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« 26 décembre 2005 - 1 janvier 2006 | Accueil | 9 janvier 2006 - 15 janvier 2006 »

La reine déchue (Russalka)

Elle
va

Il fait très seul ce soir il fait triste il fait froid
elle espère une main
tendue comme une route
un chemin qui écoute
et ne s’arrête pas de la conduire au loin.

Parfois il cogne au cœur une envie de hurler
s’enfouir  comme une bête
au vide
se coucher
le vide
n’est pas rien
le vide
est un
possible
une porte
un passage
un lieu où le trajet le départ et les fins
se joignent dans les marges

Se cacher à jamais des lueurs importunes
se nourrir en silence du seul geste qui soit :

Vivre au noir
Salamandre

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La reine déchue (Claire)

<p>La reine déchue</p>

Elle était belle, belle à couper le souffle. Elle avait, comme çà, comme un pari, fait le concours de beauté de sa région, de son pays, du monde. Et partout, on avait encensé sa beauté.

Elle savait ce qu’il fallait répondre lorsqu’on l’interrogeait et savoir rire fort à propos.

Bel animal dressé.

Elle avait fait son temps puis avait disparu, éphémère, oubliée des hommes.

A partir de ce moment, sa vie commença.

La reine déchue (Cali Rise)

<p>La reine déchue</p>

Sans toi, je ne suis rien… J’aurais pu lui dire cela mais je ne l’ai pas fait. Sans lui, je suis. Pas entière, mais un p’tit quelque chose quand même.
Il m’appelait « ma princesse » et c’était mon géant.
Quand il est mort, j’avais dix ans. On ne dit pas « je t’aime » à cet âge-là, on le susurre du bout des yeux, on le sourit du bout du cœur.
Quand il est mort, je suis devenue la reine déchue.

Le carnet de l'auteure

La reine déchue (Sasquatch Urbain)

<p><p>La reine déchue</p></p>

Vostok, An.  2/08/2014

Elle possédait une pureté inégalée
Longuement remis l'ouvrage sur la suite lumière et noirceur
Soigneusement appliqué en strates les différents tissus de son manteau
Elle s'unissait à toute l'étendue de ses terres
Envahissait les océans adjacents
Son peuple y a vu défiler des millions d'empereurs sous son règne
Elle résidait pourtant en la seule reine
Sa dictature, vindicative, inaccessible, invincible, glaciale mais juste
Son cœur renfermait de grands secrets
De longues destinées et autant de déchéances terrestres
S'y cachait le mécanisme de l'origine de la vie

Mais depuis, nos humeurs échaudées l'ont fait disparaître
Depuis, nos rivages se sont éloignés de notre horizon pour nous endiguer
Depuis, les colonnes de nimbes se dressent et dévastent
Depuis, nous subissons notre incontinence
Depuis, nous souffrons de la nudité de ce continent
D'avoir déshabillé sa majesté
Toute sa pureté a été souillée de sale et de salin
Depuis, nous ne vivons que des extrêmes

Le carnet de l'auteur

La reine déchue (Mamathilde)

<p><p><p>Lorsque nous étions enfants, elle était celle qui accrochait to</p></p></p>

Lorsque nous étions enfants, elle était celle qui accrochait tous les regards. Ma mère disait qu’elle était habillée en poupée et moi je l’enviais. J’aurais voulu avoir tous les jours, des souliers vernis, des jolies robes avec des collets en dentelles, mais surtout, j’aurais voulu avoir ses cheveux blonds qui descendaient en boudins lourds sur ses épaules. À l’école, elle était celle que toutes les petites filles voulaient pour amie. Tellement charmante, tellement jolie et en plus elle était bonne à l’école. J’aurais voulu être elle, mais j’étais une petite noire aux genoux écorchés qui passait plus de temps dans les arbres que sur le plancher des vaches.

À la polyvalente, elle était entrée par la grande porte, dans la gang. En moins de temps qu’il ne le fallait pour le dire, elle était officiellement l’amoureuse d’un plus vieux. Elle avait troqué ses jolies robes pour des jeans mais les portait comme s’il s’agissait de vêtements griffés. La classe. Je la voyais évoluer au centre de sa petite cour. Je n’en faisais pas partie. Tout juste si elle me saluait d’un hochement de tête quand on se croisait dans un corridor. Je n’étais qu’une ado trop ordinaire, avec des lunettes et des broches. Et puis, j’étais incroyablement soupe au lait et pas du tout en vogue. Je faisais des mots-croisés dans mon coin et je remplissais des cahiers verts de mon écriture serrée. J’aurais voulu être à sa place parce qu’elle était tellement aimée.

Quand nous sommes passées au Cégep, elle s’est glissée dans la peau d’une admiratrice de sportifs. Elle était assise à la grande table de l’entrée de la salle étudiante. Je la voyais me croiser dans sa petite décapotable verte pratiquement tous les jours. Sise sur mon vélo, déjà presque arrivée, je savais qu’elle aurait le temps de retoucher son maquillage et de se boire un café avant que je n’arrive. De toute manière, je ne portais que peu d’importance à mon apparence : il m’arrivait souvent d’apparaître encore toute chiffonnée dans mes cours. Mais déjà, je n’avais plus envie d’être elle. J’avais appris qu’une Mathilde, tout simplement pouvait avoir une vie fort intéressante. En s’impliquant dans la vie étudiante, entre autres. Et j’ai développé mon bagou à cette époque-là, je crois.

Nous nous sommes perdues de vues à l’université. J’ai changé de ville. Je me suis fait toute une vie dans cette petite ville de région si chère à mon cœur. J’ai découvert là-bas que j’avais une voix radiophonique et un sens de l’autodérision que je m’étais toujours caché. J’ai continué à écrire, parce que ça m’est nécessaire. Je me suis encore impliquée dans tout et rien et j’ai fait grandir mon réseau social. Ces dix ans m’auront servi à me créer des connexions. Je suis revenue à Montréal, riche de rencontres et d’une plus solide confiance en moi. Surtout, je suis revenue certaine que j’étais une personne dont il est agréable de faire la connaissance.

Je l’ai revue la semaine dernière. Elle était assise dans ce bar où je vais trop souvent. Elle m’a reconnue au premier regard. Lorsqu’elle a vu tous les hommes qui étaient à ma table, elle s’est approchée de moi comme si nous étions de vieilles copines. J’ai joué le jeu. Et j’ai pris le temps de la regarder aller. J’ai pu constater qu’elle est une petite reine de cours d’école, déchue. Rien de plus.

Le carnet de l'auteure

La reine déchue (Le bateleur)

<p>Un No de trop</p>

Un No de trop

Elle avait voulu avant sa mort, produire une dernière pièce de théâtre à la mode des grands anciens et la donner dans une des petites salles dédiées à cette forme d’expression jugée archaïque pour les uns et considérée comme un trésor à conserver précieusement, pour un toute petite minorité de nostalgiques chroniques.

Incapable d’écrire, elle avait dicté chaque mot à la seule personne de son entourage qui était capable d’écrire : son cuisinier, lequel, traditionaliste ferveur défenseur des valeurs du passé, transposait et recopiait encore à la main les recettes de la gastronomie japonaise.

Aveugle et à demi-sourde, elle ne pouvait guère contrôler en retour le résultat de sa dictée. C’est ainsi que ce qui devait être le triomphe de sa carrière d’auteure fut un four total.
Le titre de sa pièce étant devenu sous la plume de son maître queue

« L’arène des choux »

Le carnet de l'auteur

La reine déchue (Nortine)

<p><p>Reine déchue</p></p>

Il n’écrit plus.  Glissant inexorablement dans le noir du néant.  Bientôt il n’existera plus.  Cela me fait toujours cet effet-là, un adieu.  Une impression de fin du monde, à l’orée du néant.  Là s’arrêtent mes pas, comme l’infranchissable d’un mur de non-matière, le surgissement d’un temps archaïque d’avant la lumière. 

Lui a traversé le miroir.  Il a rejoint les couleurs des fêtes de printemps, là où les fées dansent au son de l’arc-en-ciel, où les fontaines bleuissent mille notes diamantines.  Il descend le Mont Vénus aux bras d’une douce Marieke aux cheveux d’or.  Il pêche les étoiles dans le ciel de ses yeux et, à sa bouche vermeille, il cueille les délicatesses d’une fleur épanouie.  Sous la voûte céleste, les constellations se nimbent d’un voile d’or à la vue des noces royales.  C’est le temps d’Eden.

Il n’écrit plus.  Et moi non plus. Mes mots s’en sont allés sur le chemin d’un coquillage.  Et je ne les ai pas suivis.  Mes pas en tous sens arpentent l’île au trésor.  Elle est déserte.  A côté du coffre ouvert, il n’y a pas de trésor.  Il n’est qu’une reine déchue.  Avec dans la tête, un jardin aux mûres où fleure encore le nard délicat.  Et sur les lèvres, des fleurs de sel.

Aujourd’hui, j’ai croqué la galette des rois et ma dent a heurté la fève magique– elle avait des allures de santon en porcelaine, comme un goût de Noël- . Cela ne m’était jamais arrivé.  Sur ma tête, les miens ont déposé une couronne d’or. 
- Tu es la Reine, se sont-ils exclamés !

Moi je n’ai rien dit.  J’ai déposé la couronne de papier, ne l’ai pas jetée.  Le vent du soir m’a murmuré : Qui sait ?

Le carnet de l'auteure

La reine déchue (Wictoria)

La reine déchue tombe de son trône doré
La reine des chutes coule des jours passionnés
La reine des chuchotements descend en apnée
La reine des "chut" impose son silence figé
Et je reste prosterné devant son corps noyé.

Le carnet de l'auteure

La reine déchue (K.H.)

<p><p>La reine déchue</p></p>

Le Royaume est sens dessus-dessous.
Un valet n’y retrouverait pas un fou.
Même un fou ne reconnaîtrait pas son Roi.
D’ailleurs, le Roi, ce matin-là, en passant dans les galeries de son château, demanda :

- Que se passe-t-il donc ?
- C’est horrible Votre Altesse, le bruit court que la Reine est déchue !

- La Reine est déchue ? Mais quand cela serait-ce arrivé et par qui ?

- Heu… Ce bruit court depuis ce matin.

- N’en serais-je pas le premier informé, ne croyez-vous pas ?
- Heu… Bien sûr, Monseigneur.

- Qui le colporte ?

- C’est la soubrette de la reine qui en est l’origine, Monseigneur. Il faut dire que venant d’elle, elle qui est au plus près de la Reine… Je pensais.

- Tu pensais, hein ?


Le Roi éclata d’un rire tonitruant.

Le fou, circonspect et surpris, se demanda aussitôt qui était le plus fou des deux. Etait-ce lui ou le Roi ?

Devant le visage concentré et interrogateur son amuseur, le Roi lui demanda de s’approcher et quand l’autre lui tendit l’oreille avec méfiance, lui glissa :

- La servante de la Reine a un cheveu sur la langue.
- Un cheveu… Sur la langue… Ah…

Le carnet de l'auteure

<p><p>La reine déchue</p></p>

La reine déchue (Bertrand)

Un à un s'éteignait autour d'elle, lampions, candélabres et autres lustres.

Déjà les tables étaient débarrassées, les musiciens rangeaient leurs instruments et sur le plancher de la salle de bal ne résonnaient plus que les quelques pas pressés des derniers convives qui quittaient.

Seule au centre de l'estrade d'honneur, la Reine ne régnait plus que sur le silence.

Sa grande fête d'adieu l'avait quelque peu étourdie. Enivrée de tous ces compliments, honneurs rendus et discours bien sentis, elle n'avait pas vraiment pensé à ce moment-ci. De centre ultime de tout ce qui était, elle était en un instant, hors du regard des autres, devenu une simple créature esseulée et sans éclat.

Une folle envie de leur crier à tous de revenir, un sanglot à peine réprimé, la Reine volontairement déchue sentait la froide morsure du vide. De son retour à l'insignifiance, à l'anonyme. Au banal du troupeau.

Elle se leva avec peine, et dans un geste bref effaça d'un coup son ancien univers. Et ferma son ordinateur.

Le carnet de l'auteur