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    Ce carnet est un site de création collective. Il regroupe les textes de plusieurs auteurs différents tous inspirés d'un thème commun. Le thème est mis en ligne dans la nuit de dimanche à lundi et la date de tombée est le dimanche suivant avant minuit (heure de Montréal). Pour tout renseignement, pour participer ou pour soumettre un thème pour les prochaines semaines:

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Amour digital (K.H. )

J'aurais pu écrire une belle histoire sur fond de discrétion. J’ai préféré la réflexion, puisque le lieu s’y prête.

Aujourd’hui, à l’ère du numérique et du virtuel, les sentiments s’échangent via un écran. Quand certains tombent amoureux d’une icône, star pixelisée sur écran plasma, d’autres s’échangent leurs photos ou se regardent via la webcam.

Peut-on devenir amoureux ?

Et peut-on vraiment tomber en amour face à une image ?

Que reste-t-il des rencontres où les corps s’effleurent, se frôlent, se touchent, ou de deux regards qui se noient l’un dans l’autre, de deux mains qui s’accrochent…

On finira par se faire l’amour à distance, l’amour physique deviendra cérébral,

Platon était un précurseur, alors qu’à l’époque, pauvres détracteurs, il était très controversé.

Ou encore, dans notre évolution génétique, le neurone deviendra chromosome.

Allez, une boutade pour imager ma pensée… Certains hommes n’ont-ils pas déjà leur organe à la place de leur cerveau ?

Le carnet de l'auteure

La reine déchue (K.H.)

<p><p>La reine déchue</p></p>

Le Royaume est sens dessus-dessous.
Un valet n’y retrouverait pas un fou.
Même un fou ne reconnaîtrait pas son Roi.
D’ailleurs, le Roi, ce matin-là, en passant dans les galeries de son château, demanda :

- Que se passe-t-il donc ?
- C’est horrible Votre Altesse, le bruit court que la Reine est déchue !

- La Reine est déchue ? Mais quand cela serait-ce arrivé et par qui ?

- Heu… Ce bruit court depuis ce matin.

- N’en serais-je pas le premier informé, ne croyez-vous pas ?
- Heu… Bien sûr, Monseigneur.

- Qui le colporte ?

- C’est la soubrette de la reine qui en est l’origine, Monseigneur. Il faut dire que venant d’elle, elle qui est au plus près de la Reine… Je pensais.

- Tu pensais, hein ?


Le Roi éclata d’un rire tonitruant.

Le fou, circonspect et surpris, se demanda aussitôt qui était le plus fou des deux. Etait-ce lui ou le Roi ?

Devant le visage concentré et interrogateur son amuseur, le Roi lui demanda de s’approcher et quand l’autre lui tendit l’oreille avec méfiance, lui glissa :

- La servante de la Reine a un cheveu sur la langue.
- Un cheveu… Sur la langue… Ah…

Le carnet de l'auteure

<p><p>La reine déchue</p></p>

Compte à rebours (K.H.)

Compte à rebours

Tic… Tac…

C’est l’horloge.

Pas celle de Baudelaire.

Non, celle de Baudelaire avance.

Elle avance comme ta vie.

Non, celle-là… Cette horloge décompte les heures.

Elle te soustrait à chaque instant à ta vie.

Tic… Tac…

Le carnet de l'auteure

Tout nu sur la paille (K.H.)

Noël et sa Magie. Les enfants, les parents, les adultes, les vieux, tout le monde se presse sur les marchés de Noël. Echanges et chaleur éphémères. Naïveté aussi… Donc, profitons de ce doux moment pour sourire…

-          C’est qui ? demande le petit garçon en voyant Jésus tout nu sur la paille, dans la crèche.

-          C’est Jésus.

-          Jésus ? Celui qu’on prie ? Qui veille sur nous ?

-          Oui.

-          Mais c’est un bébé !

Le carnet de l'auteure

... en lettres majuscules (K.H.)

Il fait jour.

Elle a décidé aujourd’hui de s’occuper d’elle. De ne penser qu’à elle.
Elle se fait couler un bain.
Elle se plonge dans la mousse onctueuse.
Elle passe son gant sur sa peau.
Elle souffle sur la mousse qu’elle tient entre ses mains.
Elle se masturbe en fantasmant une dernière fois sur des scénarios improbables.
Elle saisit le rasoir.
Elle écrit sur les carreaux.
Elle se coule en arrière.

Elle regarde l’eau se colorer, rosir.

Puis elle ferme les yeux.

« Je ne souhaite pas être réanimée »

Les mots, sur le carrelage blanc, étaient écrits en lettres majuscules.

La lune dans le caniveau (K.H.)

La lune dans le caniveau [ou] point de vue

L’homme observe les gens passer. Il est assis sur le trottoir, le dos contre l’énorme bâtisse en pierres de taille. Il prend une feuille avec ses doigts gourds enfouis dans ses mitaines fatiguées. Il esquisse les traits sur le papier, ce qui lui fait esquisser ses traits à lui en une grimace qui se voudrait sourire. Mais le froid n’est pas son allié. Quand il observe le croquis, aux traits imprécis, qu’il a fait de la rue, sa grimace s’étire. Ses lèvres gercées lui font mal. Il éclate d’un rire cynique. Froisse le papier de sa main droite, qu’il jette au devant de lui, sur le pavé. Puis il remonte le col de sa veste, y niche sa tête. De sa main gauche tire sur la couverture qu’il a autour de sa taille et s’y engouffre en s’allongeant en chien de fusil.

Les gens passent à côté de lui, on ne voit que leurs chaussures. L’homme ne bouge pas. Les gens ne s’arrêtent, ni ne ralentissent.

Sur le dessin abandonné sur le sol, à la lueur de la lune dans le caniveau, on devine l’homme. Sa silhouette est aussi imprécise que les traits. Il ne dérange pas l’équilibre du dessin. Il est parfaitement bien intégré… à la rue.

Le carnet de l'auteure

Monstres (K.H.)

Avoir des démons intérieurs, qui hantent l’espace de votre esprit. D’abord, seulement la nuit, dans votre sommeil, quand la porte de votre âme s’entrouvre plus facilement, puisque vous êtes absent. Ensuite ils forcent le passage. En journée, vous réussissez encore à maintenir la porte fermée. Mais la fatigue aidant, la lassitude, vous finissez par céder un peu. Les gongs raillent. Et sans vous en rendre compte, ils finissent par ouvrir la porte en grand et à envahir tout l’espace. Tellement que vous finissez par vous demander qui habite vraiment ici, si ce n’est pas vous, qui hantez l’espace, leur espace. Jusqu’au jour, vous passez devant le miroir. Quand une vague de froid vous court l’échine. Vous êtes terrorisés par ce que vous voyez.

Le reflet vous renvoie l’image d’un monstre.

Le carnet de l'auteure