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« 5 décembre 2005 - 11 décembre 2005 | Accueil | 19 décembre 2005 - 25 décembre 2005 »

... en lettres majuscules (Sasquatch Urbain)

Que ce soit à l'aube ou au crépuscule
Sur la rondeur terrienne les humains copulent
Spermatozoïdes quérissent l'ovule
Ou s'obstaclent à la contraceptive pilule

Je n'en reste pas incrédule
Car souvent mes envies me mênent à ton vestibule
J'y déploie alors mon tubercule
Je le sais bien que tu me manipules
C'est plus fort que moi, j'en fabule

Sans en causer dommages à ma vésicule
J'embarque dans les humeurs que tu véhicules
Il m'arrive que ton propos m'émascule
Comme si tu me coupais les testicules

Veuve noire déguisée en tarentule
Inoculé suis-je mon corps en gesticule
Les mots "JE T'AIME!" ai tracés avec mes globules
Ils étaient écrits en lettres majuscules

Le carnet de l'auteur

... en lettres majuscules (Taïan Akita)

Sa main glissait légère, papillonait d'une étagère à l'autre. Celle-ci, trop bleue. Celle-là, trop pensue. Cette autre, trop baroque. Enfin la main s'arrêta et se saisit de la petite vert pâle sur laquelle les deux mots étaient écrits en lettres majuscules.

Le carnet de l'auteure

... en lettres majuscules (Dingue Marmotte)

Il était dans la boîte, la boîte dans le trou, et moi tout au bord, qui regardais bêtement. Je pensais au bruit de voilier des cordes sur le bois quand ils l'ont descendu, je pensais que le froid n'allait pas arranger mes lèvres gercées, je pensais que la petite Jeanne avait bien grandi, je pensais le plus possible pour ne pas penser à pourquoi je ne l'avais pas revu depuis tout ce temps.

Faut dire qu'il était si spécial. Pas un mot, pas un coup de fil depuis des années, après avoir été proches comme les deux doigts de la main. Bien sûr, j'ai beaucoup d'occupations à droite et à gauche, j'ai un amoureux et des livres à écrire, mais rien qui ne justifiait son absence à lui en plein milieu de tout ça, comme une tache sur l’œil qui a trop regardé le soleil en face.

Spécial, parce qu'il pouvait tout aussi bien être charmant, attendrissant même, attentionné, subitement ému par quelque chose ou quelqu'un, que méchant, amer, et même pervers, envers n'importe qui, n'importe quand; il passait de l'ange au démon en un battement de cils, sans savoir lui-même ni pourquoi ni comment. Il avait un don particulier pour l'autodestruction, sabotant méticuleusement son intelligence au profit d'une paresse provocante, suicidant ses histoires d'amour dans des infidélités absurdes dont il n'avait pas envie, gâchant enfin le peu d'amitiés qu'il avait, entre autres la mienne, en ne donnant plus de nouvelles, en ayant l'air de s'en moquer, jusqu'à ce que l'ami lassé jette l'éponge. Si je n'avais pas été assez têtue pour prendre l'initiative de nos quatre ou cinq dernières rencontres, qui remontaient à bien loin, je ne l'aurais pas revu depuis l'été de mon entrée en fac. Et déjà, il était plus distant, moins patient, moins animé: en partance..

Je regardais Jeanne. Elle ne pleurait pas. Je n'étais pas étonnée. Jeanne a toujours été très fière, très dure. Elle a du pleurer jusqu'à l'épuisement, bien avant cette heure, en cachette, mais devant toute la famille, tous les amis, ça non, elle aura gardé les yeux secs du début à la fin. J'ai croisé son regard. Il ne vacillait pas. Elle n'avait pas douze ans quand je traînais nuit et jour avec son frère; nous nous aimions bien, toutes les deux. Contrairement à lui, elle était d'un caractère constant, et j'ai vu qu'elle appréciait ma présence, pour lui comme pour elle-même. Elle se tenait là comme un vaillant petit soldat, mais elle avait hâte que ça soit fini, la boîte, les fleurs et les oraisons; je savais qu'elle avait d'autres moyens de le sentir près d'elle. Elle a toujours aimé porter ses chemises, même bien trop grandes, et lui voler de sa détestable eau de toilette, et à l'avenir il ne pourrait plus les lui disputer.

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... en lettres majuscules (Bibi)

Divina, chercheuse de poux de son état, et de surcroît affligée de fréquentes rechutes d’amour à type de clou, était à deux doigts de poser le doigt sur le bouton de la sonnette de la garçonnière d’Eros, son chéri adoré, lequel avait consenti à ne plus seulement la lutiner deux à trois l’an dans des motels de bord d’autoroutes, mais à la recevoir enfin dignement dans son antre à câlins privée, lorsqu’elle avisa sur la porte de l’aimé, un panneau recommandant :

Prière de ne pas déranger

Prière de ne pas vouloir savoir

Prière de ne pas poser de question

Mais prière d'y répondre

Prière d'accepter les réponses en forme de silences

Prière de deviner correctement ce que masquent les non-dits

Prière d'attendre indéfiniment

Prière de bien vouloir comprendre

Prière d'apprendre à supporter

Prière de piécer détachée

Prière d'être tendre

Prière d'aimer toujours

Prière de ne douter de rien

Prière d'y croire encore

Prière de On n'est pas bien à la fraîche 

Prière de ne jamais se plaindre

Prière de se taire attention les voisins pourraient entendre

Prière de ne pas pleurer

Prière de ne pas maudire

Prière de ne pas hurler

Prière de ne surtout surtout pas s'effondrer

Prière d'être heureuse épanouie comblée admirable gentille

Intelligente

Bien tankée baisant bien.

(Noir).

Divina baissa le bras, réfréna son bel élan et s’en alla comme elle était venue.

Tout en haut des prescriptions, ces quatre mots : « AVIS AUX BONNES FEMMES » étaient écrits en lettres majuscules.

... en lettres majuscules (Gilda)

Je dormis jusqu'au matin d'un sommeil d'enclume exténuée, me réveillai fort tard, sans savoir si le réveil ne s'était pas déclenché ou si je ne l'avais tout bonnement pas entendu.

J'en étais fort capable. En tant de crise les endormissements qui me saisissaient étaient de l'ordre de la léthargie sans que je puisse lutter. Je me demandais s'il s'agissait d'un atout imparable ou d'un handicap absolu puisqu’ainsi je dormais quand il aurait fallu être sur le pont.

D'ailleurs je bondis, réalisant que c'était jour d'école, que le petit serait en retard, et quelle heure pouvait-il bien être ?

Dans la cuisine, bien en évidence sur la petite table entre l'entrée et l'évier que surplombait la fenêtre avec vue sur les voisins, une feuille était posée. J'y reconnu l'écriture soignée de la grande qui m'indiquait t'inquiète, je me suis occupée du frérot, repose-toi bien maman, tu as l'air crevée.

Je devais donner mon premier cours en fin de matinée. Rien n'était donc perdu. Toilette et déjeuner sommaires puis filer à la fac, une question au fond du crâne, et mon mari, était-il seulement rentré puis parti trop tôt pour que j'en ai conscience ou nous avait-il quittés ? Je n'étais pas vraiment réveillée, et cette question me taraudait comme au fond d'une brume tenace ; j'accomplis dans cet état de semi-conscience mes tâches de la journée. Finalement c'était peut-être gage d'efficacité, comme je ne pensais plus, très peu d'idées venaient parasiter mon fonctionnement professionnel, resté celui-là en marche tel un pilote automatique enfin remis en route. Le souvenir de mon incapacité cuisante de la veille n’avait pas totalement disparu et j’étais soulagée qu’aujourd’hui mes vieux réflexes d’enseignante me secondent enfin.

Cependant de temps à autre cette question me revenait, Alain, mon mari, était-il ou non rentré ?

Mais même aux moments d'interclasses, elle ne me saisissait pas au point de me condamner à l'appeler. J'avais le vague souvenir de deuils douloureux où cette même inexistence cotonneuse m'avait prise, comme une défense naturelle contre une souffrance que je n'aurais pu supporter.

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... en lettres majuscules (Jacques)

La lune dans le caniveau.

Il avait plu toute la journée. En descendant de mon train, je n’avais pas eu le courage de rentrer chez moi. J’avais même tourné le dos à mon trajet habituel, montant dans les ruelles étroites du coteau, errant au hasard dans ces sentes étroites bordées de hauts murs sur lesquels des rebelles provisoires avaient exercé leur maigre talent à la peinture fluorescente. Mes chaussures achetées à moindre coût n’avaient pas tardé à atteindre leurs limites, et l’humidité froide de ce mois de décembre gelait mes pieds.

Je n’avais pas eu le courage de retourner ce soir là dans la maison, presque vide. Sa vue même me désolait, la seule du quartier où l’on ne voyait pas la lueur d’une guirlande électrique, la seule dépourvue de couronne sur la porte, l’une des rares sans père noël accroché à l’antenne télé. Cette maison reflétait l’impression d’exclusion que je pouvais ressentir dans ce lotissement peuplé de cadres, pour moitié retraités, pour moitié en exercice à un niveau hiérarchique sans commune mesure avec le mien.

Sans doute est-ce l’aversion de cette population opulente au  ségrégationnisme condescendant qui m’avait repoussé jusqu’aux confins de la commune, dans une friche industrielle, succession d’ateliers à l’abandon. Les pavés de la rue où j’avançais maintenant étaient inégaux, disjoints, luisants d’humidité. De rares herbes folles essayaient de proliférer.

La rue était longue, piquée de flaques dans laquelle la lune se reflétait par instants. Sur le bord du trottoir, un chat venait à ma rencontre, la queue dressée en point d’interrogation.
- Bonsoir Minerva » plaisantais-je.
- Maaw » Il me frôla et poursuivit son chemin.
J’avançai encore. Je me sentais bien dans ce décor d’un autre temps. Au fonds de ma poche, ma main se referma sur du bois qui ne s’y était jamais trouvé, et je n’en fus même pas surpris. Je n’avais plus froid, et envie de sourire à la lune qui me suivait dans le caniveau. Je m’arrêtai devant une façade, où un portail avait été muré de parpaings. A travers les vitres sales et brisées par endroit, une lueur dansait. Alors, je sortis la fine baguette en bois et dessinai dans l’air une porte, comme si ce geste m’était familier.

Et la porte s’ouvrit. Je m’avançai vers une petite assemblée de gens que je ne connaissais pas, mais qui semblaient n’attendre que moi, qui paraissaient curieux de me rencontrer, de me connaître, de m’accueillir. D’ailleurs, au-dessus d’une table portant un buffet, les mots « bienvenue parmi les tiens » étaient écrits en lettres majuscules.

Le carnet de l'auteur

... en lettres majuscules (Tubuai)

Une joie immense. Il l'avait enfin, et avec ce nom, la libération de son âme, la possibilité de reprendre une vie normale...

Mais revenons au commencement. Il était encore jeune à l'époque, non que cela ait vraiment changé, malgré l'âge et l'expérience, il répétait sans cesse les inconsciences de sa jeunesse. Il vivait ainsi, sans calculer, à l'instinct, fonçant tête baissée chaque fois qu'il pouvait risquer sa vie. Malgré les coups, malgré son âme et son corps martelés tels la lame sous le marteau du forgeron il ne pouvait retenir son entrain, sa vitalité, et plus encore son désir d'action. Il avait beaucoup souffert, avait été meurtri, blessé, laissé pour mort, trahi, mais il aimait trop cette vie d'aventurier pour y renoncer. Aucun prix n'était trop important pour cette liberté. Liberté d'action, liberté d'originalité, liberté de surprendre même les rois !

Cette fois-là, la malchance avait encore été avec lui. L'objet qu'il avait récupéré, portait en lui une grande malédiction. Bien qu'il lui ait permis de résoudre une épineuse affaire qui lui valut une profonde reconnaissance au plus haut niveau de la hiérarchie militaire, il avait attrapé à cette occasion une source d'ennui considérable. La malédiction de l'objet avait été le fruit d'un être terriblement malfaisant, un de ces êtres qui ne se nourrit que de la souffrance des hommes, un être surnaturel d'une puissance extraordinaire qui sait jouir de chacune de vos crainte, peur, terreur ou douleur.

Les premiers mois, ce ne fut qu'un « désagrément », le temps de faire connaissance sans doute. L'Horrible Créature s'immisçait dans ses pensées, commentait, suggérait, puis elle se fit plus entreprenante. Posant des conditions, exigeante, elle commença peu à peu à lui pourrir la vie, d'une manière inimaginable pour le commun des mortels. La descente aux enfers commença véritablement lorsqu'elle lui imposa sa première mutilation.

Elle signait là ses pleins pouvoirs. Elle l'amena imperceptiblement au désespoir. Le poussant à tuer ses propres amis pour en sauver d'autres. Elle mettait en balance les vies comme de simples pions, et il payait plus que chèrement chacune de ses hésitations ou de ses tentatives de refus.

Alors qu'il se sentait acculé après plusieurs années de cette torture physique et morale, elle lui proposa une voie de sortie. Le prix en était terrible, il devrait devenir un monstre, un homme sans cœur, une bête et marcher fermement sur son objectif sans jamais fléchir. Mais quel choix avait-il d'autre ? Il préférait oublier chaque soir sa condition et ses actes, jusqu'à ce jour où elle le libéra enfin.

Pour garantie de sa parole, elle lui avait fourni son nom : le nom de l'Horrible Créature, ce nom si lourd de puissance magique était son seul rempart pour lutter contre la créature, et s'assurer qu'elle le laisse en paix. Il tenait devant lui, posées sur le sol neuf pierres. Sur ces pierres, baignées du sang des sacrifiés, les deux mots formant son nom étaient écrits en lettres majuscules.


Le carnet de l'auteur

... en lettres majuscules (Fuligineuse)

Paul respira un grand coup et ouvrit sa boite à lettres. Depuis bien longtemps elle ne contenait jamais que des publicités et des factures. Il se retint juste à temps de tout jeter à la corbeille : une enveloppe bleu pâle pointait son angle sous le fatras habituel. Ainsi Armelle lui avait enfin répondu… Il retourna l’enveloppe dans tous les sens, partagé entre l’impatience de savoir et le désir de prolonger cette attente.

Elle n’avait pas mis son nom au dos, mais il reconnaissait bien son écriture et le bleu de son papier à lettres. Il retourna dans son esprit les arguments qu’il avait longtemps élaborés avant de lui écrire. Il s’était montré persuasif, assuré, magistral. Elle ne pouvait pas y avoir été insensible. Ils allaient pouvoir retrouver cette merveilleuse entente fondée sur une compréhension mutuelle totale…

Debout dans le hall mal éclairé de l’immeuble, il ouvrit la lettre, la déplia, la parcourut en hâte. Des mots lui sautaient au visage : amour… négligence… pardon… érable (érable ?)… visite… incapable… caribou… (caribou ?) désinvolte… Incapable de lire, les lignes dansant devant ses yeux, il sauta à la fin. La signature d’Armelle s’enjolivait de boucles exubérantes. Juste en–dessous, elle avait marqué en PS : Et fous–moi la paix une bonne fois pour toutes ! Ces derniers mots étaient écrits en lettres majuscules.

Le carnet de l'auteure

... en lettres majuscules (Cali Rise)

Je m’appelais Marie de Negri Dables. J’étais la dame de Hautpoul. A la veille de ma mort, le prêtre Antoine Bigou me confessa. Je lui confiai mon terrible secret.
Je mourus le dix-sept janvier mille sept cent quatre-vingt un.

Dix ans passèrent… Une dalle fut posée sur ma tombe. L’abbé fit graver une phrase étrange et mentit sur la date de ma mort.

Depuis, beaucoup d’hommes et de femmes ont cherché le trésor du château de Rennes en partant des mots ET IN ARCADIA EGO et de ceux inscrits sur ma tombe. Ils contenaient forcément une partie de l’énigme car ils étaient écrits en lettres majuscules.

Le carnet de l'auteure

... en lettres majuscules (Laurence)

A corps perdus

Ils s'étaient croisés dans la rue et avaient immédiatement senti que quelque chose les reliait. L'oeil de l'artiste a tout de suite vu sous les habits l'anatomie sculpturale de la danseuse. Elle, a su percevoir derrière le personnage bourru, les muscles saillants et la peau qui vibre de passion.

Il se sont arrêtés. Il lui a tendu la main. Elle l'a trouvée chaude et rassurante. Les mots étaient inutiles. Elle l'a suivi dans son atelier, a ôté un par un les tissus qui la dissimulaient, et ils ont mélangé leurs peaux et leurs arts. Le temps semblait être suspendu. Dans le plus simple appareil, elle se mit à onduler au rythme de la musique. Il prit alors ses instruments et tenta de graver dans la pierre et sa mémoire, cette beauté incomparable.

Ces séances n'étaient interrompues que quand le désir était trop fort. Alors, toujours aussi silencieusement, ils s'approchaient l'un de l'autre et savouraient pleinement la chaleur de leur corps soudés. Et leurs arts prenaient une autre dimension : ils créaient d'autres sculptures, d'autres chorégraphies, vivantes, vibrantes et toujours changeantes. Puis, quand chaque atome de leurs êtres était suffisamment ivre d'amour charnel, ils se séparaient enfin pour retrouver qui sa musique, qui ses outils. Mais c'était toujours la même élan qui les animait.

Une semaine passa ainsi. Un mois peut-être. Sans qu'un mot ne fut échangé.

Un matin, quand elle se réveilla, le lit était déjà vide. Elle entendait les coups de burin sur la pierre. Les yeux encore chiffonnés de sommeil, elle se leva pour aller l'embrasser et reprendre sa danse inachevée, mais quelque chose attira son regard.

Tous les murs de l'atelier étaient recouverts de peinture. Elle se posta au centre de la pièce et tourna sur elle même pour admirer l'oeuvre dans son ensemble. Puis, elle s'approcha tendrement de lui, et murmura à son oreille : « Moi aussi ».

Sur les murs, les trois mots qu'ils ne s'étaient jamais dits étaient écrits en lettres majuscules.

Le carnet de l'auteure