La lune dans le caniveau (Basta)
La lune est pleine, j’ai vu son reflet sur le pavé mouillé.
Ventre montgolfière, il y a 17 ans, je me suis retrouvée légalement hors circulation.
3614 par minitel et c'est comme si je prenais le bus... Bonjour, Bonsoir, pseudo "Lucie", un semblant de relations sociales pour juste réaliser que j'étais seule à couver, et qu'avec mon identité cachée je pouvais abréger ou prolonger la conversation, la maîtrise complète, le pouvoir de couper court.
Couper court à tout d'ailleurs, mon ventre étant le centre du monde, mais aussi envie d'écouter les autres.
Hors circuit, j'ai même trouvé le bon garçon prêt à prendre en charge la mère et l'enfant avant même que le bébé ne soit là.
Curieuse, couffin à la main, Lucie est allée prendre le petit café, au coin de ma rue. Et là, je me suis dit que ok, j'avais un gosse sans père, et que celui qui discutait avec moi était vraiment très bien, le pigeon idéal prêt à roucouler autour de mon nid et amener les vers de terre pour la becquetée du petit, mais que zut, ce café prenait une tournure bizarre.
D'avoir discuté par écran interposé avait été pour mon correspondant timide le seul moyen de prendre contact avec le sexe opposé. Il s'était enflammé tout seul.
Demi-tour dans les relations virtuelles, les roses blanches sous un bras, le couffin dans l'autre, je me suis dis basta , finit la pêche aux dialogues sur minitel , moi c'est le feeling, le rire au coin des yeux que j'aime, ce petit supplément d'épices et de rêves.
Après, entre boulot, bébé et nidification gros blanc sur les relations virtuelles, pour les relations sexuelles tout court, le milieu professionnel m’a dépanné, une famille d’accueil sans histoires, quelques câlins dans le respect mutuel en 20 ans de boîte, rassurant de savoir que j’ai la possibilité de grappiller un peu de plaisir.
Fourmis suractive, je consulte et traque l’info sur Internet via carte modem, consultations rapides, tarifs prohibitifs.
Fascinée par toutes les possibilités.
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