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« 19 décembre 2005 - 25 décembre 2005 | Accueil | 2 janvier 2006 - 8 janvier 2006 »

Compte à rebours (Catherine)

ou la sortie avec faste de la Reine-secrétaire qui comme toujours ne fait pas dans la discrétion

À 10 je ne me posais plus de questions depuis longtemps. Copier-coller en automatisme.

À 9 j'ai comme senti que l'automatisme ne me faisait plus vraiment plaisir.

À 8 je me suis rappelée ce qu'il y avait, qui il y avait, au début de ce projet. Nostalgie.

À 7 j'ai réalisé avec un gros brin de fierté que le bébé a dépassé tous nos rêves.

À 6 j'ai commencé à penser petit à petit que mon besoin viscéral d'être indispensable devait peut-être rencontrer son mur.

À 5 j'ai réalisé que ce qui me motivait semaine après semaine à mettre ces heures pour le bon roulement de la collectivité n'était pas des raisons très saines.

À 4 j'ai eu peur qu'en laissant le flambeau le feu s'éteigne.

À 3 j'ai trouvé une porte-flambeau qui ferait vivre le feu après moi. Jamais été aussi soulagée de ne pas être indispensable.

À 2 je vous annonce que je quitte l'administration et le secrétariat du Coïtus.

À 1 ... ben je vous incite fortement à me nommer Reine à vie. Voilà qui me va, être riche, populaire, saluer de la main, présider des cocktails et lire ma vie dans les journaux à potins. Voilà qui me semble un bon plan d'avenir!

Je vous souhaite une excellente année et vous remercie de nous avoir suivi jusqu'ici. L'aventure se poursuit avec une équipe renouvelée!

Compte à rebours (Tubai)

Six mois.

Il ne te reste plus que six mois pour préparer l'événement. Six mois de sacrifices, et de souffrances quotidiennes, avec pour seul objectif la réussite de ton rêve. Six mois d'un travail acharné, de sueur et de sang, de temps passé, sans compter. Tu es heureux à chaque seconde de cette chance que tu pousses à ses limites, même quand la douleur de ta préparation t'arrache des larmes. Tu encaisses tout en son nom. Parfois tu veux tout laisser tomber, abandonner, et t'abandonner en larmes dans ses bras, vidé, anéanti ; pourtant chaque fois ce germe au fond de toi, cette graine de folie, cette goutte de ténacité, ce gramme d'acharnement te permet de tenir, et d'y croire toujours plus fort. Tu payes cher pour ton rêve, très cher même, mais qu'importe, tu auras la fierté d'avoir tout donné, de n'avoir jamais céder, la satisfaction de ton abnégation et de ton humilité dans l'effort.

Cinq jours.

Le plus dur est fait, ou presque. Les souffrances, les courbatures, le froid et l'humidité, la fatigue, la faim qui te tenaille le ventre : tu es passé au travers de tout ça. Quoi qu'il advienne maintenant, tu es plus fort. Tu en es sorti grandi et maintenant que tu te connais plus rien ne pourra t'empêcher de te réaliser. Le plus dur est derrière toi ? Sans doute pas, mais le plus important est devant toi et c'est ce qui compte. Tu y es préparé, corps et âme en une seule entité tendue vers l'objectif. Plus que cinq jours pour affûter ton être, encore cinq jours d'attente, dont tu savoures chaque seconde avec un plaisir inhabituel. Cinq jours ou cinq nuits, et tu trépignes !

Quatre heures.

Tu viens de te lever, et tu es déjà dedans. Chaque bouchée de ton petit déjeuner, chaque geste que tu exécutes sont comme les incantations d'un rituel ancestral. Ta préparation défile dans ta tête. Tu souris silencieux à chaque personne qui t'a soutenu et verses une larme de joie pour leur dire comme tu les aimes, pour leur rendre l'hommage qu'il mérite à t'avoir tant soutenu. Ton coeur bat la chamade, l'émotion te submerge et tu ne tiens plus en place... Respiration calme... Le souffle s'apaise... Tu reviens à toi, le moment est venu. Tu passes la porte, sors et affrontes ton destin la tête haute, le coeur et le corps humble devant l'épreuve qui t'attend.

Trois minutes.

Trois petites minutes, trois dernières minutes. Plus rien ou presque ne te sépare du départ. Ces dernières heures ont été magiques. Tu vas vivre un rêve. Pendant que tu te mets en place sur la ligne de départ, tu repenses à ta vie. Tu te demandes un instant comment tu es arrivé là, puis te rappelles que la question est : « Avec qui ? ». Tu les remercies tous à ce moment : elle, lui, et eux tous qui t'ont accompagné, guidé, réconforté et qui ont cru en toi, à chaque instant. Tu vas te battre âprement dans les prochaines heures, mais ton esprit est un atout formidable et tu sais qu'ils sont là,  tous, avec toi. Tu as tant fait qu'il n'est plus permis de douter. Tu retrouves soudainement la sérénité, ton visage s'illumine. Tu lèves les yeux sur le monde, aperçoit la plus belle avenue du monde qui s'allonge devant toi, tu reconnais les ténors du marathon, ces femmes et ces hommes hors du commun avec qui tu t'alignes pour une course mythique.

Deux secondes.

Le doigt sur le chrono, à quelques centimètres de la ligne, juste derrière ton « lièvre », tu retiens ton souffle, chaque muscle de ton corps tendu à l'extrême.

Une seconde et PAN !!!

Tu t'élances au coup de pistolet. 42 kilomètres et 195 mètres de route t'attendent et c'est à toi de jouer. Tu te rends compte alors que c'est maintenant que tout commence !

Le carnet de l'auteur

Compte à rebours (Gilda)

<p><p>Laurence m'avait laissé ces mots ("JE T'EN PRIE, REVIENS") comm</p></p>

Laurence m'avait laissé ces mots ("JE T'EN PRIE, REVIENS") comme on envoie une bouteille à la mer. La connaissant, si pudique et pratiquante subtile et déterminée de l'humour comme politesse infinie du désespoir imminent, je compris immédiatement que pour m'avoir écrit ces mots, elle devait avoir plus que dépassé le bout du rouleau et désormais se tenir au dessus d’un vide dangereux.

Je me traitai de tous les noms, en oubliai mes propres tracas et enfin lui téléphonai, fermement décidée à la joindre coûte que coûte même si rien ne répondait.

Ce qui fut le cas.

Le fixe était sur répondeur, le portable n'acceptait déjà plus de messages, et une tentative par l'internet resta sans accusé d'aucune réception.

Alors je pris sac et manteau, clefs d'antivol et casque de vélo (je ne savais pas à quelle heure je pourrais bien rentrer), ouvris la porte pour sortir, retournai in extremis dans la cuisine éteindre sous la soupe, repassai enfin le seuil, fermai en claquant, et dévalai les escaliers. J'y croisai en bas mes fils qui rentraient, un peu surpris de voir leur mère transformée en tornade tardive.

Je revins sur mes pas, afin de leur expliquer au moins la soupe et qu'il convenait de remettre à mijoter un moment avant de pouvoir la déguster, puis repartis de plus belle.

Nos domiciles étaient distants par métro comme par bicyclette, d'une quarantaine de minutes. J'en mis à peine 30, grillant quelques feux rouges et effrayant une ou deux paires de piétons par des raccourcis audacieux. Le code de son immeuble, par miracle, n'avait pas changé et une vieille dame qui venait d'entrer me tint la seconde porte avec cette politesse qu'on avait autrefois avant que politiciens et assureurs ne nous inculquent la crainte de notre prochain.

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Compte à rebours (Laurence)

Vanessa est immobile devant cette porte massive. Elle n’ose plus bouger. Elle sait pourtant qu’il faudra bien que dans quelques instants elle se résigne à appuyer sur la sonnette. Mais tous ses muscles sont tétanisés, paralysés par l’appréhension. Elle ne peut même pas ôter ses gants et son écharpe qui l’emmitouflent dans une chaleur maintenant oppressante. Elle sent couler le long de ses tempes et de son cou les gouttes de sueur.

Elle inspire profondément et entame lentement le compte à rebours.

10

Tout a commencé il y a dix ans. Elle n’était alors qu’une adolescente paumée, comme bien d’autres. Elle allait sur ses dix-huit ans et ne supportait plus sa vie : la maison, ses parents, le lycée professionnel où elle apprenait son futur métier de coiffeuse. Tout lui semblait terne et insipide.  Comme une automate, tous les matins elle se levait, déjeuner, allait en cours ; puis le soir rentrait, dînait et se couchait. Mais, tout, au fond d’elle, criait face à cette absurdité. Elle rêvait d’aventures, d’inattendu, de romance….

Elle l’avait vu à l’arrêt de bus. Il était beau comme ces acteurs de cinéma qui étaient affichés sur les murs de sa chambre. Il avait quelque chose de singulier. Elle n’aurait su dire quoi exactement, mais elle était tombée immédiatement sous le charme. Il ne leur avait fallu qu’une semaine pour faire connaissance et elle ne se souvient même plus comment elle avait atterri dans son appartement. Mais elle se rappelle cette sensation de liberté et de frisson. Tout s’était ensuite enchaîné à une rapidité vertigineuse : les cours auxquels elle n’assistait plus, le renvoie du lycée, la colère des parents, les valises faites à la hâte, la porte qui claque derrière elle.

9

Neuf mois plus tard, elle se retrouvait seule dans la salle d’accouchement. Le prince charmant avait disparu aussi vite qu’il était entré dans sa vie. Ses valises à bout de bras et la graine dans son ventre, elle avait trouvé une place dans un foyer de jeunes mères célibataires. Là, elle avait appris à apprivoiser et aimer le petit d’homme qui grandissait dans sa chair. Mais la honte et la fierté l’avaient empêchée d’appeler ses parents à l’aide. Elle voulait se prouver, elle qui devenait mère, qu’elle n’était plus une enfant. Le jour de la naissance d’Hugo, elle avait ressenti un vide immense.

8

Huit mètres carrés, c’est tout ce à quoi elle avait eu droit. Il y avait tout juste la place pour son lit, le berceau d’Hugo et le bureau où étaient à nouveau entassés les livres scolaires. Poussée par les éducatrices, elle s’était réinscrite au lycée, bien décidée à reprendre sa vie en main. Pendant deux ans, elle avait jonglé entre les biberons, les cours et les stages. A force de volonté elle était parvenue à décrocher son diplôme, mais n’avait eu personne avec qui partager sa victoire.

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Compte à rebours (Amokryte)

Haha, tu les imagines ?

Tu parles que je les imagine ! hahaha « hé ! héééèèè ! il est 23h59’ ! Champââgne ! »

Héhé « 3…2…1 »…

BOUM ! Haha !

Hihi, BOUMBOUM 2006 !

Bonne annaârgh !

Haha ! Meilleurs voeuâârks !

Vas-y déclenche !

« Click »

Compte à rebours déclenché

Ben je vois rien…

Ouais moi non plus… ben !

Ben !

Il est où l’afficheur numérique ?

Que c’est pas toi qui se devait te charger ?

Meuhnon !

Bon si on est pas morts tout de suite, c’est qu’i’ reste un peu de temps.

C’est à cause la sécurité, par défaut il a du se mettre au max.

Et c’est quoi ?

Ben quatre chiffres, ça fait 9999 heures avant l’explosion.

Eh merde ! c’est foutu.

Eh merde !

On n’a plu qu’à aller trinquer avec les gnoufs.

Eh merdeuh !

I’ faudra être gais…

Putain

Faire la fête

Merdeuh !

Pis faire la bise avec le sourire

Putain de putain

Pfff…

Chienne de vie

Putain.

(grand amateur de langue québécoise, je ne vois aucun inconvénient à ce que vous remplaciez « merdeuh » par « crissade de fesses sur lit d’hosties à la moule cornue », et « putain » par  « cibole de soupe à la raie jacteuse calicée au four » ; vous avouerez que ça fait plus Nouvel An)

Le carnet de l'auteur

Compte à rebours (Le bateleur)

Débris d’un sablier

Sur la paume du dieu Silence
Ronde et douce comme l’ombre d’un sein
Un grain de sable s’est figé
Oubli d’un génie bienveillant
Brisure du temps piège à vie à lumière
Ecaille devenue Océan en un grain
Rond d’avoir si souvent caressé si souvent
Aimé

Au bord de ses formes pleines

Rien n’ose un murmure un geste

Et si la respiration profonde de quelques fleurs
Berce le lieu d’une musique céleste

On y chercherait en vain

Un refrain
Ruine vive ce souvenir de pierre fait don de ses rêves
Sur la paume  du dieu Silence

Le carnet de l'auteure

Compte à rebours (Wictoria)

Dans la seconde qui me sépare

de l’éternité

tu me dis d’attendre

mais je n’ai pas la force

je compte les jours

qui nous séparent

je compte sur toi

car tu veilles sans rêve

tu m’attends…

Trois

syllabes nous rassemblent

j’en frissonne

Deux

mains se rejoignent

enfin

Un

seul

restera.

Le carnet de l'auteure

Compte à rebours (Sasquatch Urbain)

Dis ce qui ne va pas, mon ange

Ne fais pas la gueule, souris un peu

Huître en devenir, ne fermes pas ta coquille

Cette attitude me dépasse, me dédouble

Si ce n'est que ton travail qui te rend folle

Sein que tu découvres pour le plaisir des autres

Cas trop souvent cloné, déjà vu

Trous à boucher, vides à remplir

D'eux, nous n'en avons pas besoin, qu'en dis tu

Hein !

Partons !

Le carnet de l'auteur

Compte à rebours (Laton)

KoS Voronoï se retourna et d'un coup son regard ennivré se transforma en un regard jubilatoire:

"Mais c'est moi ça!".

Il resta encore une fois en admiration devant sa nouvelle oeuvre. Ce nouveau diagramme devait rendre fou de joie son grand-père.

KoS était un russo-polonais que je connaissais depuis une bonne dizaine d'années maintenant. Son père était le fils du célèbre mathématicien russe Georgi Fedoseevich Voronoï et sa mère était "une polonaise qui en prennait au petit déjeuner". Georgi était célèbre pour avoir formalisé en 1908 ce que les mathématiciens vous décriraient par "une décomposition particulière d'un espace métrique déterminée par les distances à un ensemble discret d'objets de l'espace". Plus simplement, les diagrammes de Voronoï formalisent le concept moins abstrait des bassins versants. Prennez un espace valloné, et placez y à différents endroits des nuages genre cumulo nimbus et faites tomber la pluie. Maintenant suivez le parcours de l'eau ruissellante. Naturellement, elle va s'écouler selon la pente la plus importante, et l'eau va "verser" au fond des vallées pour créer des lacs. Plus il pleuvra, plus le niveau des lacs montera. Selon la quantité d'eau, certains lacs finiront par se rejoindre, la ligne de jonction est alors appellée la ligne de partage des eaux. C'est ces lignes qui forment les diagrammes de Voronoï, si l'eau tombe à gauche de la ligne, elle ira rejoindre le lac de gauche, si c'est à droite, le lac de droite. A quoi cela sert-il? Basiquement cela sert aux hydrologues pour comprendre la nature des lieux et leurs caractère innondables ou non, mais cela peut également servir pour la reconnaissance de formes dans une image, les lignes de partages des eaux constituants alors les contours de la forme. Mais revenons à KoS et à la chronologie de sa création.

Si de son père KoS avait hérité le nom de famille de son illustre grand père, de sa mère il avait surtout hérité de sa capacité d'ethération. Et c'était là le point de départ de sa création. Quand il commencait à être fier de sa maman, on pouvait dire que le compte à rebours était lancé.

"Y a de la betterave aussi? Y en a...".

Pinte après pinte le décompte se poursuivait. Sans s'en rendre compte, KoS accumulait son fluide créateur qui devait l'amener à l'extase.

"On ferme!!".

L'appel du serveur à la désertion de son troquet sonnait le glas des derniers instants avant l'oeuvre créatrice. Quelques instants plus tard, le compte à rebours était parvenu à son terme, la vessie de KoS l'informa qu'il fallait y aller! La rue pavée était sa toile, KoS se mit à l'ouvrage. Sa création prennait forme dès le rezippage de son pantalon. La pluie dorée versant autour des parallépipèdes rocheux formait alors le plus naturel des diagrammes de grand papa....

Le carnet de l'auteur

Compte à rebours (Café Byblos)

Ne dites pas ma belle
Que le soleil s'est arrêté
Un soir de décembrre
La neige était belle
Noire

Ne dites surtout pas ma belle
Que nos jours sont comptés
Qu'il n'y a qu'un hiver
Le dernier
La dernière étreinte
Le dernier solstice

Ne dites rien ma belle
Surtout pas
Que nos jours sont comptés
Que la dernière nuit
C'était la nuit dernière