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    Ce carnet est un site de création collective. Il regroupe les textes de plusieurs auteurs différents tous inspirés d'un thème commun. Le thème est mis en ligne dans la nuit de dimanche à lundi et la date de tombée est le dimanche suivant avant minuit (heure de Montréal). Pour tout renseignement, pour participer ou pour soumettre un thème pour les prochaines semaines:

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Regrets et remords (Canard mou)

Armelle regrette et remord

[À lire sur une musique kitsch de notes pleureuses, et si possible, peut-être, vraiment lentement : Ce court (je l’espère) texte est fortement inspiré de faits vécus la nuit précédente. Les noms de personnes et de lieux ont été modifiés pour protéger l’anonymat des acteurs originels.]

Armelle fixa le coin du drap qui recouvrait ses jambes. Le truc était d’une rare laideur, tressé de couleurs infirmes qui formaient un tout vénéneux qu’un lépreux aurait rejeté même en hiver de peur que les gens charitables s’en éloignent. Et c’est sans compter le fait que de reconnaître l’existence de pareille immondice dans sa propre chambre vous file assurément le spleen baudelairien bien entre les deux grands fessiers. Oh vraiment, peu de choses valent telle abjection.

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Photo (Canard mou)

Deux hommes avancent.

- Il était bien ce mariage hen?
- Ouais super, on a bien choisi nos costumes.
- Ouais.
- Quelle conne…
- Tu y vas un peu fort. Mais c’est vrai que ça se fait pas refuser un cadeau.
- Ouais.

- Heille regarde! Un camion brun renversé.
- Bien, on prend une photo?
- Ouais.

Morale de l’histoire : Tout n’a pas de morale.

Carnet de doute (Canard mou)

Jeudi 28 Avril 2005,

Comme à tous les jours, j'ai pris l'autobus pour recouvrer la constance du douillet confort de ma demeure. Et comme souvent, je me contentais lors du trajet de regarder partout en ne portant attention à rien, conservant une mine un peu défaitiste mêlée des mortes euphories de la journée.

Puis tandis que je fleuretais encore avec le vide des cent visages tentant de s'oublier devant moi, ma vision rendue glauque d'homogénéité s'est éclairée, brusquement.

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Il n'aurait pas dû (Canard mou)

Se reflète dans le miroir de ma salle de bain, mon visage encore nappé d’une fine strate de sueur, vestige odorant de la soirée mouvementée que je viens de passer avec mes meilleurs copains. Nous avons bu tout notre saoul au bar du coin en y défiant puérilement le temps. Pure jouissance. Toute la bande y était, et avec eux, la même authentique frénésie qui nous unissait lorsque mineures nous nous rencontrions dans les brasseries les plus miteuses de la ville pour découvrir à tâtons les grossières subtilités de ce qu’on appelle désormais, la vie.

Ô.

S’insinue dans ma chambre aussi, éclairée seulement par la fébrile flamboyance de la lune limpide, la silhouette d’un homme gémissant sur mon lit.

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Totem mouvant (Canard mou)

- Je me prélasse de ma lassitude, ô si tétanisante.

- De quel sort empirique faites-vous l'objet, enfant?

- Je ne puis vivre hélas, qu'en quêtant la charité au travers du royaume.

- Et pourquoi ce triste destin a-t-il affublé votre cœur?

-Ah! Je ne sais pas, je ne sais plus, les blanches vérités coulent d'entre mes doigts ainsi qu'un sel fin. Je suis sans certitude, sans autre grande velléité qu'un vague désir de ravissement; cette inexorable peine charcute mes sens qui se perdent dans autant de mièvres distorsions que d'échos des chansons féminines qui transpercèrent hier les nuits trop anthracite.

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Poisson d'avril (Canard mou)

Carole et Gilles

C’était le premier avril. Avant même le zénith, il faisait déjà dehors très beau et Carole était victime de l’imperméable désir de se soumettre à la dictature des vieux dictons, donc de se découvrir de davantage d’un fil. Elle affirma de ce fait à son amant investi sur la commode en écoutant du blues, que toutes ses blouses étaient filandreuses et que par conséquent elle se devait d’en acheter d’autres qui peut-être (l’avoua-t-elle en tons honteux) paraîtraient pareilles. Il promit qu’il s’en accommoderait, tandis qu’elle sortit, cellulaire à la main et bientôt l’amie à l’oreille.

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