On se dit qu'on est l'élite éclairée. En rigolant, mais en se croyant quand même un peu. On se dit qu'on a appris à s'aimer, très sérieusement, les yeux dans les yeux du miroir ou dans le cerne de vin qui s'étend pendant qu'on monologue intérieur. On se dit qu'on vaut plus que ça, qu'on vaut beaucoup vraiment, après tout.
On se dit tout ça. On a trente ans. Et quand il est là, devant, malgré nous, au fond de nous, on se dit: «Il ne pourra pas s'intéresser à une fille comme moi.» Comme moi comme dans... comme dans... grosse au fond, j'imagine. J'imagine que c'est de ça qu'elle parle la petite voix amnésique. J'imagine mais elle est tellement plus forte que moi, régressive, que je ne la comprends pas.
Régression. Je ne peux expliquer son pourquoi, bien que je m'en doute, mais une régression certes. Je n'ai plus de vie sentimentale, sauf quand je me pâme sur le sourire d'une quelconque vedette rousse ou que je fantasme sur l'inconnu que je croise deux fois par mois dans la cage d'escalier. Je le fais en riant, mais au fond je ne ris pas tant que ça. Il n'y a plus dans ma vie, d'espace de rencontre parce que je les ai brûlés.
Ce qui ment, c'est que je peux continuer à jouer. Je sais dire la bonne phrase, je sais jouer avec les signes, comme un chat blasé qui donne un dernier coup de pattes sur une souris déjà dépecée.
L'autre midi, je disais à un ami qu'il faudra que le prochain, que le prochain il me veuille vraiment. Et qu'il vienne me convaincre de mettre de l'énergie dans tout ça. Et en même temps, je n'ai pas été habituée à ça, à me faire vouloir. Je ne me rappelle pas avoir croisé ça un homme qui voulait me séduire.
C'est pas que je suis triste vraiment. Mais plus tôt, au soleil de printemps, il est passé, j'ai dit ma petite phrase qui mord mais pas trop. Et quand il fut parti je me suis demandée pourquoi j'avais fait ça. Pourquoi j'ose encore draguer par habitude, un gars qui n'a rien demandé. Le printemps n'excuse pas tout. Et je me suis dit que je devrais attendre qu'il vienne vers moi. Et je me suis rappelée qu'il ne viendrait pas.
Moi, dans ma vie, j'ai démoli des portes, dans toute ma délicatesse en disant en substance «En tout cas, si jamais ça te tente, tu vois que la porte est ouverte...».
On m'a dit qu'il suffisait d'inverser le pattern pour s'en guérir. Ne plus ouvrir, attendre qu'on cogne.
On ne m'a jamais dit quoi faire si ça ne cognait pas.
Touchant.
Rédigé par: Éric | lundi 20 avr 2009 à 20:44
Félicitation, on n'y manquera pas !
Rédigé par: LeDZ | mardi 21 avr 2009 à 12:32
Ça vient chavirer quelque chose en-dedans, ça.
Rédigé par: Amélie | mardi 21 avr 2009 à 18:56
C'est très touchant ce que tu dis. Un instant de vulnérabilité que j'enveloppe de douceur. Merci.
Il ne suffit peut-être pas d'inverser le pattern, puisque finalement c'est la même chose qui se regarde dans le miroir.
Se libérer de ce qu'on pense être la vérité? Des conceptions? Des choses que l'on sait et que l'on prend pour acquise?
Et non ce n'est pas facile pour moi de dire ça, qui suis restée 15 ans seule à me faire à croire que les hommes ne veulent pas de filles seules avec des enfants, alors que dans le fond j'avais une peur maladive d'aimer, de me laisser approcher, de décrocher du contrôle de mes émotions. Ma conception du monde et la vérité était que les hommes ne veulent pas s'engager. Et je tenais ça de source sure. Pour m'éviter de faire face à ce qui était là réellement.
Catherine, on se connait peu et je pourrais dire n'importe quoi, qui ne ferait aucune différence. Mais j'ai comme ce feeling que tu es de celles qui reviennent de loin. Je nous reconnais... il y a longtemps dans notre apprentissage des relations, nous avons reçu en cadeau des modèles cassés.
Avec beaucoup de respect et beaucoup d'amour. ML
Rédigé par: Ambrozya | samedi 16 mai 2009 à 10:07
Ma belle Catherine, pour t'avoir connue dans une autre vie, pour connaitre ton "mal", ( a force de le vivre moi-meme), je me permets ce commentaire: En plus de fermer ta porte et d'attendre, fais ton ménage et...VIS. A fond. A chaque instant.LA vita es bella Catherine. Tu la mérites autant qu'elle te mérite. J'ai fais ca moi. Je ne suis pas en train de dire que j'y ai trouvé l'amour, mais j'y ai certainement trouvé la paix. Alors, lache prise. Tu es tellement belle, intelligente, vivace et...vorace. Continue de voir le bleu du ciel, d'entendre les rires d'enfants, d'humer l'odeur des croissants frais. C'est aussi ca le bonheur. Je t'admirai probablement toute ma vie!!!
Rédigé par: Suzie | mardi 26 mai 2009 à 17:00
Peut-être que c'est l'attente au fond, le problème. Peut-être qu'il ne suffit pas que de fermer la porte, mais qu'il faille se dire, carrément: peut-être que ça ne m'arrivera jamais. Peut-être pas. Et quand on y croit pour vrai, vraiment vraiment et, encore plus important, quand on arrive à être, malgré tout, bien là-dedans, c'est peut-être là que ça arrive.
Le problème, c'est que de rationaliser tout ça, de fermer la belle petite boîte bien carrée autour d'une formule soutire justement à la formule sa logique intrinsèque.
Ah merde. Il n'y en a tellement pas de formule au fond.
On fait peur, on se fait peur à soi-même ou bien, on veut toujours ceux qu'on n'a pas ou qu'on n'aura jamais. Et qu'on le veuille ou non, ce n'est pas d'être petite ou grande, grosse ou maigrichonne un peu jolie ou pas totalement repoussante qui change la donne. C'est ce que tu as en dedans: le compliqué, les tortures, les questionnements. C'est à ce moment que ça devient difficile de trouver quelqu'un. Surtout les exigences. En demander tellement à soi que, même si on en demanderait pas autant à l'autre, c'est une pression constante qui moule nos rapports humains.
Et là, on se rappelle Alexandre Jardin, on revoit Eternal Sunshine of the spotless mind ou on pense à une chanson de Richard Desjardins et on se (re)demande: Et si?
Rédigé par: Marie | mardi 02 juin 2009 à 20:29