Je fonctionne au nez. C'est la clé de mon succès. Bon, y'a un brin d'intelligence et bien quelques années d'études, mais globalement j'ai bon flair. On appelle ça de l'intuition.
Le soucis avec l'intuition, c'est qu'elle devient rapidement inutilisable quand il s'agit de porter un jugement sur elle-même. J'utilise la lunette émotive (l'intuition) pour avoir l'éclairage juste sur des situations qui se veulent rationnels (dangers potentiels, partenaires d'affaire, jeux de pouvoir, etc.).
Mais l'intuition ne sert à rien dans la vie amoureuse. Comme si, à juxtaposer une lunette émotive sur ce qu'il l'est déjà tellement, on s'engonçait dans le flou. En amour, mon intuition est suicidaire, mon intuition me pousse à me cacher sous mon lit... À défaut de l'écouter donc, je la considère inapte.
C'est un peu la même chose avec le regard que je porte sur ma propre "création". Mon intuition est d'une part convaincue que je suis une bonne à rien, d'autre part convaincue que je suis un être d'exception. Et s'accumule des couches émotives qui m'éloignent d'un jugement à peu près crédible.
Une amie me disait l'autre soir qu'avant d'envoyer un truc à un éditeur, il faut y croire. Y croire? Vraiment? Y croire comme dans: je crois que cela est bon? Non, je ne pense pas pouvoir croire comme ça en qui je suis.
Je peux me booster, me répéter tous les matins que j'y crois, mais je ne pense pas pouvoir, viscéralement, avoir un jour une telle confiance en ce qui relève d'autres choses que de ma raison. Et je ne suis pas certaine que j'en veux de cette confiance-là. N'est-elle pas aveugle?
Non, mon approche de ces choses finit par devenir rationnelle, et même statistique, parce que je m'efforce de poser sur l'émotion une lunette qui me permettrait d'y voir plus clair. Calcul coûts-bénéfices (qu'aie-je donc à perdre?). Jeux des probabilités (pourquoi pas moi...).
C'est un peu comme en amour. Quand je finis par bouger, c'est rarement parce que mon intuition m'y pousse. Non, quand je finis par foncer, c'est que je me dis que ça ne peut pas toujours n'être pas mon tour.
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Cela dit, ça ne reste qu'une probabilité. Ça pourrait être pour toujours pas encore mon tour.
Reste le calcul coûts-bénéfices. Qu'aie-je donc à perdre?
Rien vraiment!
Reste l'angoisse pourtant.
L'intuition en amour... je ne parle que pour moi - parce que la relation que l'on a avec notre intuition est très différente pour chacun d'entre nous - mais j'ai cru cela, moi aussi, que l'intuition, l'amour et moi, ça ne pouvait se retrouver dans la même équation. J'ai voulu sortir l'intuition - inapte, c'est bien ce que je me disais -, finalement à force de ne pas l'écouter c'est elle qui m'a sortie. Comme quoi. Mais je peux comprendre l'idée. C'est difficile d'y voir clair, quand tout se mêle.
Rédigé par : Maxime | mardi 20 juil 2010 à 08:41
Oh que je me retrouve dans ce que tu ressens devant ta propre création! Constant oscillement entre le doute et la certitude. Mais tu le dis bien: qu'avons-nous à perdre, au final? Pas grand-chose. Et tout à gagner... si le vent tourne en notre faveur!
Rédigé par : Julie GravelR | mercredi 04 août 2010 à 15:39