Ça coince un peu au coin du coeur. Pas une douleur de fou, juste un irritant. Comme quand on porte des souliers trop petits. Je lui ouvrirais la cage, histoire de le laisser respirer, mon coin de coeur.
Je suis en colère, contre la jungle et contre moi surtout. Et triste un peu aussi, peut-être. Colère contre moi d'être invariablement une insupportable adolescente dès que me pousse une idée naine de séduire. Comme si je perdais tout spontané, toute mesure. Que je redevenais ce monstre égocentré, tellement imbu de mon besoin de plaire que je casse les pieds.
Colère contre la jungle, cette jungle où tout est à la loi du plus fort, où on tire à la ligne par habitude plus que par envie, où s'entrechoquent nos envies d'être deux et notre incapacité à être nous-mêmes.
Tristesse de constater que rien ne change. Que mon aimant naturel m'attire vers le même piège, inconsciemment.
Un homme triste. Voilà. Et bien sûr que l'homme triste ne veut pas d'attachement parce qu'il ne peut subir son reflet, il ne peut souffrir qu'on veuille son bonheur. Il s'entend dans sa déchirure et demande le droit, le passe-droit, d'y rester, qu'on l'y laisse.
Et il a beau, vraiment.
Alors je me retrouve, sans l'avoir prévu, à traîner mon coeur dans ses petits souliers, ma petite colère, sourde colère, et ma tristesse de toujours. Pour rien vraiment, pour une absence d'événement...
Et je me dis que tout de même, il y avait longtemps que personne ne m'avait trituré, ne serait-ce que le coin du coeur, comme ça. Longtemps que personne n'était rentré aussi directement derrière la barricade, sans mot de passe, sans arme et sans effort. Longtemps que personne n'avait fait jaillir ce monstre adolescent en moi, cette insupportable moi qui casse les pieds. Longtemps.
Bien sûr, je suis là, ce matin, à me dire que je m'en passerais.
Mais pour être honnête quelque chose en moi jubile un peu.
Parce qu'avoir un coeur dans ses petits souliers, c'est toujours bien avoir un coeur.
Et dans les derniers temps, je m'étais prise à en douter.
Probablement qu'on a besoin de petites (... ou de moins petites) douleurs de temps en temps, non? Sinon on s'assèche.
Rédigé par: Amélie | mardi 19 mai 2009 à 13:25
Si tu trouves que c'est trop haut pour toi, descends.
Moi je suis pas là pour te faire perdre ton temps.
Si tu me vois comme ta fin du monde, vas t'en.
Je vais vivre ma fin du monde autrement.
- Ariane Moffat
Rédigé par: Marie | mardi 02 juin 2009 à 20:13