Je racontais hier le côté obscur de moi, enfant, qui aurait voulu être malade pour pouvoir mettre un doigt sur ce qui faisait mal.
Il m'est arrivé dans les dernières années de refuser des invitations, de me terrer chez moi, de ne plus vouloir sortir ou voir qui que ce soit, en prétextant «des problèmes de santé». Les gens s'inquiètent, je les rassure. Je ne suis pas malade, des petits problèmes seulement, mais assez pour ne pas avoir trop envie d'être ailleurs qu'en pyjama chez moi.
La peau est un organe particulier. La peau protège de tout et est pourtant rarement malade en elle-même. Les maladies de peau sont souvent symptomatiques d'autres choses. Mais la peau qui est frontière, est aussi contact. C'est un de nos rapports au monde. C'est le plus visible de nous.
Mais c'est superficielle. Voilà! Par nature la peau est superficielle et les gens intelligents ne s'empêcheront jamais de rien pour une histoire de peau. Puisque ta santé te le permet, pourquoi s'enfermer parce que la peau flanche?
Tu sens bien que petit à petit tu ne magasines plus parce qu'on ne cherche pas de jolis écrins quand on a l'impression d'être moisie. Tu sens bien que tu n'attends plus rien. Et tu te sens faible. Et superficielle. Et conne. Et c'est le cercle vicieux. Ta souffrance est un caprice, ton caprice te fait te sentir sale, ta saleté intérieure se reflète sur ce qui te semble sale à l'extérieure... ta peau. Et tout ça est un caprice, etc, etc, etc.
Tu te plains, tu te sens insupportable. Tu combats, tu es fatiguée. Tu te dis qu'il faudrait accepter, comme une fatalité, mais qu'en fait il n'y a rien là, c'est même pas une fatalité, c'est un détail. Tu te dis que tu es ni malade, ni handicapée, ni blessée. Tu te dis que si t'étais forte, tu te foutrais de tout ça, tu ne tenterais même plus de camoufler, tu ne t'empêcherais de rien. Tu combattrais quand même pour sauver l'avenir mais tu sourirais. Tu te dis que...
Et tout ça ne change rien. Ta peau flanche, donc tu construis une nouvelle peau, invisible et psychologique. Une nouvelle peau faite de barreaux. Une prison.
Commentaires