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    Ce carnet est un site de création collective. Il regroupe les textes de plusieurs auteurs différents tous inspirés d'un thème commun. Le thème est mis en ligne dans la nuit de dimanche à lundi et la date de tombée est le dimanche suivant avant minuit (heure de Montréal). Pour tout renseignement, pour participer ou pour soumettre un thème pour les prochaines semaines:

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La tour (Galad)

Il y a quatre ans aujourd’hui, vers les 9 heures, il était 16 heures là où j’habitais.  Je sortais de ma chambre afin de préparer l’ouverture du bar situé sur le toit du Gordon Hostel à Tel-Aviv quand, passant devant la télé de la réception, j’ai vu un immense édifice en flamme.  À peine ai-je eu le temps de me tailler une place sur le canapé, entre deux résidants abasourdis, que CNN nous montrait en direct les images d’un boeing fonçant dans un édifice identique au premier. 

Vers 16 heures, le 11 septembre 2001, une dizaine de paires d’yeux passaient en alternance du poste de télé à la porte-fenêtre de la réception.  Télé, fenêtre, télé, fenêtre, télé et encore fenêtre.  Silencieusement, nous redoutions tous la même chose : qu’Israël soit la cible suivante.  Voilà des mois que les bulletins de nouvelles nous présentaient des reportages sur l’ire de la population arabe face au soutien financier que les États-Unis offraient à Israël.  Si l’attaque visait à punir le gouvernement américain pour son aide à la population juive, il irait de soit que l’état juif serait le prochain visé. Ce serait la troisième guerre mondiale, le monde ne serait plus jamais comme avant.  La face du monde allait changer radicalement.

J’ai eu sacrément peur cette journée-là.  Pas peur pour moi ou pour les Israéliens en particulier, peur pour l’humanité.  À Tel-Aviv le 11 septembre 2001, j’ai eu peur pour les hommes, mais j’ai surtout eu peur d’eux. 

Sur la porte du bar j’ai écrit : fermé pour cause d’humanité en péril.

Le carnet de l'auteure

Gate number J10 (Galad)

Le prix de la paix… de conscience

Amnon avançait d’un pas régulier, escorté par deux militaires.  C’était le prix à payer, il en était conscient.  Ces dix dernières années, c’est-à-dire depuis la fin de son service militaire obligatoire, il avait – bien malgré lui – offert deux semaines par année à l’armée israélienne, c’était son devoir de citoyen.  Cette fois-ci, la situation politique était différente : voilà deux mois que la deuxième intifada avait été officiellement déclarée.  Amnon savait que cette année on l’aurait obligé à utiliser son arme.  Il avait été affecté à la gate J-10 à Hébron, en Cisjordanie, à une trentaine de kilomètres au sud de Jérusalem.  Il avait passé quatre jours et quatre nuits à lire et relire la convocation avant de téléphoner pour annoncer son refus de participer à la guerre.  Le capitaine lui avait alors rappelé l’extrême gravité de sa décision.  Il devrait purger une peine d’emprisonnement d’au moins dix jours.  Amnon aurait bien fait cent fois cette peine plutôt que d’avoir à pointer son arme sur un être humain, de quelque croyance religieuse fut-il.  Peu lui importait, au fond, d’être considéré comme un traître par ses pairs.

Les deux militaires firent entrer Amnon dans la cellule étroite.  Lorsque la grille se referma derrière lui, il versa une larme, conscient qu’avec ou sans lui, cette guerre aurait tout de même lieu.

Le carnet de l'auteure

Lipogramme en A, I et L (Galad)

Cesse donc, mon pote, juste un moment

Sors de ton monde où tout n’est qu’ombre

Nous sommes nombreux dehors

Peux-tu nous entendre ?

Ouvre-nous ton cœur

Ne fut-ce qu’un moment

Nous, tes frères, voyons que tu tombes

De brumes en ténèbres

Ton trou est profond

Remonte, mon pote

Ôte tes verres fumés

Ouvre tes yeux

Et observe un monde concret

Nous y sommes heureux

Tente donc d’y goûter un peu

Toujours et encore, nous sommes présents

Nous te tendons une perche

Pour que tu sortes de cette fosse que tu détestes

Nous sommes tout près, mon pote

Peux-tu nous entendre ?

Le carnet de l'auteure

Déjà un trou (Galad)

Déjà un trou, pourtant il était neuf. Il fallait que ça arrive ce matin.Au moment même où son regard avait plongé si profondément dans le mien que le temps aurait pu s’arrêter. À cette minute précise où l’émotion était si intense que plus rien n’existait. Rien d’autre que ces deux yeux verts qui me récitaient en silence les plus beaux poèmes du monde. Un trou, à la seconde exacte où je réalisais que le bonheur, aussi grand soit-il, pouvait tenir dans un regard.

Un trou.Pourtant lui est toujours là, entier. Il passe sa main dans mes cheveux en souriant tendrement : « On s’en grille une et on remet ça? »

Je n’ai pas le temps de répondre, sa bouche est déjà plaquée contre la mienne.

Le carnet de l'auteure

La fascination du pire (Galad)

Dolphinarium

Il faisait particulièrement chaud ce soir là dans le petit bar qui était pourtant presque vide, comme à l’habitude.  Cinq ou six verres d’alcool, autant de parties de billard sur une table qui semblait avoir fait la deuxième guerre mondiale. Je détestais profondément devoir me rendre à cet endroit pour avoir la chance de jouer quelques boules, mais comme c’était un des seuls bars du quartier équipés du précieux tapis vert, j’y allais presque chaque semaine.  Et puis c’est sûrement là qu’on pouvait boire le nectar le moins cher en ville, détail non négligeable quand on bosse pour l’équivalent de quatre dollars l’heure.  Étouffée par la chaleur écrasante, je cédai mon tour à un autre joueur et sortis prendre l’air.  J’allai m’asseoir sur le trottoir au coin de la rue Allenby et m’allumai une cigarette.  Le carrefour était assez achalandé mais pas autant qu’il ne l’était l’été précédent, avant le début la guerre.  Les jeunes à la mode défilaient en groupes en riant, en se jetant des regards aguicheurs.  Ça sentait la drague de fin de semaine.

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