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novembre 2007

vendredi 30 nov. 2007

Merci Louis Cornellier

Il faut dire que [Marc] Simard fait une drôle de lecture des médias québécois. Il répète à quelques reprises, en effet, que «la gauche bien pensante» y tient le haut du pavé, voire qu'elle impose «son hégémonie dans le discours public et médiatique au Québec». Ah oui? Où ça? Certainement pas à La Presse, au Soleil, au Journal de Montréal, à TQS ou à TVA.

Louis Cornellier, «Qui sont les vrais éteignoirs?», Le Devoir du 24 et 25 novembre 2007

Non, mais coudonc, il est temps que quelqu'un le dise.

jeudi 29 nov. 2007

Quelques commentaires sur une soirée télé

Comment expliquer que le personnage arabe de Virginie, Mohamed il s'appelle, qui a d'ailleurs un accent assez caricatural, qui est, je crois, maghrébin, offre une burqa complète (ou afghane) à son amoureuse. Hiiii... Twilight Zone. Est-ce la contribution de Madame Larouche au débat sur l'intégration des personnes immigrantes au Québec? Merci, merci de nous aider à combattre les préjugés. De toute beauté.

Je veux bien tolérer qu'on donne le droit de parole à des gens qui n'ont pas tous une connaissance très fine des sujets d'actualité dans le cadre d'une commission publique, mais quand tu prends la parole publiquement devant un auditoire considérable, je présuppose qu'il est un peu de ta responsabilité de t'informer avant de donner systématiquement dans la grossièreté.

***

Complètement bouleversée par l'émission d'Enquête sur le VIH/SIDA. Plus bouleversée par le reportage au Québec qu'en Afrique, je crois que j'ai tellement étudié la situation africaine que je n'imaginais plus que des histoires aussi bouleversantes avaient lieu chez mes voisins.

Particulièrement troublée par le jeune homme qui à la fin du reportage disait rêver de pouvoir être un (bon) père sans être sûr qu'il pourra avoir une famille. Bouleversée par ces souvenirs qui me rappellent combien il est difficile d'être adolescent et de marcher vers sa sexualité... Combien difficile doitêtre ce chemin quand tu sais que tu portes en toi ce qui pourrait tuer l'autre... Horrible.

Lorsque j'étais enseignante... il m'arrivait d'aller un peu trop loin

Je l'ai fait à chaque session. Devant une classe je suis comme un poisson dans l'eau, et j'oublie parfois (les frontières, les frontières) où je suis et les limites que cela impose devrait imposer.

Un classique: la fois où je me suis mise à délirer aur Aeon Flux et où j'étais prise à mon propre jeu parce qu'incapable de dire la phrase qui me brûlait vraiment les lèvres: "Je rêve parfois d'être Aeon Flux pour pouvoir me choquer en restant tout aussi sexy." Séance de dérapage qui s'est d'ailleurs terminée sur un mémorable Félix mort de rire qui lorsque je lui demande "Ris-tu parce que tu m'imagines habillée en cuir" me répond "Non, mais maintenant que t'en parle..." Et vlan!

Mémorable mais moins drôle, la fois où je me suis emportée contre Maxime et Marie en les traitant presque de cons de ne pas vouloir comprendre que le nationalisme est une construction historique et que, non, les Romains ne se battaient pas par patriotisme tel qu'on l'entend aujourd'hui. Je me suis sentie coupable pendant des semaines après.

Mémorable aussi, mais encore moins de moins drôle, mon emportement la session dernière contre un crypto-masculiniste qui disait trop d'énormités pour que je puisse garder la distance prescrite.

Mémorables aussi mes dérapes constantes sur la question de la propagation du VIH/Sida qui m'obligent constemment à passer du "VIH/Sida comme menace à la stabilité internationale" à un cours de FPS parce qu'il se trouve que les jeunes de 20 ans savent bien peu de choses sur la façon dont un tel mal circule. Je fais pas des dessins, mais c'est tout juste!

Que dire des mes coups de gueule parfois redondants contre certains journalistes. Je me rappelle aussi avoir eu des fous rires hors propos mais que j'ai bien été obligé d'expliquer... comme cette fois où j'avais entendu une sexologue à Canal Vie dire que le corps sait ce qu'il fait, à preuve le mot bio-logie (comme dans vie et logique).

Mais hier, vraiment, je me suis surpassée. Comme rien ne m'arrête j'ai lancé le débat sur l'excision. J'essayais de rester calme et surtout neutre jusqu'à ce que tout le monde se soit exprimé. J'ai commencé à trouver la neutralité plus difficile quand les interventions apparentant l'excision et la circoncision ont commencé à se faire plus nombreuses. J'ai commencé franchement à m'opposer plus clairement quand on apparentait la pratique de l'excision aux pressions que la société occidentale fait vivre au corps des femmes, par exemple l'obsession de la minceur.

Alors voilà, le temps que ça se rende à mes neurones et à ma langue, je l'avais dit, sans qu'aucun filtre ne soit assez puissant pour m'arrêter:

"Si je peux me permettre, je doute que ce soit comparable. Je ne réponds pas aux standards de beauté de la société occidentale, mais je jouis, je vous garantis."

...

J'entends d'ici mes anciens étudiants qui se roulent par terre de rire. C'est à la fois pathétique... et tellement moi!

mercredi 28 nov. 2007

Élitiste, va...

Depuis que j'ai découvert l'univers Canoë et ses blogues (je vais taire ici le nom de la personne qui m'a entraînée dans cette dérape...) j'avoue que mon niveau de tolérance à l'opinion populaire va décroissant.

Je constate comme jamais qu'à moi toute seule je représente les méchants intellectuels élitistes et gauchistes qui veulent empêcher la voix du peuple de se faire entendre. En effet, je persiste et signe: FAITES LES TAIRE!

Ce week-end, au congrès de la FPJQ, Anne-Marie Gingras de l'Université Laval rappelait que la démocratie ce n'est pas l'addition des opinions de tous, tout comme la société d'ailleurs n'est pas la somme d'individus. Il y a des structures. Il y a des valeurs. Il y a des choix. En démocratie on défend certains droits, malgré que la fluctuante opinion publique puisse changer d'idées.

Donc oui, élitiste et de gauche en plus, et parfois ce tout à ce que 'monsieur tout le monde en pense' me déprime. Qu'on s'entende bien, je crois qu'il est normal qu'en démocratie tout le monde puisse s'exprimer. Je ne crois pas pour autant qu'il soit normal que tous les avis soient traités sur un pied d'égalité.

Dire qu'un économiste n'est ni de gauche ni de droite comme l'a fait Joanne Marcotte ce week-end, c'est pas juste incompréhensible, c'est complètement niaiseux. N'importe qui le moindrement au fait de ce qu'est une pensée intellectuelle et une science sociale sait bien qu'une matière comme l'économie est teintée de valeurs. Et cette femme est vice-présidente de la Commission Castonguay sur l'avenir du système de santé. Come on.

Donc, pour en revenir à Canoë, non seulement je ne suis pas d'accord avec ce que disent 90% des gens qui s'y expriment, mais je trouve leurs arguments dogmatiques, démagogiques, individualistes, centrés sur leur expérience de vie, sans recul, sans analyse, sans profondeur. Je suis en CHOC CULTUREL (élitiste de gauche, on se rappelle!).

Sérieux, un échange comme celui-là ne vous donne pas envie d'aller vous jeter en bas du pont? Au-delà même de la teneur des propos, le ras-des-pâquerettes... et toutes les questions (élitistes et de gauche) qui moi me taraudent:

- en faisant ça est-ce que les jeunes coupent la job d'un emballeur pendant le week-end?
- la Facture nous annonçait récemment que dans ce genre d'initiative les chaînes se prennent souvent une cote? est-ce acceptable?
- est-ce mieux ou pire que de vendre du chocolat, des bonbons, tout le reste?

Ben non, on se contente de s'offusquer que ces jeunes auront une opportunité que la majorité de la population n'a pas. Après moi le déluge. Puisque dans ma génération nous n'avions pas compris qu'un voyage à l'étranger ouvre l'esprit, ben que ceux qui suivent crèvent aussi sans avoir mis les pieds dehors.

Depuis donc, que j'ai découvert l'univers des blogues Canoë je suis plus éliste et de gauche que jamais. Mais je pressens aussi que je risque de mourir jeune. Les nerfs probablement...

Notes de lecture

Le nonsense, comme la poésie à laquelle il est étroitement lié, comme la spéculation philosophique, comme tout produit de l'imagination, est une affirmation de la liberté spirituelle de l'homme contre l'oppression des circonstances.

Aldous Huxley

mardi 27 nov. 2007

Notes de lecture

Les deux petits qui me regardent, de leur page de journal, de leur chaloupe en bois qui prend l'eau à tel point qu'un des deux petits a pour tâche d'écoper pour qu'ils ne coulent pas. À lui voir la mine basse, je gagerais vingt ans qu'il ne pense qu'à une chose: arrêter d'écoper et se laisser couler.

[...]

Nous étions aussi parfaits que n'importe quel couple: de bonnes intentions qui se rencontrent. Pas sûre des miennes. Je ne pensais même pas aux siennes. Aussi bien que n'importe quel couple quand même, deux personnes.

Dawson Kid, Simon Girard

Impressions de Québec (suite)

Ce qui m'a le plus impressionnée, c'est la douceur du silence. Il neigeait, et tout autour comme du feutre, un écrin. Jamais on ne se serait cru dans une ville un samedi soir pas si tard. Le ralenti. Le silence parfois. Et le rire. Et les chuchotements.

C'était comme dans un rêve d'hiver.

lundi 26 nov. 2007

Désir et autres coïncidences de vie

Peut-être y a-t-il des gens qu'on va désirer toute notre vie? Tout bêtement comme ça, sans les aimer vraiment. Sans les aimer avec des lettres capitales, parce qu'on les aime bien sûr. Mais aimer fait partie de ces verbes qui se conjuguent en trop de temps et dont aucun synonyme ne semble suffisant. Peut-être que justement, les gens qu'on désire toute notre vie, c'est ceux qu'on aime jamais complètement.

Désirer tout court. Tout chaud. Bref et éternel à fois. Je les compte sur les doigts d'une main. Je les désire peut-être uniquement à la hauteur du désir qu'ils ont toujours pour moi. Malgré les aléas.

Une scène très précise, il y a quelques mois à peine. Les portes d'un ascenceur, ses lèvres, ses yeux, sa voix. Cette scène se relaie avec d'autres avant il y a trop d'années pour les compter.

Une scène très précise. Un profil, nos surprises. Nos surprises de se retrouver. Nos surprises aussi de constater qu'après tout ce temps ça fleurit encore. Et dans nos regards nos chemins en sens inverse. Toutes les fois où si seulement si...

En parlant de tout cela avec une amie aujourd'hui j'ai frappé un mur. J'ai vu dans son regard l'incompréhension devant un désir volcan imprégné d'aucune envie de fixer la fusion instantannée. Devant mon si grand bonheur d'un désir sans attente. Aucune envie d'investir. La simplicité (la vraie... pas celle qu'on dit quand on dit 'j'ai pas d'attentes' mais sans y croire). Non la vraie, parce que les désirs éternels poussent dans des Eden à part, loin de mes envies d'être deux, d'être bien, d'être accueillie au quotidien.

Les désirs éternels c'est Peter Pan réincarné. La deuxième étoile à droite et tout droit jusqu'au matin et dans vos yeux je suis ce que je doute parfois d'être: une femme complète, formidable, superbe.

Et parce que savoir voler c'est toujours bien passager. Il faut ouvrir les yeux le matin et garder au creux du coeur et des reins cette puissance qui ne ressemble à rien. Se lever et marcher vers ce qui sera différent mais dont on a envie vraiment.

un amour sur lequel on se construit
un autre avec lequel on investit l'abandon des émotions
un désir avec des fondations

***

Après un décompte très scientifique je constate qu'il s'agit du cinquième texte sur le désir en moins d'un mois.

Houston... I guess we have a problem!

dimanche 25 nov. 2007

Impressions de Québec - en vrac

Je réitère ce que j'avais affirmé en 2001: je ne comprends rien à leur système de feu de circulation et si on veut faire la révolution j'opterais pour une ville avec moins de côtes.

J'ai combattu mon trac en faisant tout à pieds, m'appropriant chaque centimètre de gadoue. Pas mal réussi.

Le Château Frontenac, c'est la classe, même si vraiment, les oreillers sont trop gros.

L'agent d'information touristique, lorsque je lui ai dis que je venais de Montréal, m'a répondu «Ahhh.... vous êtes venue visiter le gros village!»... Pfff... Come on. Faudrait au moins demander aux agents d'information touristique de lever le pied sur les blagues plates. J'ai les deux pieds dans la slush d'une des plus belles villes du monde, je suis pas là pour venir vous ridiculiser. Pas besoin de sombrer dans l'autoflagellation préventive... Anyway...

Les journalistes ont parfois un mal fou à prendre du recul par rapport à leur travail et leur média d'attache.

La neige sur Québec, la nuit, c'est beau.

La droite a pas le sens de l'humour. Je m'en étais rendue compte déjà dans les commentaires ici: http://www.blogue.canoe.com/2007/11/22/pour_l_instauration_de_la_droite#comments . Ça s'est confirmé ce week-end. La droite n'est pas non plus la plus portée à se remettre en question.

Joanne Marcotte, militante adéquiste et réalisatrice de L'illussion tranquille, a quand même dit q'un économiste de gauche n'est pas vraiment un économiste. Bon... j'en suis toujours pas tout à fait remise.

Partir quelques jours c'est comme prendre des grandes vacances. Comme un rêve un peu. J'en reviens courbaturée, chaude en dedans, heureuse. Je repense au concept 'amour de vacances' dont on abusait quand j'étais adolescente. Un amour de vacances c'est ça, c'est tout ce qui dans la vie semble un rêve à peine quelques heures après l'avoir vécu.

Tout d'ici semble un rêve déjà: le rythme du train, la neige, le fleuve, les lumières du château et les labyrinthes, mes réunions, ma question et le ton cavalier avec lequel j'ai osé couper Louise Cousineau, la neige encore, le calme de Québec la nuit, mon souper aux Frères de la Côte, les petits bars, les amis retrouvés au hasard des tournants de vie. Tout cela. Ça se perd déjà. Et le quotidien me rattrape au galop.

Partir c'est toujours un peu tomber en amour avec ce qui ne peut qu'être éphémère. Et ça fait du bien pour remettre en place ce dont on rêve pour tout ce qui l'est moins... éphémère.

jeudi 22 nov. 2007

Pour la route - Notes de lecture

[...]

dans la flambée des touffeurs
nue la mort a égaré
son collier de lunes noires

[...]

au bout de mes doigts
se noue l'énigme

je résous l'orage
des racines à ma chair

[...]

à l'heure où d'autres
chassent déjà leur ombre
tu me laisses ta voix dans l'herbe
cette voix   transparente dans la mienne

Extraits de frères d'encre et de sang de Jean-Philippe Gagnon