Renseignements



  • Top Blogues
  • Avertissement
    Veuillez noter que l'hôte du site et les administrateurs ne sont pas responsables des propos tenus par les auteurs, ni de la qualité de la langue
  • Pour participer
    Ce carnet est un site de création collective. Il regroupe les textes de plusieurs auteurs différents tous inspirés d'un thème commun. Le thème est mis en ligne dans la nuit de dimanche à lundi et la date de tombée est le dimanche suivant avant minuit (heure de Montréal). Pour tout renseignement, pour participer ou pour soumettre un thème pour les prochaines semaines:

    Écrivez-nous

Administrateurs

Blog powered by TypePad

« 2 janvier 2006 - 8 janvier 2006 | Accueil | 16 janvier 2006 - 22 janvier 2006 »

Amour digital (Thomas)

C'était en 20.., le soir du quatorze juillet. Avec elle, j'étais allé au bal des pompiers, juste un peu, pour s'amuser et prendre une coupe de champagne. Nous avions été sages et rentrions à pieds. La nuit estivale était douce.
Sur les quais, rive gauche, nous sommes arrivés à hauteur du pont Neuf. Je lui ai proposé un détour. J'ai entraîné ses pas vers un passage étroit, et la place Dauphine s'est ouverte devant nous.
La place était déserte. Un parterre de roses à nos pieds. Le Palais de l'autre côté de la rue. J'ai glissé mes doigts au creux de sa taille. On était bien, là. C'est la première fois que je l'ai embrassée.
Sur le banc de pierre, entre mes bras, elle s'est blottie. Son dos contre mon corps. J'ai respiré l'odeur de ses cheveux et fermé les yeux. Mes mains glissaient sur elle. En elle. Sous la lueur des réverbères, je lui ai fait l'amour du bout des doigts.

Le carnet de l'auteur

Amour digital (Sarah Calas)

Aussi dissemblables que possibles, elle arabe et moi espagnole d'origine lointaine et française plus avant, elle dense et ronde, moi effilée les pieds maigres, mat et blanche, les yeux grands ouverts-aveugle, la peur du noir immense où je me tiens paisiblement. En cette dissemblance parfaite, nous étions complètement faites pour nous entendre : elle habitait parfaitement le creux de mon bras, si parfaitement que ses hanches venaient se loger au dessus du petit creux de ma hanche, lovées ainsi côte à côte on aurait dit le coeur brisé reunit comme deux lèvres qui s'embrassent, en dormant, l'épaule sous sa tête. Comment finirent ces deux personnes si faites pour s'entendre ?

Connaissez vous la paralysie amoureuse ? L'amour hante le corps, le corps de l'amour est une sorte de fantôme puissant, un oiseau qui reste quand la cage a finit par se dissoudre, un amour digital qui me fait lever le bras en pleine nuit, un grand cri lancé vers le ciel poignardé, hurlant de douleur réelle le souvenir enfuit de quand elle était là, à dormir une partie du jour encore, sur mon bras. Cette douleur si physique qui fut jadis une joie, c'est l'absence. Le nerf pincé, le cours du sommeil étranglé, alors le corps qui ne parle pas mais exprime tout muettement sait que l'absence est trop pesante  !

(merci à Mélie des "Enfants rouge" pour sa note sur la Paralysie d'amour  et à B. pour "une passion dans le désert")

Amour digital (Flo)

<p>Léon avait une drôle de passion</p>

Léon avait une drôle de passion. Il aimait les « pan-pan ». Du coup, les femmes qui lui tapaient dans l’œil finissaient mal. Après les avoir gentiment effleurées, il saisissait son arme préférée, visait là où le corps de la dame l’inspirait puis appuyait sur la détente, attendant fébrilement la suite : deux sons brefs, intenses, retentissants qui le faisaient exploser.

Lorsque ses crimes furent enfin élucidés, les experts appelés à son chevet parlèrent abondamment de perversion, de fétichisme et de cette fameuse punition reçue à cinq ans quand il avait voulu savoir, un peu trop concrètement pour ses parents, la différence entre les petites filles et les petits garçons. Un journaliste préféra tout simplement titrer : « Léon ou la folie de l’amour digital ». Il fut immédiatement viré.

Le carnet de l'auteure
   

Amour digital (Catherine)

Aphorisme québécois

Après chaque nuit d'amour, la québécoise célibataire, l'oreille au combiné, s'étire le doigt et la mémoire entre l'étoile et le 69. Cinquante sous la dose, pour se convaincre qu'il n'a pas rappelé et qu'il n'y aura pas de réponse au numéro qu'elle voudrait s'inventer.

Le carnet de l'auteure

Amour digital (Obni)

C’est l’histoire d’un jeune saumon éperdument amoureux. Ses parents sont furieux. Ils tournent, ils tournent en rond… font des bulles de colère, sautent hors de l'eau, donnent des coups de queue.

- Il n’y connaît rien ! Il a l'écaille si souple ! Tu te rends compte, il n'a pas encore la nageoire formée ! tonne la mère.

- Qu’il remonte d’abord la rivière et après on verra ! renchérit le père.

Du coup, discrètement, sa famille lui donne à manger de cette plante en forme de gant dont la feuille ralentit les mouvements du cœur. Vous savez…

Ah ! L'amour du digital !

Le carnet de l'auteur

Amour digital (Fazou)

Dernières mutations
À l’ère préhistorique de notre amour, l’évolution
Du Metacarpe Diem digital sauvage,
Descendant direct
Du jeu de la paume divine.

Le métacarpe glisse sur la vague souple de tes reins,
Lui et tout son banc serré des dix doigts de la main.
Les doigts s’échappent, poissons dans le sillon mouvant
De ton dos musculeux, frayant sur la chair douce de tes flancs

Ils croisent au bout de tes jambes, fascinés,
Les dix bébés roses qui tètent tes pieds

Les mains s’enroulent autour des cuisses immenses
Et remontent à la source de ton ventre chaud
Sur le socle duquel ils s’échouent,
Devenant reptiliens.
Sur cette plage échauffent la langueur des sangs
Réveillent le premier arrivant
Qui défend hardiment sa place
En dressant des menaces

Mais les mains reptiles ne craignent rien,
Aveugles rampantes dont les antennes
Viennent se désaltérer sans bruit…

Maintenant que tu es loin
Les mains s’agacent, anxieuses
Elles essaient de rassembler en mots
Les lettres délitées sur un clavier
Chaque touche est une écaille

De cet amour ancien
Les doigts pianotent
Sur la peau dure de plastique
Pour essayer de fixer l’empreinte
Du souvenir de ta peau

Amour digital (Fils-invisibles)

La première lettre

C’est la seule qui compte, qu’on a envie de relire tous les jours, à la recherche d’un sens caché, d’un aveu oublié. Les autres, de plus en plus longues, de plus en plus anodines, ont perdu leur mystère au profit de l’abondance. La dernière, peut-être, annonciatrice de rupture, retrouve avec la désillusion d’en finir un semblant de pouvoir.

Mais les premiers mots ! Les mots ? Ils commencent bien avant d’être prononcés, on les imagine sur les lèvres de l’amie, de l’amant, fraîcheur amplifiée par la dévotion, puis lentement sur le cœur, bonheur tamisé d’incertitude. Comme ils semblent forts, les premiers mots ! On les consomme tout de suite, comme un premier baiser, avec une avidité faussement instinctive. En fait, tout est écrit : la quantité, ce ni trop ni trop peu qui fait l’annonce idéale ; le sentiment amoureux immédiat ponctué par un soupir, un clignement de paupières, ou un silence qui les vaut ; la sensation trompeuse d’un bonheur qui s’inscrit dans l’infini… En même temps, on sait déjà. Tout le meilleur est pris. On repose la lettre, on l’éloigne même un peu sur la table de chevet. On savoure la couleur de l’enveloppe, le pli du papier, le tracé de l’écriture, encore chaude, faux miel. Par tout un rituel de sagesse et d’attente, on voudrait maîtriser le miracle qui vient à la fois de se produire et de nous échapper.

On lit avec satisfaction, au dos de l’enveloppe, le nom et l’adresse précis de l’expéditeur. Mais l’écrivain et l’écriture peuvent s’interroger, se répondre en abîme, rien ne se multipliera plus. On aimerait garder le secret de l’amour pur, et l’enfermer dans des formules. Mais devant sa petite table éclaboussée de faux espoirs, l’amoureux insatisfait ne sauve que les apparences, et lit de plus en plus de lettres avec de moins en moins de joie. C’est un bonheur amer : on lit pour oublier les premiers mots.
(À la manière de… Philippe Delerm, atelier d’écriture, 6 novembre)

Le carnet de l'auteur 

Amour digital (Cali Rise)

Il m’a vue le premier.  Que disait son mail déjà ? Je ne m’en souviens plus…

De petits mots en points de suspension, de sourires flamboyants en larmes brûlantes, de raisons en déraisons, est née l’évidence : Nous.

Nous, c’est l’amour-digitale. Un poison  violent qui se diffuse imperceptiblement dans tout le corps pour pénétrer le cœur et noyer la tête jusqu’aux vertiges. Et ni l’un ni l’autre n’avons vraiment envie d’un anti-dote.

Le carnet de l'auteure

Amour digital (G)

<p><p><p><p>13</p></p></p></p>

Vicieux, le serpent,
emporta d'une morsure,
tout ce qui lui était cher,
il jura inconscient,
de braver le destin.

...

La défense, 04:27 du matin.

-Je vous écoute.

Chardonnel prit la parole.

-(toussant) hé, bien voilà, je crois que tout le monde est déjà à peu près au courant...

-pas moi, fit le directeur rondouillard qui siégeait en bout de table, avec un air de crocodile prêt à l'attaque. Et j'aime autant vous dire que j'attends de sérieuses explications, et que je ne me contenterais pas de problèmes de compatibilité, ou d'un salmigondi de termes techniques, incompréhensibles. A l'heure ou je vous parle, nous perdons des millions. Et je ne vous parle pas de ce qu'a couté ce système.

Le silence s'abattit sur le comité de crise.

Chardonnel, rasé à la va-vite, jouait avec une pointe criterium. il portait sur le visage tous les stigmates, d'un homme tiré de son lit à 3 heures du matin. Les traits écrasés, les yeux rouges, la mine ébourrifée, l'haleine douteuse, la marque retournée de son oreiller, encore imprimée sur le haut de la joue, une chemise à peine repassée. Il se passa la main sur le visage et se retourna vers Fred, avec un air misérable, l'invitant à répondre. Celui ci, leva les yeux de la longue liste déroulée.

Lire la suite "Amour digital (G)" »

Amour digital (Mamathilde)

<p><p>Amour digital</p></p><p><p>Amour digital</p></p>

Tu m’avais demandé de ne pas te poser de question. J’avais acquiescé sans arrière-pensée. Je sentais que le silence des mots serait nécessaire pour aller chercher cette part de toi que tu étais prêt à m’offrir. Dans l’océan de ton regard, j’ai lu toutes les avenues qui s’offraient à toi. Ces immensités que tu ne pouvais affronter tout seul. Je me suis penchée sur toi, papillonnant un baiser sur ton front. Tu as laissé échappé un soupir, tellement soulagé. Comme si ce geste était une reddition muette à ta demande de compréhension. Et je t’ai dit que l’époque au cours de laquelle tout se dire est primordiale était révolue pour moi. Tu m’as demandé si je t’aimais je t’ai répondu que oui. Et c’était vrai, d’une certaine manière.

Tu m’as dit que tu ne savais plus parler de toi. Que c’était mort maintenant. Trop d’abus, de confiance bafouée. Tu m’as dit que tu ne savais même plus discerner le vrai du faux dans ces mots qui sont à la fois tes alliés et tes ennemis. J’ai pris ton visage dans ma main et caressé tes lèvres de mon pouce avant de les mordre doucement. Tu m’as demandé pourquoi j’étais si simple, pourquoi je ne criais pas, pourquoi j’étais tellement maternelle. Je t’ai répondu qu’on ne me changerait pas. Alors, tu t’es écroulé devant moi, fondant de larmes. J’ai léché tes perles jusqu’à la source caressant de ma main les trémolos de ton dos. Tu m’as dit que tu ne savais plus faire l’amour, seulement baiser, et je t’ai répondu : «  Dans ce cas, baises-moi ». Tu as crié que tu ne pouvais pas. Pas à moi. Parce que j’étais moi. J’ai rétorqué que je n’avais pas besoin de te l’entendre dire pour le savoir.

Lire la suite "Amour digital (Mamathilde)" »