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    Ce carnet est un site de création collective. Il regroupe les textes de plusieurs auteurs différents tous inspirés d'un thème commun. Le thème est mis en ligne dans la nuit de dimanche à lundi et la date de tombée est le dimanche suivant avant minuit (heure de Montréal). Pour tout renseignement, pour participer ou pour soumettre un thème pour les prochaines semaines:

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Compte à rebours (Amokryte)

Haha, tu les imagines ?

Tu parles que je les imagine ! hahaha « hé ! héééèèè ! il est 23h59’ ! Champââgne ! »

Héhé « 3…2…1 »…

BOUM ! Haha !

Hihi, BOUMBOUM 2006 !

Bonne annaârgh !

Haha ! Meilleurs voeuâârks !

Vas-y déclenche !

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Compte à rebours déclenché

Ben je vois rien…

Ouais moi non plus… ben !

Ben !

Il est où l’afficheur numérique ?

Que c’est pas toi qui se devait te charger ?

Meuhnon !

Bon si on est pas morts tout de suite, c’est qu’i’ reste un peu de temps.

C’est à cause la sécurité, par défaut il a du se mettre au max.

Et c’est quoi ?

Ben quatre chiffres, ça fait 9999 heures avant l’explosion.

Eh merde ! c’est foutu.

Eh merde !

On n’a plu qu’à aller trinquer avec les gnoufs.

Eh merdeuh !

I’ faudra être gais…

Putain

Faire la fête

Merdeuh !

Pis faire la bise avec le sourire

Putain de putain

Pfff…

Chienne de vie

Putain.

(grand amateur de langue québécoise, je ne vois aucun inconvénient à ce que vous remplaciez « merdeuh » par « crissade de fesses sur lit d’hosties à la moule cornue », et « putain » par  « cibole de soupe à la raie jacteuse calicée au four » ; vous avouerez que ça fait plus Nouvel An)

Le carnet de l'auteur

Tout nu sur la paille (Amokryte)

Chez les Dufont on rigolait pas beaucoup avec l’honneur. C’était à voir avec le cousin qu’avait fait le petit séminaire pis qu’on avait surpris l’aube relevée à se passer les hosties à la raie culière, on l’avait tous castagné avec les frangins pour la réputation, sauf moi à l’époque, j’étais trop petit, et puis il avait changé de terroir le cousin, parti bien loin chercher sa patte à pain, comme on disait, les grands

C’est pour ça que le jour où mon père, l’a dit : « Tu seras un homme mon fils », j’savais pas bien c’ qu’on allait faire, mais pour sûr qu’on irait pas au bordel. Je savais qu’i’ voulait aussi me retirer du trop que je me souciais beaucoup depuis qu’on avait revendu les biques, que ça m’avait fichu un coup, je les connaissais toutes depuis tout mioche, surtout Grognette qu’avait tellement un sale caractère qu’on pouvait que l’aimer, alors comme ça là plus rien, enfin sauf qu’on était beaucoup plus riche, c’était pas croyable toute la sonnante qu’on brassait, mais je me souciais pour si on s’occupait bien d’elles, ça oui.

Tout ce qu’on a marché, j’aurais jamais cru qu’i fallait tout ça pour être un homme, moi qui croyais une bagarre ou un truc dangereux et pis du pas facile, hein, par des sentilles et des hornures, qu’on aurait dit une drôle de route pour aller à la Vieille Grange, qu’en plus i’ fallait surtout pas se tâcher pour rester présentable pour après, je comprenais pas trop mais bon j’voulais être un homme alors j’ai rien dit

J’ai ben suivi mon père pendant tout ça, et encore après un peu plus, sans causer, et puis i’ s’est retourné, t’es prêt ?  qu’i’ m’a dit, ça que j’étais prêt, j’aurais pu me pisser dans le froc tellement que j’en pouvais plus d’être prêt.

Un grand secret, il a ajouté avec un sourire et un index, que tu dois jurer de jurer de nom de dieu de bordel de dieu de jurer

Alors j’ai nom de dieu de bordel de dieu juré, mon premier secret de famille, j’allais pas me débiner là.

On grimpe un talus, il écarte les fourrés :

Et là que c’est bien la Vieille Grange, que je vois au milieu mon troupeau de biquettes, qu’était donc là depuis tout ce temps, avec plein de gens que c’était point des ceux-d’ici, et que j’vois là qu’était bien tout autant à poil que les autres mon frère aîné, avec Grognette à côté, tout nu dans la paille.

... en lettres majuscules (Amokryte)

Il existait des vies maudites. La sienne en était une. Il existait des femmes maudites. Malaurie en était une. Tout avait commencé au lycée quand Malaurie avait rejoint leur classe au beau milieu de l’hivers. Elle était belle, elle était racée, elle était brillante. Une apothéose de femme.

Mais elle était cruelle. Son unique passion était de dompter les autres. Il y eut les garçons, il y eut les filles, puis les pions puis les profs. Qu’il s’agît de rivaliser en charmes, en manipulation, en intelligence, rien ne devait lui résister. Et de ceux qui connurent les drogues de sa couche, nul ne se vanta jamais, mais leurs expressions assombries pendant de longs mois en disaient assez à tous les autres. Il n’y eut que lui pour n’être jamais inquiété. Non pas qu’il fût d’une trempe extraordinaire, seulement et pour une raison étrange, elle lui avait à lui en tout premier signifié son mépris et l’invincibilité de son dédain. Depuis leur seule relation se limitait à ceci ; dans l’univers de la littérature où lui mettait tous ses rêves et toute sa vie ; elle ne cessait de faire des incursions aussi sauvages qu’incendiaires et chaque fois enlevait à tous pour l’excellence de sa prose une admiration, qu’il savait lui être ravie par pure plaisir de l’écrasement.

La vie dispersa les gens. Malaurie ne fut plus pour tous ces élèves qu’un souvenir mauvais mais néanmoins révolu. Sauf pour lui. S’était-elle lassée de la facilité avec laquelle elle moissonnait les âmes, s’était-elle dégoûtée de tous ces corps qui jonchaient son chemin dans l’espoir d’un regard ? elle se prit d’une étrange passion pour l’écriture. A chaque concours qu’il tentait, il voyait inévitablement le nom de Malaurie apparaître en lauréate. De quel pouvoir noir était-elle pourvue ? à chaque fois il s’attachait à concevoir un style nouveau, des histoires inédites, à chaque fois son texte à elle était primé et faisait du sien une pâle copie comme si elle avait su à l’avance ses plus secrètes pensées. Pour comble de l’ironie, Malaurie s’était choisie un pseudonyme à un voyelle du sien. Pour comble de l’ironie, il arriva qu’il écrivît mieux qu’elle. Mais chaque fois encore, il le savait, il ne recevait aucune nouvelle : parce que Malaurie était charmante, parce qu’elle devenait célèbre ; on lui attribuait à elle toutes ses réussites. Il tenta d’écrire sous son nom à elle. Il fut confondu.

Il prit conscience qu’il devenait un peu fou, il prit conscience qu’il l’aimait, il parvenait maintenant à se l’avouer. Il l’aimait d’une passion abyssale qui jamais ne verrait le jour. Ce qu’elle avait toujours su, ce qu’elle ne lui avait jamais pardonné, ce qu’elle lui ferait payer jusqu’à son dernier souffle. Elle savait aussi qu’il se ferait violence, qu’il s’engagerait pour un ultime concours avec la corde au cou, qu’elle le tenait enfin, quitte à le perdre elle ne le laisserait pas goûter une exaltation qui ne provînt pas d’elle.

Il s’enferma. Perdit le sommeil, l’appétit, la santé. Ecrivit contre le temps, contre lui, contre Malaurie ; avec un style plus pur, une expression plus vive, une histoire effarante. Il envoya son texte, il consulta la liste des participants, fut rassuré d’y trouver le nom de sa rivale.

Les résultats furent enfin publiés. Il se rendit sur le site et autant en fit elle, frémissant, tremblant, sentant la vie en suspend devant l’écran, retenant le souffle. La fenêtre s’ouvrit, qui d’elle ou de lui ? la panique grandit.

Son titre, son nom, étaient écrits en lettres majuscules.

Le carnet de l'auteur