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    Ce carnet est un site de création collective. Il regroupe les textes de plusieurs auteurs différents tous inspirés d'un thème commun. Le thème est mis en ligne dans la nuit de dimanche à lundi et la date de tombée est le dimanche suivant avant minuit (heure de Montréal). Pour tout renseignement, pour participer ou pour soumettre un thème pour les prochaines semaines:

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Delete (Ian)

C’est le suivi des statistiques de consultation de mon blog qui m’a mis la puce à l’oreille. J’y ai vu une inflation de visiteurs en provenance de Google Images. Dans un premier temps, je n’y ai guère prêté attention, jusqu’à ce qu’une rubrique oubliée surgisse dans la liste des pages les plus visitées. Lorsque j’allai enfin voir la page en question, je redécouvris un album photo que je n’avais plus touché depuis des mois.

Je me souvins alors de sa genèse, un soir de juin où je m’apprêtais à aller courir. Il faisait bien chaud et, pour être honnête, mon esprit était déjà au retour, lorsque après la douche je pourrai rejoindre ma compagne une simple serviette autour de la taille…

Je croisai alors mon image dans le miroir de la chambre, pour voir qu’une belle érection déformait le cuissard. Cela me fit sourire, et je pris une photo que je publiai le lendemain, dans ce fameux album, avec une légende faisant référence à « Tom Of Finland », spécialiste des érections spectaculaires moulées par des vêtements ajustés – une évocation un peu fanfaronne car ma prestation, en l’espèce, n’avait rien d’exceptionnel.

Ainsi été né un album consacré explicitement à la mise en scène de mon narcissisme. Je me souvins alors l’avoir enrichi par la suite de quelques autres images : un mollet bien musculeux, un nu de dos flou…et un nu de face, net. Coupé aux épaules, certes, par un réflexe d’anonymat.

Je fus surpris. Je remontai à la requête et me rendis compte que, mon album était bien classé, entraînant chaque jour de nombreux fans du grand Tom sur mon album. Sur ce nu de face.

Le carnet de l'auteur

Trois dollars et quelques sous (Ian)

Trois dollars et quelques sous.
Trois sous.
Quelques dollars.
Trois scient sous pour quelques dollars.
Quelques trois dollars sous les draps au fonds d’une armoire.
Sous toi, l’angoisse de ces quelques dollars qui manquent, toujours.
Du lard sur le dos, et toi sous le coude.
Toi, dont l’art sous quelque apparence s’apparente à un cri.
Crime misère et désespoir.
Pour trois dollars et quelques sous.

Histoire érotique sous réverbère (Ian)

Tout a commencé avec des réverbères. L’hiver de mes quinze ans, lorsque je quittais le lycée et traversais Marseille pour rentrer chez moi. Nous passions devant ces créatures improbables à nos yeux qui déambulaient dans la lumière froide de l’éclairage urbain, et venaient nuitamment peupler nos rêves les plus fous des ces détails entrevus, attendus, malgré notre affectation de désintérêt.

Et puis il y eut cet autre, plus loin, à cause duquel – grâce auquel ? – l’été suivant fut si troublé. Au début, il y avait le rite vespéral imposé par un chien en pension. La nuit venue, je quittais la maison, l’animal en laisse, pour une errance sur les routes alentour. On ne chantera jamais assez les charmes de la nuit provençale, rendant l’été supportable, et je pris vite goût à cette liberté d’errer loin du village sans comptes à rendre. J’aimais surtout aller au-delà de l’alignement de réverbères de la plus sauvage des routes alentours. Je m’installais sur quelque dalle de calcaire encore chaude du soleil de la journée, et m’abandonnais à la contemplation des étoiles, lassant la lune au chien. Le rite s’installait à peine qu’il fut bouleversé par une bête ampoule grillée, qui me plongea dans l’obscurité cinquante mètres plus tôt. Une longue randonnée à vélo m’avait coupé les pattes et j’enjambai le parapet pour gagner un petit promontoire rocheux pour ma rêverie quotidienne. Mais une fois arrivée, j’eus la surprise d’y découvrir un point de vue insoupçonné sur le vieux moulin, et surtout...comment transcrire la fascination qu’exerça sur moi ce soir là la merveille qui sortait ruisselante de la petite piscine. Je battis promptement en retraite, incapable de supporter le trouble de cette vision. Pourtant le lendemain soir, je repris le chemin du vieux moulin. Quittant la route, m’aventurant sur le sentier qui suivait le cours d’eau, pour la simple idée de m’approcher d’elle quelques instants. Mais j’avais compté sans la pleine lune, ce réverbère géant qui trouait la nuit. Elle vit le chien, un splendide labrador, fort bien élevé, qui attira sa sympathie. Nous parlâmes canidés, enfin, surtout elle, car les transparences de son paréo ne me laissaient que des monosyllabes. Sans doute mon trouble l’amusa-t-elle, et de la nuit je n’ai qu’un souvenir confus, d’où il ressort qu’elle parvint à me convaincre de nager un peu en sa compagnie, de m’allonger sur les dalles chaudes à son côté. Si je ferme les yeux, je perçois d’autres détails, sa toison sous mes doigts, un sein sous mes lèvres et ses fesses dans le rayon de lune…

Tout cela est loin, maintenant, tant dans le temps que la distance, et pourtant !

L’un des rideaux de notre chambre n’est jamais complètement tiré, et les nuits d’été, quand la météorologie capricieuse de l’Île-de-France a la bonté de s’y prêter, je fais glisser doucement le drap qui recouvre ma compagne et, dans le rai de lumière du réverbère, je contemple les deux lunes rondes à souhait de son cul rebondi, et la vie redevient belle.

Un petit bout de papier... (Ian)

Il y avait le tonnerre, au loin. Le clavier de mon collègue de bureau, plus près. Et le vide. Il n’y avait pas le moindre embryon d’idée. La semaine entière s’était écoulée sans la moindre avancée significative du problème qui m’était soumis, et mon manque d’inspiration commençait à me peser.

Oh, certes, il me permettait de me poser en « créatif », et à pousser le Friday wear jusqu’au 501, là ou mes collègues n’osaient que le polo Lacoste. Mais je souffrais.

Je souffrais car c’était une situation d’échec supplémentaire, après des mois de dégradation de mon couple sous l’effet des déconvenues quotidiennes, de dégradation physique, psychologique. Je me sentais usé, fatigué. Vieilli.

Je poussai un long soupir et me levai, m’approcher de la fenêtre d’un bureau désert, sentir l’odeur de cet orage printanier. La brise fraîche qui se glissait par la fenêtre entrebâillée. L’esprit vide, je contemplai les reflets de la Seine à travers le rideau d’arbres.

Glissai les mains dans les poches arrières de mon jean pour me donner une contenance.

Dans l’une, une feuille de papier, pliée tant de fois que je pensai à un dessin de l’un de mes enfants.

L’œil paternel embrumé, je défis le fragile pliage en constatant que je n’avais pas dû porter ce pantalon depuis des mois à en explorer les poches comme une Cipango mythique.

Je parvins enfin à ouvrir la feuille. Vieille de quelques mois à en juger le tampon, c’était une prescription de fluoxétine.

Gate number J10 (Ian)

Peut-on me trouver ici ?
Non, je ne le crois pas.
D’ailleurs, pour me trouver, il faudrait que l’on me cherche. Que l’on se rende compte que je ne suis pas dans mon cube, que je n’y suis plus depuis si longtemps que mon ordinateur s’est éteint de lui-même. Il faudrait que quelqu’un se souvienne que j’existe. La semaine prochaine, peut-être, quand les indicateurs de productivité du plateau montreront une tendance inquiétante, qu’on se rendra compte que quelqu’un ne « reporte » plus aucune activité depuis des jours.
Et ensuite, il faudrait que quelqu’un s’intéresse aux rez-de-chaussée du bâtiment J, ce couloir sombre qui part derrière un écran de plantes vertes du « Lobby ». Passe les portes coupe-feu, toujours fermées, et découvre à la lumière de l’éclairage de sécurité les traces de mes pas dans la poussière. Là, il pourrait les suivre jusqu’à une rotonde, où il les verrait disparaître derrière la porte du local numéro 10. Peut-être se souviendrait-il alors de l’ambiance débridée qui régnait dans ce bâtiment  alors que la société mère du groupe n’était encore qu’une start-up, pas encore assujettie au moule anglo-saxon qui lui faisait apposer une pompeuse étiquette « Gate #J10 » sur les portes des toilettes hommes.
Mais ce n’est pas pour tout de suite. J’ai encore le temps de finir de mourir de tristesse contre ce mur de faïence blanche.

Lipogramme en A, I et L (Ian)

Presque dévêtu, je cours, bercé des sons de cette forêt déserte, déserte de promeneurs, de bûcherons, de fées et de tout mystère.
Je pense, je rêve, je cours, je rêve et erre sur ces sentes de terre et de mousse.
Je cours toujours, mes pensées vont encore vers cette personne.
Dextre et senestre me remémorent ses fesses fermes, que je goûte fort, et, submergé, tendu, je cède.
Mes efforts perdent toute tenue et contre cet Eros superbe, me font retourner prestement vers notre couche où, je suppute, ces rondeurs espèrent mon retour.

Le carnet de l'auteur