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    Ce carnet est un site de création collective. Il regroupe les textes de plusieurs auteurs différents tous inspirés d'un thème commun. Le thème est mis en ligne dans la nuit de dimanche à lundi et la date de tombée est le dimanche suivant avant minuit (heure de Montréal). Pour tout renseignement, pour participer ou pour soumettre un thème pour les prochaines semaines:

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... en lettres majuscules (Dingue Marmotte)

Il était dans la boîte, la boîte dans le trou, et moi tout au bord, qui regardais bêtement. Je pensais au bruit de voilier des cordes sur le bois quand ils l'ont descendu, je pensais que le froid n'allait pas arranger mes lèvres gercées, je pensais que la petite Jeanne avait bien grandi, je pensais le plus possible pour ne pas penser à pourquoi je ne l'avais pas revu depuis tout ce temps.

Faut dire qu'il était si spécial. Pas un mot, pas un coup de fil depuis des années, après avoir été proches comme les deux doigts de la main. Bien sûr, j'ai beaucoup d'occupations à droite et à gauche, j'ai un amoureux et des livres à écrire, mais rien qui ne justifiait son absence à lui en plein milieu de tout ça, comme une tache sur l’œil qui a trop regardé le soleil en face.

Spécial, parce qu'il pouvait tout aussi bien être charmant, attendrissant même, attentionné, subitement ému par quelque chose ou quelqu'un, que méchant, amer, et même pervers, envers n'importe qui, n'importe quand; il passait de l'ange au démon en un battement de cils, sans savoir lui-même ni pourquoi ni comment. Il avait un don particulier pour l'autodestruction, sabotant méticuleusement son intelligence au profit d'une paresse provocante, suicidant ses histoires d'amour dans des infidélités absurdes dont il n'avait pas envie, gâchant enfin le peu d'amitiés qu'il avait, entre autres la mienne, en ne donnant plus de nouvelles, en ayant l'air de s'en moquer, jusqu'à ce que l'ami lassé jette l'éponge. Si je n'avais pas été assez têtue pour prendre l'initiative de nos quatre ou cinq dernières rencontres, qui remontaient à bien loin, je ne l'aurais pas revu depuis l'été de mon entrée en fac. Et déjà, il était plus distant, moins patient, moins animé: en partance..

Je regardais Jeanne. Elle ne pleurait pas. Je n'étais pas étonnée. Jeanne a toujours été très fière, très dure. Elle a du pleurer jusqu'à l'épuisement, bien avant cette heure, en cachette, mais devant toute la famille, tous les amis, ça non, elle aura gardé les yeux secs du début à la fin. J'ai croisé son regard. Il ne vacillait pas. Elle n'avait pas douze ans quand je traînais nuit et jour avec son frère; nous nous aimions bien, toutes les deux. Contrairement à lui, elle était d'un caractère constant, et j'ai vu qu'elle appréciait ma présence, pour lui comme pour elle-même. Elle se tenait là comme un vaillant petit soldat, mais elle avait hâte que ça soit fini, la boîte, les fleurs et les oraisons; je savais qu'elle avait d'autres moyens de le sentir près d'elle. Elle a toujours aimé porter ses chemises, même bien trop grandes, et lui voler de sa détestable eau de toilette, et à l'avenir il ne pourrait plus les lui disputer.

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La lune dans le caniveau (Dingue Marmotte)

Quand mon coeur est dans la lune

La lune dans le caniveau

Le mauvais sort à la une

Et l'espoir à Ground Zero

Quand la tristesse importune

S'invite autour des berceaux

Quand le fil de la rancune

Tricote son écheveau

Quand on fait pleurer la brune

Pour la blonde au bel appeau

Et quand du haut des hunes

Certains font le grand saut

Tu es mon phare ma dune

Mon port ma joie mon brasero

Mon été mon chant ma prune

Je t'aime in extenso

Le carnet de l'auteure

Monstres (Dingue Marmotte)

Nuit. Ma mère s’est retirée dans une pièce fermée à clef, et je suis restée derrière la porte, reniée. Elle s’est enfermée, et la décision qu’elle a prise s’appliquera loin de mes yeux, loin de mes pleurs. Ma mère va immoler la petite sœur qu’elle me tricotait dans son ventre maudit, qui n’engendre que des petites filles imparfaites, détraquées, des poupées cassées.

Je ne sais pourquoi j’ai vécu puisque j’ai été ratée, mais ma sœur, espoir de n’être plus seule, promesse aujourd’hui refusée, subira le monstrueux verdict avant même que son visage ne soit dessiné : tuée dans l’œuf, dissoute dans l'amnios, elle ne sera pas une enfant malade ; elle ne sera jamais une enfant.

La porte est lisse et froide sous ma joue ; le plancher est dur à mes genoux ; mes cris sont des poignards à mes propres oreilles. J’implore la grâce pour ma sœur, mes ongles gravent mon horreur dans ma peau, mon front le martèle dans le mur. Plus tard je pourrai relire l’abominable sur mon propre corps. Ma mère reste muette, tandis qu’elle avale, mon cœur le sait, le venin malfaisant qui fait déjà son œuvre sur mon indésirable alter ego, et sur ce qui était beau et bon en moi.

Je hurle à m’égorger j’ai perdu tout mon sens j’ai perdu ma flamme j’ai perdu ma sœur j’ai perdu ma mère j’ai perdu la foi je n’ai que le désespoir la mort et l’enfer tout entier.

C’est moi qu’on tue. C’est moi qu’on tue.

Le carnet de l'auteure

Il posa son doigt sur l'interrupteur (Dingue Marmotte)

Il posa son doigt sur l’interrupteur. Mais n’appuya pas. Avança vers le lit. Mais s’arrêta. Hésita. Se retourna. Se ravisa. Revint vers moi. S’assit. Me regarda. Tendit la main, mais ne me toucha pas. Ouvrit la bouche, mais ne parla pas. Pencha la tête, mais ne sourit pas. Baissa les yeux, mais ne pleura pas. Se releva. Se dandina. Puis s’en alla, et ne revint pas.

Le carnet de l'auteure