Le pantalon de Paul en avait marre de se faire laver à tous les vendredis soirs. Il aurait voulu un congé de lavage car il était très usé et plissé. Il aurait voulu qu’on le laisse poireauter sur une chaise toute une semaine mais non, on le lavait et on le pressait à tous les vendredis. Ce qu’il ne savait pas c’est qu’il serait lavé cette fois ce jeudi, par la sœur de Paul, dans une laveuse très sophistiquée…
Le pantalon de Paul était intact sur la chaise à côté du lit refait pour la première fois un vendredi matin. Pas de faux plis, pas de taches, rien du tout, très propre. Il reposait en paix à côté de la chemise blanche et de la cravate. On allait le cacher mais il paraîtrait de ses plus beaux atours du haut au moins. On verrait les ganses immaculées avec une ceinture de cuir assez usée. On n’avait pas eu le temps de changer la ceinture car tout était arrivé si vite. On avait décidé à la dernière minute quel pantalon il allait porter, celui de la semaine car celui du dimanche était introuvable. La ceinture et bien il n’en avait qu’une alors on lui mettrait celle-là. On pouvait entendre un bourdonnement dans la pièce voisine mais on ne distinguait rien de précis. Tout à coup on entendit des pas furtifs et on vint chercher le pantalon de Paul pour que le corps soit plus présentable lors de l’exposition au salon.
Le carnet de l'auteure
Oyé Oyé, Ne la cherchez plus,
la Reine des remords et des regrets c’est elle,
je vous la présente : Madame j’aurais donc dû!!!!
Voici celle qui passe à côté des occasions géniales, celle qui refuse une belle soirée avec un homme plus vieux, celle qui refuse un beau voyage avec un ex qui défraie tout, celle qui oublie de rappeler un mégacanon parce qu’il est trop jeune, celle qui passe à côté d’une belle soirée entre amis parce qu’elle est fatiguée, celle qui ne sort plus à Montréal parce que c’est trop loin, celle qui refuse un rendez-vous galant avec un gars de 5 pieds 8 pouces car il est trop petit, voilà qui elle est,
C’est la célibataire remplie de remords et de regrets…
Armelle fixa le coin du drap en espérant avoir tué tous les acariens qui avaient pu s’y loger depuis sa rencontre avec Monsieur Patate. Elle ne voulait pas qu’il revienne faire ses insignifiances sur son corps expérimenté une nouvelle fois. Hier soir, elle avait regardé au plafond durant les 20 premières minutes d’une ascension qui n’allait jamais se produire... ( des préliminaires… disait-il). Elle attendait qu’il finisse ses enfantillages pour passer aux choses sérieuses mais son cellulaire a soudainement sonné. Arrêt des opérations pour 30 secondes…Bon, comment pouvait-elle accélérer les mécanismes pour sa montée en joie à son retour…Il est revenu avec le même enthousiasme qu’au départ. Et le frotti frotta inutile reprit son cours à son grand désespoir. Quand fut le temps de dégainer sa semence et bien le tout s’est ramolli et elle attend encore son petit bonheur en changeant ses draps et en se jurant que le prochain serait moins fringant mais plus productif…
Juin est le temps de sourire à tout ce qui nous arrive de bon. La fin des classes, le soleil sur nos têtes et les beaux messieurs qui nous flattent les cils par leur beauté. En région la mentalité est tout autre. Plus on est quétaine et peu habillée et plus les gens apprécient. On sacre, on parle fort, on ment, on boit, on fume, on baise tout ce qui bouge et la vie est belle. Quand je regarde ces comportements d’un air détaché, je me dis que cet exemple est délicat pour une bachelière et je me retrouve parmi les marginaux d’ici.
En voici un exemple : lorsque je sors dans un lieu de rencontres et que je reviens seule à la maison sans pétard à mèche trop diffusée, on me regarde et on juge. Je me dis que ramener des bestioles barriennes ne me comblerait pas plus et je souris. Je vais donc au bar et je regarde ces mines patibulaires observer des hanches qui se frottent sur d’autres hanches très invitantes en les enviant de façon claire, tout sourire. Le mouvement des jambes qui se replient en dit long ainsi que le taux de houblon ingurgité. Plus je regarde et plus je souris en fermant les paupières. La soirée avance et leur frottement est répétitif à droite ou à gauche peu importe mais il faut repartir avec la facilité absolument.
Mon regard circule autour de ce brouhaha et mes cils ne se font pas flatter trop longtemps sur ces nabots granbyens dotés d’une culture douteuse à la mienne. Je reviens donc à mon siège que je quitte rapidement en laissant les trois dollars et quelques sous afin de payer mon sobre jus d’orange.
Quand j’arrive un mercredi midi à la taverne de la rivière c’est parce que je suis en journée pédagogique. Je n’ai pas les soucis de savoir quelle matière je vais enseigner au cours de l’après-midi. Je suis entourée de collègues de l’école juxtaposée à la mienne car je ne fréquente pas mes collègues immédiats. On s’assoit toujours dans la section vitrée question de voir les prospects manufacturiers qui vont se pointer. J’enseigne dans un village où toutes les classes sont bien ordinaires.
On commande donc le spécial du midi et on mange tout en regardant les gens défiler devant nous. Tous mes prospects possibles sont trop ceci ou trop cela. La serveuse nous tutoie comme si nous étions ses camarades et ça m’énerve encore mais bon, je suis habituée. Je rigole et je m’amuse jusqu’à ce que le paiement de la facture et le retour en enfer scolaire arrivent en ce mercredi midi à la taverne de la rivière à Cowansville…
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