Renseignements



  • Top Blogues
  • Avertissement
    Veuillez noter que l'hôte du site et les administrateurs ne sont pas responsables des propos tenus par les auteurs, ni de la qualité de la langue
  • Pour participer
    Ce carnet est un site de création collective. Il regroupe les textes de plusieurs auteurs différents tous inspirés d'un thème commun. Le thème est mis en ligne dans la nuit de dimanche à lundi et la date de tombée est le dimanche suivant avant minuit (heure de Montréal). Pour tout renseignement, pour participer ou pour soumettre un thème pour les prochaines semaines:

    Écrivez-nous

Administrateurs

Blog powered by TypePad

Parasites (Marie-Chantal)

« Éloge de l’homme inutile ».  C’est ainsi que le curé avait qualifié Antoine, citant une oeuvre posthume du défunt lui-même, le jour de ses funérailles. Même le curé volait les paroles de celui qui n’était plus là pour défendre ses droits d’auteur, celui qui ne voyait pas de toute façon de son vivant l’utilité de les défendre, celui même que l’on pointait du doigt comme l’un des plus célèbres parasites qu’avait connus la communauté d’Outremont, au désespoir de sa mère devenue la risée du club de bridge du mercredi après-midi. Madame Artaud, pour sa part, se gardait de tenir des propos déplacés sur Antoine; elle puisait sa culture à même le puits inaltérable du jeune intellectuel, qu’elle invitait toujours à son cercle de philosophie, qui avait lieu le jeudi après-midi. Antoine acceptait de bon gré, étant donné la réputation de la tarte Tatin de la bonne dame issue d’Aix-en-Provence. Pendant près d’un an, les dames du cercle de philosophie n’avaient cessé d’utiliser le mot « chatoiement » à toutes les deux phrases parce qu’elles trouvaient « joli », à la suite d’une leçon qu’Antoine leur eut donné sur le Chatoiement de la lumière dans les peintures de Vermeer et la quête de l’Absolu, inspiré par La Recherche de Proust.

Antoine a fréquenté l’école Saint-Jean-de Brébeuf, bien évidemment, et se distinguait toujours en classe de littérature. Plus tard, il étudia la philosophie à l’U. de M., et comble de chance, il obtint une bourse qui le mena à la Sorbonne, où il étaya son post-doctorat intitulé : Remise en cause du postulat sartrien « L’existence  précède l’essence » à la lumière du conflit entre le Koweit et l’Irak. Ses travaux furent récupérés par la C.I.A. en poste en ce moment en Irak. Jamais on n’aura connu l’auteur des révélations saisissantes que comportait cet essai qui a bouleversé le monde diplomatique.

Plus tard, il parcourut le monde entier en donnant des conférences. L’une d’elle, « L’incidence de la danse des canards sur  les Indiens du Massawipi et ses conséquences sur l’environnement » le rendit célèbre quelque temps auprès des plus grands ethnosociologues du monde entier. On dédaigna toutefois de l’inviter au colloque le plus important tenu par Greenpeace.

Le jour vint où Antoine dédaigna l’enseignement; c’est à ce moment qu’on le classa parmi les parasites. Il lui fallut trouver un autre moyen de subsistance; il se mit à assister à tous les enterrements afin de profiter du buffet froid. Fasciné par la mort, il prenait plaisir à citer des passages de Cioran, particulièrement De l’inconvénient d’être né, pour divertir joyeusement les familles éprouvées. Et ce, afin d’échapper aux questionnements sur sa présence indue au salon funéraire.

Un jour qu’il se dirigeait au musée des Beaux-Arts, notre pique-assiette a trouvé la mort. Distrait comme peut l’être un philosophe, il mit le pied dans un nid-de-poule de la rue Sherbrooke, ce qui le fit tomber à la renverse au beau milieu de la rue, rouler jusqu’au puisard autour duquel trois ou quatre cols bleus fumaient une Export-A pendant la pause syndicale. Ces derniers n’ont rien vu. Le pauvre s’est noyé dans l’égout montréalais. 

Vive la mariée! (Marie-Chantal)

Les cloches de l’église, les confettis, le ruban blanc sur la voiture de location, les 15 000$ investis en meubles Brault et Martineau, les sourires devant le Kodak,  le regard du nouveau marié dans le décolleté de la cousine et celui du père se dirigeant à l’autel, mariée au bras, qui en dit long sur sa fille qui a assez putassé, le crayon tenu par une main tremblante s’engage par contrat,  une aventure, qui s’amorce devant la robe noire du curé, risque de se terminer devant la toge noire de l’avocat, un silence dans l’église, le même que celui de la solitude à deux, pour être la vedette d’un jour aurait-il été préférable qu’elle participe à Mademoiselle Swan, elle ne le sait plus, le mononcle renverse sa bière sur la robe Ogilvy de la belle-mère, un ouragan pendant le voyage de noces à Cancun, un mariage dont les paiements sont échelonnés sur 10 ans, le chevalier servant du Moyen-Âge ne sait même pas monter à cheval, ni elle d’ailleurs ne s’adonne plus à la peinture à l’aiguille depuis des millénaires, ils ne se sont pas dit « Je t’aime », trop occupés aux faire-parts, aux réservations, aux photos, aux bavardages de la famille et aux cadeaux.

Pendant ce temps, Jean et Paul tentent de déterminer lequel des deux portera la robe blanche de la virginité, le porte-jarretelle qui flyera sur le prochain couple vedette – Mario et Guy, pensent-ils – et entendent déjà leurs invités autour d’eux, s’écriant : « Vive la mariée », couverts des confettis, comme les paillettes couvrent les travestis, reflets intermittents sur la boule en miroir disco.

Le carnet de l'auteure

Le pantalon de Paul (Marie-Chantal)

Délire pour Normand L’Amour

Paul, enweille Paul, y ont-tu rétréci tes culottes?
Monte-les donc d’une shotte tes culottes
Monte-toi ça jusqu’aux pichnottes
Les pichnottes
Ayikeyikeyike, ayikeyikeyike, ayikeyikeyike
C’est dur sur les pichnottes
Quand tu montes ton pantalon
Qui a rétréci au lavage
Au lavage, au lavage
Qu’a fait ta femme de ménage

Paul
T’as de l’eau dans’cave,
De l’eau dans’cave 
La cave
C’est-tu la femme de ménage?

Ça déborde, la bédaine mon Paul
Au-dessus du pantalon, ça fait un gros bol
Comme un bol de gruau
Était chaude l’eau
Maudit lavage
Maudit lavage
Le pantalon, le pantalon
A ben du dommage

Lire la suite "Le pantalon de Paul (Marie-Chantal)" »

Regrets et remords (Marie-Chantal)

Je porte l’attente Pénélope du retour de l’explorateur, le désir de mes propres évasions retenu, la vertu pour tout sens, la pureté pour toute gloire. Cendrillon perd sa pantoufle de vair espérance, l’adolescente se farde pour « le bon », je porte l’attente d’un anneau d’or plus lourd que la chaîne de l’esclave, puis la nuit noire de la mère qui la passe blanche en attente du père à 3 heures du matin et sœur Anne qui ne voit rien venir, l’attente de la femme de l’adultère, le bâillon du silence noué par l’inhibition, pendant que Juliette-des-Esprits affabule ses idylles ou que Schéhérazade invente pour contrer la mort-séparation.  Je porte en moi l’attente du Paradis dans le silence de la moniale, en statue érigée en pureté – Sainte-Marie, priez pour nous, qui surveille passive la gloire de son fils – je consens au « Attache-moi » d’Almodovar, la liberté serait condamnation, peut-être moins supportable à la fin que la condamnation des regrets.

Tu déjettes tes remords dans le musée empoussiéré où je gis, statufiée, dans mes regrets pureté.

Le carnet de l'auteure

Armelle fixa le coin... (Marie-Chantal)

Armelle fixa le coin du drap et se cassa un ongle.

En furie, elle tira de sa coiffeuse une trousse à manucure, afin de tenter de réparer la catastrophe. « Une nouvelle couche de vernis est nécessaire », songea-t-elle. Elle pensait à sa sortie du vendredi soir, accompagnée de son amie Laura, qui porterait sa mini-jupe qu’elle a prise on ne sait où. Pour l’accompagner dans un bar, elle se devait d’être parfaite jusqu’au bout des ongles.

Pendant ce temps, le voisin d’en dessous a glissé dans un profond sommeil, ayant assumé la descente avec deux bouteilles de somnifères et une caisse de bière. Le coin du drap retroussé.

Le carnet de l'auteure

Trois dollars et quelques sous (Marie-Chantal)

Dimanche
Le ciel est au gris
L’église vidée
Le mal de l’âme prend le bord de l’enfer
Dracula a remis ses culottes à deux heures du matin
Avant la lumière de l’aube
Des sacs de chips à trois dollars et quelques sous
Efflanqués sur le tapis
Grugés jusqu’au fond

Le dimanche, le matin s’étire jusqu’à trois heures de l’après-midi
La crème en glace sur les babounes Place Jacques-Cartier
Plein la bouche pour trois dollars et quelques sous
Les chars du 450 en promenade sur Saint-Paul
Dans le parc safari urbain
Visite au zoo pour un rien d’essence
Les itinérants les mains ouvertes
Toi, le cœur fermé
Tu gardes tes trois dollars et quelques sous
En dimanche cheap pour passer le temps

Trois dollars et quelques sous
Aboutissent en lampion dans l’église profanée tourisme
Désespoir d’un dimanche après-midi
Un concert d’orgue
Des notes légères sur le parvis
Un Kyrie eleison
Quelques anges descendent place Champs-de-Mars
Un hymne à la pureté

Entre deux vampires
Entre deux jours de draps maculés de sang
Au coton cycle hot
Pour trois dollars et quelques sous
Au lavoir déchéance
À épurer

Le carnet de l'auteure

Histoire érotique sous réverbère (Marie-Chantal)

Samedi soir solitaire. Une fille sur un balcon fume sa clope. Une chaleur torride, soir de chair désirante.

La voisine passe. Elle est plus tôt que d’habitude. D’un signe de la main, elle la salue; ce soir encore, elle est habillée, comme à tous les samedis soirs, en victime consentante. Ses cheveux dévalent sur ses épaules, sa cuisse est exhibée dans une jupe trop serrée, ses talons aiguilles frappent le trottoir en musique rythmée.

Les vampires dorment encore à cette heure. Même qu’une morsure de vampire ferait l’affaire. Morsure au cou, sang coulant entre ses seins dont il achèverait de s’abreuver en gourmandise; possession par une créature diabolique. Les chauve-souris titubent devant les phares allumés des voitures.

Minuit. La musique des bars monte en écho dans les ruelles obscures. Ils en sont à leur premier verre. Il faudra attendre la fermeture du bistrot, à 3 heures.

Sous le réverbère, à cette heure, quelques chats errants cherchent la bataille pour définir le plus fort, sélection naturelle oblige.

Lire la suite "Histoire érotique sous réverbère (Marie-Chantal)" »

Un petit bout de papier... (Marie-Chantal)

Au lavoir public

Clic (eau chaude)
Clic (white & colors)
Clang clang (1,75 $)
Toupetouloupedoupe (chanson en faisant la lessive)
Tishhhhhhhhhhh
Spin-Spin-Spin-Spin-Spin-Spin-Spin
Retishhhhhhhhhh
Respin-Spin-Spin-Spin-Spin-Spin-Spin
(...)
Wank ? (couvercle de laveuse un peu rouillée)

« Ouache ! Yeurk ! »

Découragé, il examine un à un les vêtements puis aperçoit un petit bout de papier chiffonné dans la poche arrière de son jean. Oh non... il se souvient du message, à ce moment, qu’il avait ramassé avant de partir au lavoir. Il défroisse le papier rose et relit ce qui reste de l’encre à demi-effacée :

Cher Pa...

N’oubli... ... laver ... chem... rouge à part ... déteint

Al

Le carnet de l'auteure

Gate number J10 (Marie-Chantal)

Soleil au zénith peau brûlera
Et source d’eau bénite asséchée sera
Dans les champs son courroux criera
Bougres à genoux Dieu exigera

De mille sons au cieux résonneront
Sur monts, vaux et vallées-ées-ées (imaginez une voix en écho, s.v.p)
Et échangeur Turcot un bouchon (Référence aux Turcs ? Ce passage reste obscur)
Les forces du mal déployé seront

Bête à sept têtes surgira
Quand passera la comète – Quand passera la comète (c’est l’effet de l’écho, là)
Vaincue par force foi fidèle
Mort au fils du diable, sang répandu des rebelles

Feu, inondation, tremblements de terre subira
en grande trombe guette nomme berdji 10* grondera
Avant désordre, grand oiseau de feu en maison du ciel
Puis chute, mort, désolation dans Babel

* Les exégètes débattent encore le vers « guette nomme berdjie 10 », clé d’un important conflit qui aurait lieu, selon certains exégètes, vers 2010; pour d’autres exégètes, Nostradabush aurait eu l’intuition d’un attentat terroriste à l’aéroport JFK, en raison de la ressemblance entre « guette nomme berdji 10 » et « Gate number J10 ». Il s’agit d’une allusion à la porte numéro 10 de l’aéroport JFK, correspondant aux vols en départ pour l’Irak. Cette hypothèse est en outre appuyée par le fait que Nostradabush emprunte l’image de Babel pour symboliser la ville la plus cosmopolite au monde. D’ailleurs, « maison du ciel » appuie favorablement cette hypothèse, illustrant bien sûr, les gratte-ciel. Par ailleurs, le vers « grand oiseau de feu en maison... » fait référence, bien sûr, à l’attentat du 11-09-2001.

Le carnet de l'auteure

Roger au mois de mai (Marie-Chantal)

Roger a vu passer les outardes; il s’est mis à rêver à un parking plein de chars shinés, de berlines qui s’envolent comme les oies blanches, comme le chantait Steve Fiset, sur tous les chemins d’été, à l’époque de son premier baiser, échangé dans un Wolks qui était pas de l’année.

Il a sorti sa hose du garage, a sifflé la voisine d’en face, brassé le plastique de la piscine,

lavé son T-shirt Mickey, sorti son CD des Stones, ça sent l’été pour Roger.

Un tour chez Dumas Auto Body, chez Canadian Tire pour renouveler les caps de roue, un petit changement d’huile, une jardinière de fleurs pour son deck qu’il a vernis l’été dernier. Avec Nicole à ses côtés.

Lire la suite "Roger au mois de mai (Marie-Chantal)" »