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    Ce carnet est un site de création collective. Il regroupe les textes de plusieurs auteurs différents tous inspirés d'un thème commun. Le thème est mis en ligne dans la nuit de dimanche à lundi et la date de tombée est le dimanche suivant avant minuit (heure de Montréal). Pour tout renseignement, pour participer ou pour soumettre un thème pour les prochaines semaines:

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Il posa son doigt sur l'interrupteur (Aurele)

Il posa son doigt sur l’interrupteur. Le bout de scotch noir qui le bloquait depuis plusieurs années gisait au sol. Il le regarda une dernière fois et appuya.

Le « clic » fut assourdissant, mais pas autant que le silence qui suivit. L’ordinateur s’était éteint. À jamais. Son seul ami, sa fenêtre sur le monde. La respiration du ventilateur, la musique du disque dur, la douce lumière de l’écran, les jeux sur les touches du clavier, les clignotements malicieux du modem, resteront comme ses meilleurs souvenirs.

Il regarda la machine une dernière fois. Il avait les yeux humides et un petit sourire triste. Il ne parvint pas à articuler un au-revoir.

Il sortit sur le balcon et enjamba la rembarde.

Le carnet de l'auteur

Parasites (Aurele)

Celui d’à-côté attend les moments les plus calmes pour se mettre à hurler. Celui d’au-dessus fait immanquablement comprendre qu’il ne supporte pas les nuits trop chaudes ou les nuits trop humides. Celui d’en face a mal aux dents ; j’aurais pû l’ignorer, mais ces matins là la porte de l’appartement reste systématiquement ouverte, comme pour évacuer le trop plein de bruit.

Moi aussi je veux des enfants. Pour me venger.

Le carnet de l'auteur

La tour (Aurele)

Par la fenêtre du premier étage, il entendit ses amis qui lui criaient au-revoir.
Par la fenêtre du onzième étage, il vit ses amis qui parlaient entre eux.
Par la fenêtre du vingt-et-unième étage, il aperçut ses amis qui riaient.
Par la fenêtre du trente-et-unième étage, le vent lui apporta le son des voix de ses amis qui se moquaient de lui.
Par la fenêtre du quarante-et-unième étage, il sauta.

Le carnet de l'auteur

Alice au pays des miroirs (Aurele)

Alice s’aperçut que tout le monde dans la rue la regardait. Cela la fit encore plus rire, et elle l’expliqua à Mathieu, qui essayait de comprendre ce qu’elle disait entre deux éclats. Il ne valait guère mieux et était en train de se rouler par terre chez lui devant ses colocataires perplexes.

Alice se dit qu’il valait mieux s’arrêter quelque part et choisit un café au hasard parmis les deux, presque identiques, devant lesquels elle passait. Elle s’assit en terrasse à la première table disponible et entreprit de reraconter la blague du cheval à Mathieu pour la troisième fois, sachant qu’elle aurait du mal à aller jusqu’au bout tellement elle la faisait rire. Elle jugea plus prudent d’indiquer au serveur la bière qu’elle souhaitait boire avant d’entrer dans le vif de l’histoire.

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Le pantalon de Paul (Aurele)

« Tu piques » répéta Johana, l’Allemande rencontrée le soir même dans un café parisien, entre deux baisers à pleine bouche. Paul promit qu’il serait rasé de près la prochaine fois qu’ils se verraient. Pendant que ses mains vagabondaient sous les vêtements de Johana, il la regarda embrasser Rodrigo, l’ami espagnol, d’un baiser fougueux. À peine leurs bouches furent-elles séparées que celles de Paul et Rodrigo se trouvèrent, laissant Johana seule pour un instant.

Cela durait depuis plusieurs heures. Paul se sentait décidément à l’étroit dans son pantalon ce soir là.

Le carnet de l'auteur

Regrets et remords (Aurele)

Cinq heures du matin. Jean-Paul alluma une autre cigarette. Le cendrier menaçait de déborder sur les livres ouverts, sur le programme officiel, sur ses feuilles de brouillon couvertes de phrases biffées les unes après les autres.

Comme chaque jour de son existence, il pensa à Sandrine. Quelle vie menait-elle maintenant ? Elle aurait 18 ans dans moins de trois mois. Poursuivait-elle ses études ? Avait-elle un petit ami ?

Jean-Paul essaya de se reconcentrer. Une nouvelle phrase raturée, une autre feuille de brouillon, encore une cigarette. Comment avait-il pu faire cela à sa propre fille ? Il n’arrivait pas à oublier les gestes déplacés, intimes, répétés. Elle était si belle le jour de son onzième anniversaire. On aurait dit une princesse. Il s’était imaginé pouvoir être son prince, il aurait voulu la garder pour lui seul.

Sa femme avait failli le tuer lorsqu’elle les avait découvert, nus, enlacés, dans le lit conjugal. Elle l’avait chassé, violemment, comme il le méritait. Lui avait dit qu’il ne reverrait jamais sa fille. Il avait dû partir, loin, dans une autre académie. Pendant un an, il n’avait pas donné signe de vie. Puis il était revenu les voir, leur téléphonait parfois, promettait qu’il était guéri. À chaque visite, à chaque coup de fil, le malaise était palpable. Elle avait perdu son innocence, elle lui en voulait, il s’en voulait. Le psychiatre lui avait dit qu’elle en sortirait probablement traumatisée à vie. Il avait finalement abandonné, se disant que c’était mieux pour elle, pour sa mère, pour lui. Leur confiance en lui était définitivement perdue. Il valait mieux qu’il s’efface.

Jean-Paul était épuisé, son travail n’avançait pas. Pourtant, il devait rendre le sujet quelques heures plus tard, afin qu’il soit proposé au jury mêlé à une vingtaine d’autres. Il repensa à sa fille et écrivit, d’une main qu’il espérait ferme : « Baccalauréat 2005, section S, sujet de philosophie : Regrets et remords, importance et limites de la culpabilité de l’Homme ».

Le carnet de l'auteur

Armelle fixa le coin... (Aurele)

Armelle fixa le coin du drapeau bleu-blanc-rouge, le trentième de la soirée. Les invités au paquebot arrivaient en masse : des vétérans en uniforme défraîchi, des jeunes au crâne rasé essayant de se donner l’air viril, des filles de bonne famille accompagnées de leurs parents endimanchés. Et surtout, des gens tout à fait ordinaires, des ouvriers, des étudiants, des cadres supérieurs. Ils venaient tous célébrer la victoire du chef.

C’était en 2007. Les Français avaient choisi. La république était morte.

Le carnet de l'auteur

Un mercredi midi... (Aurele)

De passage dans le sud-ouest pour une réunion de travail, Archibald Trévory s’ennuyait, ce mercredi midi, faisant face à son steak trop cuit et à ses frites trop grasses. Gilles de Ploucastel s’évertuait à lui vanter les mérites de l’économie locale et des bienfaits comparés de l’implantation des centres de recherche dans la réunion, Antoine Juliard, son adjoint, acquiesçait à la moindre parole.

Les hommes d’affaire avaient insisté pour venir manger dans cette taverne crasseuse, pur produit du terroir, probablement pour l’impressionner par le faible coût de la nourriture, sensé lui donner l’impression que tout dans la région était à l’avenant. Mais Archibald remarquait surtout la nappe en plastique huileuse, les verres douteux et les couverts en aluminium. Il passait le temps en essayant de découvrir la couleur des cheveux de la serveuse, qui n’avaient pas dû voir le shampooing depuis au moins deux semaines. Elle leur apporta le pain, l’air hagard, sans même les regarder. Elle avait probablement 40 ans mais en paraissait dix de plus. Archibald, ingénieur de 52 ans, avait l’air plus vaillant.

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Histoire érotique sous réverbère (Aurele)

Leurs langues se cherchaient, se trouvaient, insatiables. Leurs corps collés l’un à l’autre ne pouvaient se résoudre à se séparer pour rejoindre les taxis qui passaient devant la station. Nous devions tous les trois rentrer, mais l’idée même de devoir attendre le lendemain pour se revoir leur semblait insupportable. Leurs mains s’égaraient furtivement sous les vêtements. L’érotisme de leur étreinte était visible à la lumière du réverbère.

Malgré mon envie de retrouver mon appartement douillet, j’ai attendu patiemment en fumant ma cigarette. Je ne voulais pas les interrompre. Elles étaient heureuses.

Le carnet de l'auteur

Gate number J10 (Aurele)

« Nous ne sommes pas du même monde. Adieu, tu as dépassé les bornes. J’ai peut-être le visage PROGNATE, tu n’avais pas le droit de m’insulter. Je ne suis pas TARÉE. Tu as critiqué DEUX fois de trop mon amour de l’INFORMATIQUE. Je pars à l’autre bout du monde, là où tu ne mérites pas de me rejoindre. »

En lisant ces mots, Antoine sentit une grosse boule se nouer dans sa gorge, de laquelle s’échappaient encore des relents de vomi. Sa tête menaçait d’exploser. L’alcool, sa compagne de toujours, l’avait trahi encore une fois. Et visiblement, Sonia s’apprêtait à faire la même chose.

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