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dimanche 11 mai 2008

Le moment fondateur

Avertissement: cette tranche de psychanalyse vous est gratuitement offerte par 4 ans de thérapie intensive... pas si gratuite que ça finalement!

J'ai cru que le moment fondateur de cette histoire mille fois vécue était ce soir d'automne 1998 au St-Hubert de Ste-Thérèse. Jamais quart de poulet n'aura resté si intact dans mon assiette. Pourquoi après des mois de dévotion manifeste mais silencieuse j'avais décidé ce soir-là de mettre des mots et des questions sur mes sentiments? Je ne sais plus, mais je l'ai fait, nausées en sus. Dans l'hésitation de ses mots qui ne voulaient faire mal mais ne pouvaient autrement j'ai senti la lame qui perçait mes peurs; dans son regard j'ai vu l'ampleur des regrets. Regrets de m'avoir fait souffrir bien sûr, d'en remettre ce soir-là, mais un certain regret aussi de ne pas pouvoir répondre à ça, la pureté de mon amour. Tu pourrais être la femme de ma vie mais ne tu ne m'attires pas...

Longtemps je me suis bercée dans l'idée que c'était une question d'âge. Mes amours d'enseignants, adolescente en mon temps, n'étaient probablement qu'une façon de consolider l'idée que pour les gens plus âgés le physique importait moins. Il a fallu bien des années plus tard qu'un homme de bien plus de 40 ans, accoudé sur un bar, me souligne avec tout le mépris inclus dans la tache, la tare de mon poids pour que je comprenne que l'âge n'avait rien à faire avec ça.

D'ailleurs, le vrai moment fondateur est plutôt dans une voiture. J'ai 14 ou 15 ans et mon père est épuisé (comme on le comprend) de cette grande fille qui a tout pour être bien et épanouie et qui pourtant s'enfonce dans un mal de vivre qui s'appuie surtout sur son célibat (comme on ne change pas). Évidemment, il me répète que je suis belle et qu'il faut cesser de s'en faire. La question explose, pas vraiment réfléchie d'avance, mais longtemps portée en silence: «Si t'avais 15 ans, sortirais-tu avec moi?»

Et le silence... (Mais enfin sortis de l'hypocrisie...)

Depuis ce silence je le retrouve souvent. Et cette ombre dans leurs yeux, franchement désolés de ne pouvoir ouvrir la porte à une histoire qui souvent semble simple et évidente. Souvent je me suis fait dire que j'étais trop amie avec les hommes pour que le désir s'installe. Je pense que c'est posé la question dans le mauvais sens, il faut inverser la causalité.

Entre adultes, pour la majorité des gens, la question du désir est la première qui se pose. Pour les hétérosexuels convaincus, la question est déjà réglée avec les gens de même sexe. De là, la facilité des amitiés. Ce n'est pas dans notre amitié que le désir meurt, c'est dans l'absence de désir que ces hommes peuvent s'appuyer sur moi.

Or, la facilité de l'amitié que me portent certains hommes, parce qu'en-dehors du désir, n'explique pas l'intensité qu'ils mettent à s'investir en moi, intensité qui doit bien être due à un désir latent...

À la prochaine séance: désir-image, désir-écran et désir relationnel.

Commentaires

Joli exergue !

Seriez-vous la personne derrière la plume qui...

Parce que si oui hum... Vous savez quand je lis un livre je corne les pages où je croise des phrases qui me semblent importantes, marquantes. Dans ce livre j'en ai cornées plus de 30... c'est 1/3 du livre ça... Ça commence à faire beaucoup de phrases importantes au cm2...

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