Il était presque 4 heures du matin et le froid martelait ma carcasse errante sur les trottoirs de la rue Mont-Royal. Un buzz dans mes oreilles faisait chier ma tranquillité. Je levai la tête. L'enseigne rouge au néon clignotait, bruyante, buzzante, irritante dans le silence de la nuit. On y lisait en gros caractères lumineux: RESTAURANT RENAISSANCE. Les bineries ont parfois des noms ridicules. Comme si une poutine et un verre d'eau était pour faire changement dans la vie de quiconque. Je décidai quand même d'y mettre un pied, puis deux. Le reste du corps suivit au grand complet. Je m'engouffrai de toute ma hauteur dans le restaurant et me dirigeai à la première table disponible. Un juke-box au son anémique crachait un slow ronflant des années 80. Vivre dans la nuit ou quelque autre idiotie. J'avais l'impression qu'on étranglait un chat dans le restaurant. Peut-être était-ce le cas. Après tout, je n'avais pas encore jeté un coup d'oeil au menu. Je m'affalai de tout mon long sur la table au dessus plastifié rouge. J'avais le sentiment que ma tête pesait des tonnes ou à tout le moins quelques bières, je ne sais plus trop. Je me sentais encore une fois moche et laid et con, comme ça m'arrivait souvent le samedi soir. J'avais encore cette foutue impression que je venais d'engouffrer inutilement mon salaire et ma fierté dans le bar miteux qui me tenait lieu de deuxième salon. J'entendis soudainement un raclement de gorge juste au-dessus de ma tête. Je levai la tête et par le fait même les yeux et l'aperçue. Fin cinquantaine, maigrichonne, cheveux blonds teints au jus de citron, elle était absolument affreuse. Bronzée à la vitamine D en canne, elle irradiait. Pas de bonheur mais de rayons ultraviolets, X ou Gamma.
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Tu m'fais chier. Je l'aime pas ta gueule. T'es laid, t'es con pis tu pues. J'suis tellement pas capable de t'sentir que j'te crisserais mon poing dans face drette là. J'ai juste une envie. T'amocher l'oeil, faire saigner ton nez, te péter toutes les dents que t'as dans la gueule. Voilà.
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