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    Ce carnet est un site de création collective. Il regroupe les textes de plusieurs auteurs différents tous inspirés d'un thème commun. Le thème est mis en ligne dans la nuit de dimanche à lundi et la date de tombée est le dimanche suivant avant minuit (heure de Montréal). Pour tout renseignement, pour participer ou pour soumettre un thème pour les prochaines semaines:

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Un petit bout de papier... (Christian)

Le réveil indiquait 10 heures 24 lorsque je me suis réveillée. Bon sang, quelle nuit ! Pour une fois j’avais bien dormi. Il fallait bien reconnaître que la quinzaine avait été éprouvante, avec cette canicule d’un mois d’août exceptionnel. Je ne savais pas si cela était dû au réchauffement de la planète, à un coup de folie d’El Niño ou à quelque autre volonté divine (ou diabolique), mais il était grand temps que cela cesse. Même le petit comprimé pris systématiquement avant le coucher depuis plus de deux mois semblait ne plus vouloir faire effet. La veille, Dieu soit loué, les températures étaient devenues supportables. Du coup, j’avais enfin pu dormir convenablement.

Paul était parti travailler depuis longtemps lorsque j’ai ouvert les yeux. Il en était à son quatrième jour de travail après la reprise, mais il ne parvenait pas à trouver son rythme – chaque journée lui paraissait insurmontable.

C’est le son inhabituel d’une pluie fine qui m’a tirée de mon sommeil. Le ciel, au-delà de la fenêtre de la chambre, était d’un gris uniforme et infini, présageant une journée froide et terne. C’est en frémissant que j’ai repoussé les draps et que je me suis levée, la tête encore vaseuse et les cheveux en bataille. Mais comment les températures pouvaient-elles varier à ce point du jour au lendemain ? Je n’avais pas fait trois pas que j’étais frigorifiée. Je me suis empressée de mettre la main sur un pull dans l’armoire et de saisir au vol un jean que j’avais négligemment abandonné sur le dossier d’une chaise.

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Gate number J10 (Christian)

Aujourd’hui c’est un jour très spécial, car je pars en voyage ! Non pas un voyage d’affaires ou de villégiature, pas du tout. Je déménage, en quelque sorte.

J’habite depuis une douzaine d’années ce quartier. Non pas qu’il me déplaisait, mais j’avais malgré tout une curieuse hâte mêlée d’une certaine répugnance à le quitter. Je m’y étais fait en quelque sorte à ce quartier, qui était un peu à l’écart, me dispensant du coup des mouvements de foule et de la circulation incessante. Je m’étais habitué à ce calme olympien qui y régnait, ainsi qu’à son uniformité : tous les appartements se ressemblaient, tous de plain-pied, au rez-de-chaussée ; pas vraiment des maisonnettes, mais des appartements accolés, bien qu’en l’occurrence, le mot appartement soit un peu usurpé.

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Roger au mois de mai (Christian)

Dans tous les villages, on en trouve un. Dans ce village-ci, perdu au fond d’une petite vallée d’Alsace, il s’appelle Roger.

Roger est seul. Il pense qu’il est encore jeune à 48 ans et qu’il a peut-être encore quelques restes qui pourraient lui valoir qu’un jour une déesse vienne rompre sa solitude – comme celles qu’il aperçoit dans les magazines au papier glacé qu’il achète en douce, dans un hypermarché loin de son village. Roger pense à ces choses-là et à d’autres, diffuses comme toutes les choses auxquelles il pense. Roger n’a que ça à faire : penser – ou du moins essayer.

Il est là, depuis des jours au fond de son lit… à penser vaguement.

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