 à 19:12
J'aime bien les réflexions que tu amènes suite à ta lecture du livre. Beaucoup de questions pertinentes. Par contre Michelle Blanc te ferme maladroitement la porte au nez et passe à côté de ce qui aurait pu être un bon débat. Dommage.
Rédigé par : Phil | mardi 26 oct 2010 à 08:59
Quand j'ai vu l'énorme article, dans un quotidien de Québec, au sujet de la parution du livre de Michelle Blanc cette semaine, je me suis dit tout de suite : « Voilà le livre dont j'ai besoin pour aiguiser davantage mes connaissances des médias sociaux ». J'avais même l'intention de l'imposer en lecture de chevet à tous mes employés. Je dirige une boîte de communication à Québec. Mon équipe du département web m'avait déjà parlé des idées de Michelle Blanc et certains d'entre eux lui accorde une certaine crédibilité et lui vouent un certain respect. En revanche, bien qu'ils adhèrent à quelques préceptes de Michelle Blanc concernant l'enjeu des médias sociaux, ceux-ci ont été assez prudents pour aller lire quelques commentaires sur le web, dont le vôtre, avant de donner suite à ma demande de commander le livre pour moi. Je les en remercie, de même que vous même! Bien que je fasse partie des dinosaures qui préfèrent, pour s'instruire, la lecture sur papier que sur écran, je passerai mon tour cette fois et j'attendrai une nouvelle version à la hauteur de l'auteur...
Rédigé par : Patrick | mardi 26 oct 2010 à 11:40
@Michelle Blanc
Je suis vraiment déçu de votre attitude face à ce billet. Je crois personnellement qu'il représente l'avis de plusieurs personnes qui n'ose pas vous dire ce qu'il pense vraiment. Être à votre place, je prendrais ces critiques de manière constructive dans l'optique d'offrir un meilleur produit à mes nombreux lecteurs.
Je le dis encore une fois, je suis vraiment déçu de votre attitude.
Rédigé par : LP | mardi 26 oct 2010 à 12:28
Je savais déjà que je n'achèterais pas entre autres parce que ça ne me disait rien, parce que ça me semblait bâclé et parce que je ne veux pas encourager les antisyndicalistes notoires.
Très pertinente cette critique et rafraîchissante dans ce paysage de complaisance.
Rédigé par : Noisette Sociale | mardi 26 oct 2010 à 18:27
J'ai pris connaissance de votre blogue par le biais de Masse Critique. J'ai trouvé fort intéressant votre façon de questionner ce bouquin dans un texte très pertinent et bien écrit. Et j'avoue que je suis un peu surprise de la réaction de Madame Blanc sur ce blogue. Je suis étonnée de voir que quelqu'un qui donne des conseils sur le "comment agir" sur internet réagisse de façon aussi peu professionnelle. Pourquoi n'a-t-elle pas ouvert le débat comme le souligne si bien Phil? Je sais qu'elle n'a habituellement pas la langue dans sa poche mais dans ce cas, c'est simplement fermer la porte à toute discussion...
Rédigé par : Ma mère était hipster | dimanche 31 oct 2010 à 17:06
C'est ma prochaine lecture et après t'avoir lu, Catherine, je comprends mieux le commentaire que tu me glissais dans l'oreille l'autre jour. Je vais tout de même me faire ma propre opinion. La réservation est faite à la biblio. et je l'acheterais peut-être ensuite, histoire que Nadia (mon ex.voisine) touche des droits d'auteurs ;-)
Rédigé par : Christine Hernandez | lundi 08 nov 2010 à 13:38
Bonjour Madame Catherine.
J'ai lu votre billet avec intérêt. De toute évidence, votre instinct vous sert bien : les questions que vous soulevez sont en effet des plus pertinentes. Malgré leurs avantages, les médias dits sociaux sont bien des outils de notre temps : une plate-forme à l'hyperindividualisme (une société fondée sur le primat d'individus qui ne seraient redevables que d'eux-mêmes) faisant ainsi fi de toute influence du social (politique, idéologie, pouvoir socio-économique, etc.). Voilà d'où émergent les mythes des "beaux-frères" et de la société a-politique ; une société égotique où paradoxalement le lien social se résume non pas au politique (moi et toi devant NOUS entendre), mais à des pulsions comme en témoigne la réplique de Madame Blanc à votre commentaire : pas avec moi = contre moi. C'est la réduction de tous les rapports sociaux à l'égo : l'icone aime (ou pas) qu'un seul clic jouissif permet d'activer. Ainsi "émancipé" des grandes idéologies (le soi-disant débat pour "en finir" avec la dichotomie droite/gauche), l'individu peut bien monnayer ce qu'il veut, quand il veut : enfin, fini les contradictions! Je peux accepter/publiciser tout ce que je veux.
Et c'est bien de publicité qu'il s'agit ici : la logique marchande perméabilise tout le discours dominant du Web 2.0. Personne ne parle de l'impératif de production (faire circuler son message le plus possible, augmenter son nombre "d'amis", etc.) auquel se greffe la publicité et le ciblage marketing qui récupère toutes les injonctions de se livrer en ligne, car ce sont bien les tenants du discours publiciste - relations publiques/marketing - qui sont les hérauts du Web 2.0. En fait, nous sommes en présence d'une idéologie qui apparaît comme non-idéologique, c'est-à-dire technique. Derrière l'instrumentalisation (les OUTILS "sociaux"), se terre la politique, celle d'une logique marchande qui se pare des attributs de la simple gestion (le mode d'emploi/le "101" des choses) qui en fait reconduit la vieille idée du néolibéralisme : la politique du laisser-faire, la main invisible se faisant rétroaction. Voilèa pourquoi nous assistons au retour d’un naturalisme, soit la métaphore de la ruche et de la fourmilière autorégulées souvent invoquée par les gestionnaires auto-proclamé(e)s qui, de leur "connaissance" de l'outil, s'exportent en « experts » du social. Mais il ne peut s'agir que d'un discours vide, car leur social en est un épuré de tout rapport au politique et à l'idéologique. Fini les liens de pouvoir (la décentralisation semble en effet abolir toute forme de pouvoir...). C'est un social tout entier livré à une logique marchande. Il suffit simplement de se laisser aller en suivant le guide (Only one clic away !) Et surtout, ne pas poser de questions.
Si vous désirez poursuivre cette discussion, je vous invite à venir assister à un de mes cours à l'UQAM dont une séance imminente portera sur les médias dits sociaux (Facebook, Twitter et all.). Nous poserons des questions. Et les vôtres y seront les bienvenues.
Cordialement,
André Mondoux
P.S. Avec votre permission, j’aimerais distribuer une copie de votre billet à mes étudiant(e)s.
Rédigé par : André Mondoux | dimanche 14 nov 2010 à 15:03
Bonjour M. Mondoux,
je suis très pressée ces jours-ci ce qui m'empêche de vous répondre intelligemment. Par contre, soyez bien aise d'utiliser mon billet dans votre classe. Je vous répondrai plus longuement dans quelques jours.
Au plaisir,
Catherine
Rédigé par : Catherine | dimanche 14 nov 2010 à 22:34