Renseignements



  • Top Blogues
  • Avertissement
    Veuillez noter que l'hôte du site et les administrateurs ne sont pas responsables des propos tenus par les auteurs, ni de la qualité de la langue
  • Pour participer
    Ce carnet est un site de création collective. Il regroupe les textes de plusieurs auteurs différents tous inspirés d'un thème commun. Le thème est mis en ligne dans la nuit de dimanche à lundi et la date de tombée est le dimanche suivant avant minuit (heure de Montréal). Pour tout renseignement, pour participer ou pour soumettre un thème pour les prochaines semaines:

    Écrivez-nous

Administrateurs

Blog powered by TypePad

Amour digital (Cali Rise)

Il m’a vue le premier.  Que disait son mail déjà ? Je ne m’en souviens plus…

De petits mots en points de suspension, de sourires flamboyants en larmes brûlantes, de raisons en déraisons, est née l’évidence : Nous.

Nous, c’est l’amour-digitale. Un poison  violent qui se diffuse imperceptiblement dans tout le corps pour pénétrer le cœur et noyer la tête jusqu’aux vertiges. Et ni l’un ni l’autre n’avons vraiment envie d’un anti-dote.

Le carnet de l'auteure

La reine déchue (Cali Rise)

<p>La reine déchue</p>

Sans toi, je ne suis rien… J’aurais pu lui dire cela mais je ne l’ai pas fait. Sans lui, je suis. Pas entière, mais un p’tit quelque chose quand même.
Il m’appelait « ma princesse » et c’était mon géant.
Quand il est mort, j’avais dix ans. On ne dit pas « je t’aime » à cet âge-là, on le susurre du bout des yeux, on le sourit du bout du cœur.
Quand il est mort, je suis devenue la reine déchue.

Le carnet de l'auteure

Tout nu sur la paille (Cali Rise)

Le ventre en avant, la jeune femme avance maladroitement dans la neige épaisse.
La nuit est tombée depuis plusieurs heures déjà, et, le froid piquant profite de ce que le vent hivernal soulève ses haillons pour lui voler ses dernières parcelles de chaleur.

Le paysage baigné des rayons de la lune semble tout droit sorti d’un livre de contes pour enfants. Harassée et soufflant comme une bête malade, le noir violent de la grange heurte ses prunelles. Quelques autres pas la traînent à l’intérieur. La vieille bâtisse gémit et craque sous les coups de boutoir des bourrasques gelées, sa chanson désespérée finit de lui geler les os.
Une soudaine contracture oblige la femme à se plier en deux. La suivante la fera tomber à genoux. Son cœur hésite entre la course éperdue et le ralenti définitif. Il faut encore résister, une future vie lui broie les entrailles et ne demande qu’à naître.

Alors dans la solitude glacée, la parturiente s’accroupit et reproduit les gestes de ses mères ancestrales.
Un cri miaulé retentit après plusieurs minutes de lutte. Un petit être gigote tout nu sur la paille, deux mille après un autre petit d’homme qu’une partie du monde attendait comme le Messie.

Le carnet de l'auteure

... en lettres majuscules (Cali Rise)

Je m’appelais Marie de Negri Dables. J’étais la dame de Hautpoul. A la veille de ma mort, le prêtre Antoine Bigou me confessa. Je lui confiai mon terrible secret.
Je mourus le dix-sept janvier mille sept cent quatre-vingt un.

Dix ans passèrent… Une dalle fut posée sur ma tombe. L’abbé fit graver une phrase étrange et mentit sur la date de ma mort.

Depuis, beaucoup d’hommes et de femmes ont cherché le trésor du château de Rennes en partant des mots ET IN ARCADIA EGO et de ceux inscrits sur ma tombe. Ils contenaient forcément une partie de l’énigme car ils étaient écrits en lettres majuscules.

Le carnet de l'auteure

La lune dans le caniveau (Cali Rise)

La lune dans le caniveau

Plic ploc. Plic ploc. Plic ploc.

La pluie tombe sans faim et mes pieds pataugent dans la boue du chemin. J’ai froid. Enfin, je crois que j’ai froid. La fatigue est si lourde à porter qu’à la prochaine goutte, je risque de m’affaler.

Je déteste les fêtes de Noël et tous ces empressements, ces courses-poursuites vers le cadeau de-la-mort-qui-tue qui finira au fond d’un placard ou dans le ventre d’une poubelle. Tous les ans, c’est la même chose : décembre me colle le blues. Me le colle tellement qu’il me pénètre jusqu’à la moelle des os. Alors j’ai froid.

Ceux que je croise ne me voient pas ou évite mon regard hagard. J’admire leurs mises et leurs joues roses des folies qu’ils vont commettre. De vrais enfants !

Où est passée l’enfant que j’étais ? Celle qui rêvait toutes les nuits que Lune finirait par rejoindre son amoureux, Soleil. Parlons-en de ces rêves stupides ! Celui qui illuminait mes nuits est parti depuis des lustres. Depuis, je traîne comme une âme sans penne. Il fallait vraiment que je sois tordue pour croire qu’un homme de sa classe mourrait à mes côtés !

Les rues dégueulent une foule de plus en plus compacte et la danse. J’en titube. Même le ciel est en deuil, il ne porte pas la lune. Quand la goutte fatale frappe mon crâne, ma chaussure glisse du trottoir vicieux qui s’offre une joie immense à m’enfoncer dans le caniveau.

« T’as vu, maman ? La dame, elle est tellement saoule qu’elle s’est cassé la figure !

- Veux-tu bien te taire ! Je ne vois personne ! Seulement la lune dans le caniveau. »

Le carnet de l'auteure

Monstres (Cali Rise)

Maman vient de fermer la porte. Elle l’a fermée complètement. Il fait tout noir. Et puis je l’entends qui s’éloigne. J’aime pas quand je suis toute seule dans le noir. Maman, elle dit que je suis grande. Mais je veux pas être grande. Et puis je suis pas grande d’abord. C’est comment quand on est grand ?

J’entends un bruit. Un tout petit bruit. Scrtchhhhhhhh scrtchhhhhhhhh. C’est quoi ce bruit ? Si j’appelle maman, elle va pas être contente. Alors je vais faire comme elle a dit, je vais remonter le drap sous mon menton et serrer mon doudou tout contre mon cœur. Mon p’tit cœur il bat tout vite.

Scrtchhhhhhhhhhh scrtchhhhhhhhhhh. Ça revient ! Je n’entends pas ce bruit. Je ne veut pas l’entendre. Je sais je vais chanter la chanson de ma mamie. « Une boule qui roule devant Paris qui sonne une heure deux heure trois… Scrtchhhhhhhhhh scrtchhhhhhhhhh. C’est encore là. Je veux pas ouvrir les yeux. Non ! Scrtchhhhhhhhh scrtchhhhhhhhhhhhh. Ça se rapproche. Je suis sûre qu’il est sous mon lit. Ils sont sûrement plusieurs. Faut pas que je prononce leurs noms sinon ils vont m’attraper. Maman dit qu’ils viennent chercher les enfants qui ne sont pas sages. Et aujourd’hui, j’ai fait une bêtise. J’ai pris un bonbon dans la boîte pour l’offrir à Vincent. J’aime bien Vincent. Il est gentil et il est beau. Quand on sera grands, on se mariera. Il l’a dit. Et moi je crois tout ce qu’il me dit. Même qu’un jour, il m’a raconté que la maîtresse elle allait apporter des grenouilles aux pouces noirs à l’école et même que c’était vrai. Faut pas que je prononce leurs noms.

Et si j’ouvrais un œil ? Y a des yeux rouges qui me regardent. J’essaie de crier. Je crie très fort. Pourquoi maman ne vient pas ? Pourquoi elle n’ouvre pas la porte ? J’ai du mal à respirer. Mon visage est sous le drap et je serre Pika très très fort. On disait que je n’entendais plus rien. Et d’abord ils ne sont pas là. C’était un cadeau ! C’était un cadeau !

Scrtchhhhhhhhhhhhh scrtchhhhhhhhhhhhh. Ils sont encore là. Je vois leurs yeux à travers les draps. Les Molochs ! Les Molochs ! Ils vont me tuer ! Le drap faut que je tienne très fort le drap. Et aussi faut que je ne lâche pas Pika. Et il faut que je chante une chanson qu’ils n’aiment pas. C’est quoi la chanson. Maman, maman, je t’en prie ! Viens, maman. Ils arrachent mes draps. Je sens leurs griffes et leurs dents qui entrent dans ma peau. Maman, je suis petite. Viens me chercher ! Ne les laisse pas m’emporter. Je serai toujours sage. Je ne prendrai plus rien sans te le dire. Je n’embrasserai plus Vincent sur la bouche. Je ne montrerai plus ma zézette dans les toilettes ! Maman ? Maman, t’es où ?

Lire la suite "Monstres (Cali Rise)" »

Dégoussailler (Cali Rise)

Dégoussaillez, dégousaillez qu’elle a dit ! Je t’en ficherai du dégoussaillage ! Elle ne va tout de même pas me faire croire que cette forêt vierge était un jardin, avant ?

L’homme noir avançait en bougonnant vers l’abri de jardin, derrière la maison. Il n’était vêtu que d’un jean troué à plusieurs endroits. En équilibre sur sa tête, un chapeau de paille largement penché vers l’arrière terminait sa mise exotique. Son torse musclé et nu ruisselait de sueur.

D’une main ferme, il saisit l’outil adéquat. Un manche long taillé dans le bois le plus dur était prisonnier d’un morceau d’acier. L’usage de la dégoussailleuse demandait un savoir et une expérience qui n’étaient pas donnés à tout le monde. Bob avait le don. Ce qui l’exaspérait le plus dans cette histoire, c’était qu’elle le regarde, debout sur sa terrasse !

Le fer pénétra le sol et miraculeusement l’éclat de terre fut déshabillé des mauvaises herbes.

-         Oh Bob, comme vous faites cela délicieusement bien !

Si je lui collais un coup de dégoussailleuse, est-ce que cela aurait un effet bénéfique ? Est-ce que la mauvaise herbe qui a grainé en elle serait séparée de son corps ?

-         Vous n’avez donc rien d’autre à faire ?

-         Que voulez-vous que je fis ? Vous regardez œuvrer est un tel délice pour mes yeux que mon cœur en chavire.

M’est d’avis qu’il n’y a pas que le cœur qui est chaviré ! Allez mon gars, dégoussaille va. Et oublie-la ! N’empêche, un p’tit coup vite fait…

Le carnet de l'auteure

Il posa son doigt sur l'interrupteur (Cali Rise)

Il posa son doigt sur l’interrupteur. Rien ne se produisit. Bizarrement, cela ne l’étonna pas. Jetant son blouson au jugé sur une chaise abandonnée, il avança dans le couloir menant à la chambre.

Ses pas résonnaient dans le silence noir. Il n’avait jamais eu peur de l’obscurité mais cette fois, son cœur battait la chamade. Anticipant ce qui allait se produire, son corps réagissait. Une fine sueur perlait ses tempes.

Ses mains devant lui à hauteur des épaules, il se trouvait totalement idiot. De la pointe de sa chaussure, il tâtait le sol. Ridicule ! Si quelqu’un le voyait ! Justement, est-ce qu’un voyeur se trouvait dans la pièce ? Il sentait comme une présence. Il n’était pas seul, c’était évident.

- Ça vous amuse de me reluquer ?

Aucune réponse. Bien sûr. A quoi s’attendait-il exactement ? A une réplique du style « Vi, je suis là. T’en as mis du temps à rentrer ! Failli choper une crampe ! » N’empêche, il était sérieusement mal à l’aise tout à coup. Il stoppa sa marche aveugle. Ce bruit… Il avait bien entendu un bruit, non ? Sa tête s’inclina sensiblement, pour mieux entendre. Rien !

P’tin où était ce lit ? Il se prit les pieds dans quelque chose de mou et manqua s’étaler de tout son long. Qu’est-ce que… Son cerveau ne voulait pas enregistrer ce que son instinct avait déjà reconnu.

Ça l’apprendrait à ranger ses affaires ! Il palpa du pied la masse informe de ses vêtements sales et trouva un terrain libre. Ne pas perdre de vue son objectif : la lampe de chevet posée sur la table de nuit. Ne pas perdre de vue ! T’as bouffé un clown, man !

Encore quelques pas. Son cœur allait le lâcher avant, c’est sûr ! Quelle idée de se mettre dans un état pareil pour une ampoule grillée !

Là, il avait bien entendu un bruit ! Un frôlement. Comme quelqu’un qui se déplace dans l’air. On venait vers lui… Quand la boule de poils lui frôla les jambes, il hurla. Espèce de con de chat ! Le félidé cracha son mécontentement et s’enfuit en dehors de la pièce en miaulant comme un perdu. Il miaulait drôlement d’ailleurs…

Sa main entra en contact avec le fil électrique. Il trouva la poire et enfonça le commutateur.

Un éclair jaillit. Il eut juste le temps d’apercevoir le brillant de la lame. L’inconnu lui trancha la gorge d’un geste fluide. Son sang jaillit dans un bouillonnement effroyable. Il s’écroula en se tenant le cou. Je le savais, je l’avais senti. Quelques secondes plus tard, son cerveau s’éteignit.

Le carnet de l'auteure