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    Ce carnet est un site de création collective. Il regroupe les textes de plusieurs auteurs différents tous inspirés d'un thème commun. Le thème est mis en ligne dans la nuit de dimanche à lundi et la date de tombée est le dimanche suivant avant minuit (heure de Montréal). Pour tout renseignement, pour participer ou pour soumettre un thème pour les prochaines semaines:

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Amour digital (Fazou)

Dernières mutations
À l’ère préhistorique de notre amour, l’évolution
Du Metacarpe Diem digital sauvage,
Descendant direct
Du jeu de la paume divine.

Le métacarpe glisse sur la vague souple de tes reins,
Lui et tout son banc serré des dix doigts de la main.
Les doigts s’échappent, poissons dans le sillon mouvant
De ton dos musculeux, frayant sur la chair douce de tes flancs

Ils croisent au bout de tes jambes, fascinés,
Les dix bébés roses qui tètent tes pieds

Les mains s’enroulent autour des cuisses immenses
Et remontent à la source de ton ventre chaud
Sur le socle duquel ils s’échouent,
Devenant reptiliens.
Sur cette plage échauffent la langueur des sangs
Réveillent le premier arrivant
Qui défend hardiment sa place
En dressant des menaces

Mais les mains reptiles ne craignent rien,
Aveugles rampantes dont les antennes
Viennent se désaltérer sans bruit…

Maintenant que tu es loin
Les mains s’agacent, anxieuses
Elles essaient de rassembler en mots
Les lettres délitées sur un clavier
Chaque touche est une écaille

De cet amour ancien
Les doigts pianotent
Sur la peau dure de plastique
Pour essayer de fixer l’empreinte
Du souvenir de ta peau

La lune dans le caniveau (Catz)

L’homme au visage étonné pique un doigt rebondi dans le ciel nocturne, un ciel d’ombre qui happe le croissant sale sous son ongle.

L’homme est un simple, un simple épris, épris de Mafalda.

Et les simples dépriment.

Car Mafalda a un peu peur de lui, de son visage plat et rond comme une lune posée sur la nuit, au bout de son cou large en rampe de fusée.

« C’est beau !», dit-il pour tout discours amoureux, en montrant l’obscurité comme on pointe son cœur.

Quand il penche ses lèvres moelleuses vers Mafalda, elle prend si peur qu’elle recule du trottoir et tombe dans le caniveau, sur les fruits mûrs de ses fesses rebondies.

L’homme ouvre la bouche en un «O» étonné, sans rien dire ; il la regarde, l’index dressé, et ne se penche pas pour l’aider…

Le carnet de l'auteure

Monstres (Catz)

La chaleur est accablante aujourd’hui.

Le vent brûlant prend les dunes comme repaire, et en maître des lieux il joue à dresser des embuscades cruelles, soulevant le sable en gifles piquantes.

Mes pieds nus s’enfoncent lourdement dans la masse fuyante de la plage. L’humidité n’est pas loin en dessous, comme un derme compact sous une friable pellicule.

Parvenue au faîte de ce mamelon instable pulvérisé de soleil, je regarde un instant l’étendue sablonneuse, barrée par une mer aux brillances de métal. Le souffle maritime secoue les mèches de mes cheveux, en caresses sèches qui cinglent mon visage. Les vagues ressassent une rancune antique dans un langage devenu incompréhensible.

Eblouie, je détourne les yeux de l’éclat miroitant des flots où des baigneurs rient et gesticulent, leur voix émergeant à peine du fracas marin.

Des enfants courent en tous sens, s’agenouillent et tamisent le sol blond en rituels précis.

Ils modèlent des tertres, malaxent le sable dense et mouillé, jettent la poudre de la surface et sacrifient les dieux qu’ils viennent d’ériger.

Ils tombent en boule sur le sol caoutchouteux et se relèvent  avec la maladresse souple des jeunes félins étonnés. Le hâle satiné de leur peau a la perfection des luxueux velours. La beauté et la structure de leurs silhouettes enfantines suspendent ma respiration au creux de ma gorge. Je devrais les dessiner.

Je ne descends pas le long de la dune, je glisse plutôt jusqu’en bas par avancées  discontinues et profondes. Je m’enfonce jusqu’à mi-jambe dans cette bouillie de sel, de calcaire et de coquillages finement brisés. Courant presque, j’échappe de justesse à la butte dévorante.

En bas, le vent s’est calmé. Mais une curieuse impression m’envahit.

Qui ressemble au malaise. Quelque chose cloche.

L’impression qu’un jeu très sérieux a commencé et dont j’ignore les règles.

Je cherche. A priori il n’y a aucun danger alentour.

De nombreuses personnes paressent au soleil. Ce sont les vacances, quoi.

Pourtant c’est comme si justement cette détente était un masque, une fausse apparence, un leurre de farniente. «Une sieste de prédateur», me dis-je ironiquement.

Il y a un je-ne-sais-quoi de tension palpable, de regards aux aguets.

Comme si j’étais dans une arène, voilà. C’est çà.

Ou sur une scène?

Je commence à examiner la plage avec la retenue de ceux qui ont peur de savoir.

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Lipogramme en TAS (Catz)

Mire le mec : le phénix imprévu de ce lieu!!

Ô Bijou mirifique, exhibé comme une perle énorme chez le mignon d’un roi bougre, hi hi…!

Quelle mine, quelle moue, quel nez, quelle bouche déprimée en une morgue olympique!

Le Prodige viril de premier choix : … Le voici ! Fixe donc, éblouie, le divin rêvé homme…!

Bergère, remercie le ciel de voir mourir d’envie ce Roi plein de gloriole!

Ô oui, jeune pimbêche, ce chef-d’œuvre (en péril) écume d’une ire bien fondée!

Donne donc le denier, celui du « vœu de pucelle », pour lui le dieu lubrique qui lorgne ce giron de jouvencelle, qui grille de courroux, vexé de l’impudence d’une nymphe en guenille.

Il fond d’envie de fouiller… pire : curer comme le groin d’un cochon? une belle fleur féminine rebelle, d’un chibre fécond comme une ruine, ou généreux… comme un couvre-feu.

Quoi, nulle envie d’un lever de lune vierge pour un incube difforme, pour un Polyphème cupide qui refoule l’oignon?

Il vocifère, boudiné d’orgueil, couché en un voile de lin, rebondi comme un foie d’oie comprimé en bloc… doré pour l’écrin du Réveillon de Noël.

Quel chérubin bouffi, dieu dodu, Cupidon gredin!

« Hippo-boudin colérique!

Lipo-moche infirme du cœur!

Tas de lipogramme! »

Le carnet de l'auteure

Le goût du métal (Catz)

26 javir 2097.

Cette nuit, il y a eu un nouvel arrivage de clones, secteur d’accueil A.

Cela signifie que nous allons bientôt être transférés nous-mêmes, suivant le PSC (Protocole de Service Clones).

Chacun de nous connaîtra ses spécificités et son futur emploi à l’usage de la société tripartite. Je vous explique rapidement, ça se voit vraiment que vous venez de débarquer!

Toute société tripartite est bien sûr composée des Modèles –l’élite des humains, les modèles génétiques, vous n’ignorez pas çà, tout de même-, secondement de nous, les Clones –ou « assistants 2ème génération »- et enfin, de vous, les Robotecs –ou assistants électromécaniques entièrement artificiels-.

C’est assez simple et bien organisé :

Dès que l’équipe d’arrivage aura intégré les locaux d’accueil, de notre côté, nous allons prendre en charge nos nouvelles fonctions. Pour ce faire, nous passerons alors dans la Zone de Révision de Fonctions (ZRF).

Ce qui est pratique, c’est que nous avons jamais eu de tests à passer pour départager nos capacités : Evidemment, puisque nous sommes planifiés dès la première division de nos cellules moléculaires, c’est bien pensé, n’est-ce pas? (Et sinon, de quelle utilité aussi serions-nous pour les Modèles, je vous le demande, si nous n’avions pas de rôle social bien défini?!).

Les programmes intégrés génétiquement nous optimisent pour exercer les métiers aussi diversifiés que la diététique culinaire, ou le bricolage, ou la maintenance électronique –la maintenance électronique, ça vous concerne, puisque c’est aussi la gestion des Robotecs à l’usage des particuliers ou des collectivités-, il y a aussi le gardiennage des Enfants, l’assistance médicale, l’esclavage sexuel et psychologique, la maintenance ménagère et l’économat, le training sportif, etc. Nous sommes des Spécialistes aux services des Modèles!

Il paraît que les Modèles génétiques sont arrivés à la conclusion qu’une période transitoire de repos était un élément stabilisateur pour les clones nouveaux venus, et ils ont ainsi établi cette ère d’accueil qui existe entre notre conception et notre « mise au service » effective.

Les métiers domestiques de l’esclavage recrutent le plus et demandent un renouvellement rapide des stocks, suite aux dommages subis corporellement, sado-masochisme en premier lieu, destruction lors des jeux de chasse et de guerre, secondement.

Bon, il faut que je vous laisse, c’est à mon tour. Bonne orientation et bon parcours à vous!

J’entre dans le sas de départage, Zone Révision de Fonctions (ZRF).

Il fait assez sombre. Ça sent un peu la sueur des clones précédents.

Une borne me délivre ma carte d’orientation professionnelle : E.S. niveau 3.

Mince ! Je vais avoir une carrière intense et fulgurante.

Je me dirige vers la salle vidéo indiquée par le spot bleu et je prends au passage le casque de révision. Je sais que lorsque j’aurais fini et serai sorti de la salle de cours, je devrais mettre l’appareillage de chaînes et de latex. C’est normal, c’est l’attirail de travail des Esclaves Sexuels de niveau 3. Ce qui me surprend lorsque j’essaye la cagoule, ce n’est pas tant le goût de la boule de métal intégrée à l’ouverture buccale du masque zippé, mais plutôt sa froideur et l’odeur puissante du latex neuf contre ma peau.

Allez, en avant! « Code 1 : Qui se rouille, dérouille! », comme dit le proverbe.

Le carnet de l'auteure

Delete (Catz)

(Les fautes de frappe et de tournure sont pour une fois ni un hasard, ni une coïncidence!)

My chérie, elle a escape, échappée comme vous dites in french.

Alors je l’attends depuis son return, sans recherche, just «wait and stay» : si vous la voyiez! Dès son entrée tout le monde est émeurveillé de sa beauty.

Mais il y a des choses qu’on ne peut control, ni command, même avec des petites pause.

On ne peut arrêt le défilement.

Depuis le début j’écris son nom en majuscules, tandis que je n’aurais été important dans son cœur que temporaire, à l’origin peut-être? Mais on dirait en fait que rien de ce que je fais ne l’imprim vraiment dans ses sentiments. Tout lui semble égal. Sans préférence.

Maintenant, c’est la fin, je ne suis que minuscule in her eyes. Elle est toute verrouillée.

Et je n’ai plus aucune option. J’aimerais tant pouvoir faire un control Z, un annuler, toucher la pomme magique de la dernière lettre de l’alphabête. Réécrire notre histoire.

Mais de notre romance elle ne veut rien enregistrer de plus.

Elle veut tout effacer. Ne plus s’afficher seulement avec moi. Me quitter, that’s all.

Je crois qu’en fait elle n’a rien de serious à me reprocher. May be je ne suis pas assez un top model, that’s all.

Et comme dans un mauvais dream, il y a un chanson de Gainsbourg qui sonne à mon zoreille:

Comme une preumonition, vous dîtes.

«La beauty cachée, delete, delete, se voit sans, delete, delete…»

Delete

Delete

Delete

Delete

Delete

Delete

Delete

Delete

Delete

Delete

Le carnet de l'auteure

Une nuit chaude à Tombouctou (Catz)

La nuit tombe à Tombouctou

Manyabé Dou, l’amante en boubou

frappe à ma porte :

« C’est l’amour qui frappe à la porte

   C’est l’amour qui délasse,

   Tu veux l’amour qui passe ? »

Manyabé Dou l’amante en boubou

A posé sa peau parfumée carripoulé et cardamome

sur la fièvre luisante de mes muscles endoloris

par la terre ocre du Mali.

La datte sucrée de ses prunelles

a coulé son baume sur mon cœur ulcéré de poivre vert.

Tombouctou, tu existes vraiment au rythme

du boubou qui danse le soir sur les hanches

de Manyabé Dou ma doudou Tombouctou.

Tombouctou signifie « creux »,

refuge marabout des amours baobab saintes et interdites.

Le carnet de l'auteure

La tour (Catz)

«Quelle tour !», murmura t’elle, émue, en s’éloignant un peu, afin de mieux contempler la colonne dressée dans son étrangeté:

On aurait dit plutôt un menhir légèrement bosselé, satiné, couleur de terre brune, érigé dans sa fierté solitaire au milieu d’étendues plus claires, montagnes duveteuses et vallons de dunes presque lisses. Tout en bas du monolithe artisanal, des buissons noirs se serraient comme les douves entourent un château. Un fumet d’herbes et de musc montait à ses narines.

Les papillons roses se mirent à voleter doucement sur la colonne et s’y collèrent, s’y engluèrent, visqueux, ne sachant pas mourir.

Elle ouvrit sa bouche, étonnée et ensorcelée, et la nuit sembla se poser sur la coupole un peu rosée. Obscurité sans étoiles, un espoir de fin du monde. Au creux de la nuit repliée, la fumée liquide épancha sa blancheur.

Il cessa un instant de caresser ses cheveux et poussa un soupir.

Le carnet de l'auteure

Le lit japonais (Catz)

(… Ou, quand l’amour est un peu sourd)

A l’amie de toujours, Zérane se confie,
du manque d’amour s’aigrit ; elle fuit dans le courroux:

Je ne connaissais d’homme plus doux,
gentilhomme cultivé, serviteur plus galant,
ou seigneur plus zélé à l’autel de la femme.
Et voilà que le… Soupirant, le «Poète né» rêvé, déclare enfin sa flamme,
juste dans le verger, (les fruits en mûriraient, moi je suis rouge de honte!
Comment m’a t’il flattée? Comme une dépravée?!).
Au milieu des fleurs blanches, sa main, vers mon visage monte,
et l’écoutant je flanche. Sans sourciller me dit: « Belle Dame »,
ou « Belle femme? je crois que tu te pâmes, et p…..,
il est temps d’un lit japonais!»
Ô, serions-nous des bêtes?! Je l’ai giflé et congédié!
Banni à tout jamais, le fat dégénéré…
Qu’est-ce qu’un «lit japonais»? Est-ce que toi tu le sais?
Il faisait une tête! Un œil tout vide et niais!
Qu’il aille au diable vert!»

Econduit, solitaire, l’amoureux tourmenté,
Immole son cœur dans l’âtre, cherche fruit dans le vers,
coupe le cheveu en quatre : «Comment l’ai-je offensée,
ma farouche dulcinée, celle pour qui je me damne ?
Son esprit et sa chair ont la pâleur, l’éclair,
des grandes virginités. Mais le compliment blesse
là où l’amour ne cesse!? Mais où est donc le blâme
quand fût la pureté?! Et quand je l’ai louée:
«Je crois que vous avez l’âme -et le teint- d’un lys japonais»
Je n’comprendrai jamais!»

Le carnet de l'auteure

Plaisirs surpris (Catz)

A la maternité, Tiphaine était en salle de travail: Son bébé devait naître en siège, tête en haut, en une inévitable majesté.

Et l’anesthésiste qui n’arrivait pas!

Les contractions étaient rapprochées, puissantes: une force incontrôlable et pourtant surgissant des entrailles.

Sylvain posa ses mains sur le ventre durci, tentant de ne pas laisser cette force emprisonner sa femme et son enfant en une boule de crampe qui les éloignerait de lui.

Par leurs caresses, ses mains créaient la seule échappée possible à cet enfermement douloureux: comme si elles brisaient la surface d’une eau en train de se durcir sous le gel.

L’anesthésiste ne venait pas et l’enfant était impatient de naître.

Tiphaine cherchait à garder le dernier lien avec le monde précédant son chaos intérieur, elle essayait de ralentir cette condensation de l’espace du corps. Le monde «d’avant» savait apprivoiser le souffle et les phrases, et à présent il palpitait seulement là, réduits en mots brefs –mais en mots tout de même- il survivait juste sous les paumes larges et lisses de son bien-aimé. Ailleurs, hors de ce monde connu, montait le grondement et les gémissements sans langage d’une préhistoire étrangère et vertigineuse. Elle avait peur de ne plus maîtriser le rythme de plus en plus rapide qui s’emparait de son corps, qui l’habitait et qui lui volerait peut-être son identité dans la sauvagerie de la douleur.

Quand Sylvain se pencha vers elle pour l’embrasser, Tiphaine fut brusquement submergée par son parfum masculin et se sentit immédiatement envahie par une émotion  intense et sensuelle. En riant malaisément, le souffle oppressé, elle lui demanda de se rapprocher encore, saisit le torse viril avec passion, et respira goulûment la senteur poivrée de ses aisselles. Cette ivresse animale la détendait et dirigeait son attention au-delà d’elle-même et des contractions impérieuses.

L’anesthésiste arriverait trop tard, signala la sage-femme en entrant à nouveau dans la pièce, le processus était déjà trop largement entamé.

Tiphaine demanda alors à Sylvain si elle pouvait l’embrasser dans le cou; elle pourrait s’étourdir encore des senteurs de sa chair, velouté délicat où flottait encore les marques d’un parfum.

Il s’inclina vers elle comme un lion offrirait sa nuque aux reflets d’une eau frissonnante.

Et l’eau s’abreuva du musc de sa peau.

Le carnet de l'auteure