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Quelqu'un me manque tellement ces jours-ci. C'est comme le bout insupportable du sevrage. Et pourtant, il faut bien le traverser le désert... même si on est loin de pouvoir croire qu'il y aura quelque part un oasis. Assez loin pour bien expier, assez près pour ne pas mourir déshydrater.
Ça fera cinq ans début décembre. Depuis, régulièrement j'ai eu l'impression de le voir un peu partout. Au moins une fois par année je scrute un inconnu dans la foule en me disant que c'est lui, qu'il a changé, j'attends qu'il réagisse. Cette histoire a été si brève, on s'est vu si peu, on s'est quitté si mal, on était si différents de ce qu'on est maintenant. Depuis donc, je le vois partout sans le voir vraiment.
Et 22h15 ce soir, rue Beaubien, je rentrais chez moi. Un vélo. C'était lui. Je n'ai eu aucun espace d'hésitation même s'il est passé en trompe. Il avait changé, mais c'était 100% lui. Troublant de lui. Il m'a regardée. M'aura-t-il reconnue? Plus tard? Tout de suite? Moi aussi j'ai changé.
J'ai changé mais comme avant j'aurais souhaité qu'il s'arrête. Et il ne s'est pas arrêté.
L'ouragan.
Celui qui prend forme presque chaque jour en nous. Notre ouragan pour balayer les espaces en friche qu'on ne veut pas voir.
Celui dehors aussi qui caractérise les événements du monde qui bâtissent notre travail quotidien.
Nous sortions des toilettes, au milieu d'un corridor rempli, cinq minutes avant un discours.
Un moment comme une photo, elle et moi, face à face, calmes et tristes, campées dans le décor, fixes. Et autour des corps comme des fantômes, en mouvement. Un moment en beige et blanc.
Plus tard elle dira: On ne parle pas souvent, mais chaque fois c'est vrai. Avec toi chaque fois c'est vrai.
Je deviendrais donc un peu ce que j'avais rêvé...
J'y pense et j'ai envie de pleurer. De gratitude et d'une certaine liberté.
(Les Divas - You've Got a Friend)
J'ai gagné le Photo sur un thème de la semaine. Thème: Bicyclette!
Je ne crois pas en Dieu, mais je crois que les choses sont extrêmement compliquées, et qu'elle veille sur moi c'était peut-être ce qu'il y avait de plus compliqué. Mais c'était aussi incroyablement simple. Dans la seule vie que j'ai, c'était ma maman, et j'étais son fils.
Extrêmement fort et incroyablement près, Jonathan Safran Foer
Ce n'est pas parce qu'on est athée qu'on n'adorerait pas qu'il y ait des raisons pour que les choses existent, voilà tout.
[...]
J'ai passé toute ma vie à apprendre comment ressentir moins.
Chaque jour je ressentais moins.
Est-ce cela vieillir? Ou est-ce quelque chose de pire?
On ne peut se protéger de la tristesse sans se protéger du bonheur.Extrêment fort et incroyablement près, Jonathan Safran Foer
Je peux être d'une telle méchanceté.
Quand ça me saute au visage, ça fait un peu l'effet d'une bombe parce que j'entretiens un discours autoconvictionnel qui me présente comme quelqu'un de particulièrement ouvert d'esprit, posé et tourné vers les autres.
Mais je suis quelqu'un de tellement méchant par moment. Et d'aigrie. De plus en plus.
Évidemment c'est la méchanceté des gens blessés. Je suis méchante quand je me sens prise au piège, au piège de mes convictions, au piège de mes valeurs, au piège de mes pires névroses.
Le problème c'est justement que l'espace d'air se réduit ces derniers temps, alors je suis méchante de plus en plus souvent. Je suis prise au piège de plus en plus tout le temps.
L'autre jour en marchant sur Fairmount j'ai vu dans la vitrine d'un restaurant une jolie fille amoureuse qui tenait dans sa main celle de son homme. Je ne sais plus si elle frottait sa joue, ou son nez, ou ses lèvres contre cette main, mais c'était d'une telle douceur, d'une telle sensualité, ça m'a bluffée. Aujourd'hui chez Dairy Queen il y avait deux très beaux jeunes gens. Elle se pendait à son bras, et plongeait son nez dans son cou. C'était à la fois d'une élégance et d'une simplicité folle.
Je ne me rappelle pas comment on fait quelque chose comme ça. De follement doux et de follement beau. Peut-être en fait que je m'en rappelle pas parce que je n'ai jamais fait ça. Je me visualise très mal en train de faire quoi que ce soit de follement doux et de follement beau. Ça demande un abandon et une confiance en l'autre que je n'ai jamais eu. Que j'ai de moins en moins.
Parce que je suis parfois si méchante. Et aigrie. Je sais au fond de moi que je ne voulais pas devenir ce que je deviens, et pourtant je ne sais pas comment faire autrement. Reculer ce serait revenir à un ailleurs encore moins tolérable que celui-ci. Il ne faut pas reculer, il faudrait comme... s'élever. Mais je n'ai pas bien compris comment y arriver.
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