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    Ce carnet est un site de création collective. Il regroupe les textes de plusieurs auteurs différents tous inspirés d'un thème commun. Le thème est mis en ligne dans la nuit de dimanche à lundi et la date de tombée est le dimanche suivant avant minuit (heure de Montréal). Pour tout renseignement, pour participer ou pour soumettre un thème pour les prochaines semaines:

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Amour digital (Claire)

Sacré nom de Dieu, de saloperie, de bordel de merde ! (Pour les oreilles chastes, lire : S… nom de D…, de s…, de b… de m… mais je préfère la version avec décodeur).

Cette éructation sortie, je me sens soulagée.

Mais qu’est-ce qu’il a cet engin de malheur à ne pas tourner comme je veux ? Je désinstalle, je réinstalle, il se plante dès que je lance le programme, il mouline alors que j’attends que « Môssieur » veuille bien se bouger le popotin et me sorte ce que je suis en droit d’attendre de lui.

Exaspérée, je pars faire une tâche ménagère qui aurait dû être faite depuis longtemps si…

…et j’y reviens. L’ordi est là qui me nargue. Encore planté ! J’éteins tout. Je rallume. Je regarde tous les fichiers temporaires que tous ces plantages ont générés, je vide, je fais un défrag’ à tout hasard et je relance…

Je le traite de tous les noms mais il est sourd mais pas muet vu tous les bips et autres cliquetis qu’il émet. J’imagine qu’il m’insulte aussi copieusement que moi…

Soudain…

Miracle …

Cet amour d’ordi s’est remis en marche. Il fonctionne, enfin ! Je retourne vers lui mes mains enfiévrées, prêtes à caresser les touches du clavier avec une passion retenue.

La reine déchue (Claire)

<p>La reine déchue</p>

Elle était belle, belle à couper le souffle. Elle avait, comme çà, comme un pari, fait le concours de beauté de sa région, de son pays, du monde. Et partout, on avait encensé sa beauté.

Elle savait ce qu’il fallait répondre lorsqu’on l’interrogeait et savoir rire fort à propos.

Bel animal dressé.

Elle avait fait son temps puis avait disparu, éphémère, oubliée des hommes.

A partir de ce moment, sa vie commença.

Tout nu sur la paille (Claire)

            Pensée n° 1 :

Au fond, nous naissons tous nus, riches ou pauvres et nous retournons tous nus,  spirituellement parlant que ce soit sur un lit richement orné ou sur la paille.

Pensée n° 2 :

Pourvu que les hommes s’en souviennent lorsqu’ils regardent trop haut.

La lune dans le caniveau (Claire)

Bonjour, je m’appelle Dali, oui comme le peintre. Ce n’est pas par hasard. Mes compagnons disent que j’aurais être créée par lui tant mes attitudes paraissent étudiées.

            On me dit coquette et il est vrai que j’aime ma toilette au point de me nettoyer et lisser mon pelage soyeux. Je suis rêveuse aussi, mes grands yeux verts ourlés de noir se perdent souvent dans une contemplation solitaire.

            Lorsqu’on me le permet ou que je parviens à filer en douce, je me faufile dans mon jardin où chuchote le vent, faisant frissonner les hautes tiges des herbes de la pampa, guettant quelques bruits furtifs… un mulot, un porc-épic ou un garenne enhardi par la nuit et le silence ? Je ne sais.

            Il m’arrive de m’arrêter dans la rue – très peu passante, nous habitons un village à la campagne – et de guetter cette lumière qui m’intrigue depuis toujours et qui brille dans le caniveau lorsqu’il a plu. Alors que je tends la patte pour la toucher, elle se fragmente en mille particules mouvantes, insaisissables et fascinantes.

Quel est ce mystère ?

Miss Lapsus (Claire)

            Lorsque j’étais jeune, je travaillais dans un établissement dirigé par une femme célibataire qui adorait son petit chien qu’elle avait appelé Quito.

            Par dérision, et entre nous, nous l’appelions Clito. Deux années passèrent et cette femme partit.

            Elle vînt nous voir plusieurs mois après et mon amie et collègue lui demanda aimablement des nouvelles de « Clito », ce qui lui valut la torture nous voir éclater d’un fou rire général mais ô combien silencieux dans le dos de la dame qui, un peu dure d’oreille, n’avait pas compris le lapsus !

Dégoussailler (Claire)

            Alors que je devronis être en train de dégoussailler mon armurium, voilà que mon grand dadon de fils me dit qu’il ne peut pas faire ses divors parce que son burta est occupé par sa sœur ! Piètre excousse en vérité !

            Le pratlime dans cette fourmelle est que persaine ne veut se prend re en chorge. Alors, évidemment, c’est mia qui régente tov et c’est parfos très difficale.

            Je décidoins sur le chomp d’intavunoir afun que sa sœur dégoinge illico prasti et Joyam put allair faire ses divors.

Heureusement que nous parloins français corractémie dans cette fourmelle, sinoi nous na nous compriendrins pas !

Il posa son doigt sur l'interrupteur (Claire)

Il posa son doigt sur l'interrupteur

…et nous poussâmes simultanément un cri horrifié. La maison était dans un désordre indescriptible comme si un mini-ouragan était passé par là.

            Nous revenions de notre voyage de noces et, celui-ci se déroulant en Ecosse, nous n’avions pas pu emmener nos animaux. Nous avions ainsi confié notre chien à un ami habitant la campagne et les deux chats restaient à la maison sous la garde de ma fille. Celle-ci ayant dû s’absenter pour deux jours, elle avait demandé à une de ses copines de passer vérifier si tout allait bien.

            Dali, la chatte blanche tigrée, gracieuse avait cinq ans et déjà très calme. Par contre, le petit dernier de la famille, Marius, n’avait que trois mois et, comme tout chaton, jouait avec tout ce qui lui tombait sous la patte.

            

            Et ces deux jours de solitude avait permis que l’appartement devienne un super terrain de jeux : plantes déterrées, courriers traînant par terre, la table avait perdu sa nappe, un vase renversé avait inondé le carrelage, les fleurs malmenées par nos bestioles étaient en charpie et, fait insolite, la télévision fonctionnait ! Nous en avons conclu qu’un de nos chats avaient marché sur la télécommande et rallumé l’appareil par hasard.   

La copine, consciencieuse, était passée dès le premier jour, mais, en entrant dans l’appartement, elle entendit la télévision marcher et se dit que nous étions rentrés plus tôt. Timide, elle repartit sans oser aller voir.

            Nous retroussâmes nos manches et rangeâmes l’appartement avant de repartir chercher Sam, notre chien, en pleine grève des distributeurs d’essence.

            Mais ceci est une autre histoire.

Lipogramme en TAS (Claire)

Le bord de mer brode un infini chemin, le flux fougueux murmure, l’odeur iodée m’inonde, le rocher rouge qui érige une cime, édifice créé un jour de folie druidique…

Je rêve…

Non ! Un héron, couleur de neige, coupe le ciel d’un bleu pur, me réveille.

Me révèle ?

Mémoire fragmentée (Claire)

Quand j’étais en pleine dépression, je fis une allergie à l’antidépresseur qu’on m’avait prescrit. Le médecin m’en fit prendre un autre qui fut pire puisque, de ma mémoire fragmentée, je revivais des épisodes de ma vie antérieure à la maladie qui m’accablait.

            Mon psychiatre, informé par mon appel téléphonique, me dit d’arrêter immédiatement mon traitement mais sans m’en donner un autre puisque dans l’incapacité de me rencontrer avant cinq jours.

            Le sevrage fut un enfer et une renaissance. Un enfer parce que je fus encore plus malade durant quelques jours et une renaissance parce que, littéralement, j’ai eu l’impression de sortir de l’abîme où je me débattais.

            Je revivais.

            Lorsque je rencontrai mon toubib et qu’il voulût me prescrire un autre médicament, je lui dis qu’il était hors de question que je reprenne une seule de toutes ses cochonneries et je le pense toujours.

            C’est à ce moment-là que ma fille me fit découvrir « Coïtus Impromptus » et que, par l’écriture, je retrouvai ma mémoire et le plaisir des mots.

            Maintenant, je suis guérie et heureuse de n’être plus cette loque humaine qui oubliait tout et sombrait dans un maelström sans fin d’images et de paroles confuses. 

Le goût du métal (Claire)

            Je suis née il y a 3 ans dans un haras normand.

On me dit gracieuse, avec une allure folle, faite pour les compétitions de dressage.

Je suis alezane, une tête fine qui rappelle à mes admirateurs que j’ai pour père un pur-sang arabe et, paraît-il, un bon caractère.

Dernièrement, ils sont venus me chercher, m’ont entouré la tête de cordes et m’ont emmenée dans une « carrière » comme ils disent où ils m’ont demandé de régler mes allures selon leur code à eux.

J’ai eu du mal à comprendre ce qu’ils voulaient.

Puis, ils ont installé sur mon dos un poids et serré autour de mon corps une grande lanière de cuir. Et il a fallu que je m’y habitue.

Enfin,  ils m’ont mis un objet dur et froid dans la bouche et un homme est monté sur mon dos.

Avec douceur, il m’a appris à travailler mes muscles et, grâce à lui, je suis devenue une athlète de haut niveau.

D’entendre son pas dans l’écurie est synonyme de sortie et du plaisir de travailler avec lui.

Lorsqu’il décroche le filet et qu’il s’approche de moi pour me mettre le mors dans la bouche, j’en suis arrivée à aimer le goût du métal.

Un jour, lorsque je serai trop vieille, je sais qu’il me confiera dans une « maison de retraite » dans un pré, avec de l’herbe bien verte, une écurie bien chaude avec la seule mission de mettre au monde des fils et des filles qui suivront mes traces.