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« 28 novembre 2005 - 4 décembre 2005 | Accueil | 12 décembre 2005 - 18 décembre 2005 »

La lune dans le caniveau (Marco)

Se réveiller perfusé dans une chambre d'hôpital après une soirée de karaoké, peut paraître étrange.  Encore plus surprenant est de voir le visage inquiet d'une personne qu'on ne connaissait pas avant la dite soirée.  Il est vrai que depuis peu nous échangions sur le web nos états d'âme et que les téléphones subséquents avaient entraîné quelques fous rires.  Périne possédait une tête à faire tourner les autres têtes, noire comme une liste, un carnet, presque d'une beauté illégale.  C'était de son chef le chant public, l'idée de la première apparition de visu.  Un défi lancé dans un qui tape le plus vite messenger.  Elle se disait chanteuse, je ne la croyais pas, je lui ai dit que j'avais composé une trentaine de chansons, elle ne me croyait pas non plus.

Coin Rosemont-St-Denis, je vis s'approcher la sinueuse silhouette de la femme longiligne et nous fûmes le couple le plus dépareillé de l'endroit qui persiste dans l'enfumage.  Elle carbure à la vodka, c'est parfait, moi je la dilue au jus de tomate et mollusque marin bivalve.  C'était ma première fois dans un karaoké public, j'avais un trac épouvantable. Il s'accentua à la première interprétation de Périne, un "Summertime" fitzgeraldien laissant la bouche bée à toutes les oreilles présentes.  L'animateur complètement saoul le charme de l'ébène femme, qui nous laissa cette fois pantois d'une chanson que peu savait de Birkin, moi inclut ; les frissons je vous dit.  Elle me jeta alors un coup d'œil si brillant, qu'elle en su le $20 était sien.  César saignant aidant le "Encore un coup porté en pleine figure"  du "Boxeur" de Daran, eu un impact positif sur l'auditoire éméché, bien que je l'avais entamé dans un registre que je ne contrôle pas parfaitement, s'enchaîna un "One" de U2, mais dans une version à la Michael Stipe tel qu'entendu sur un album pirate du band irlandais.  Je ne porte pas Bono en estime, un multimillionnaire qui se permet de critiquer la politique, sachant que l'industrie du disque est un mécanisme idéal pour le blanchiment de l'argent du crime, du trafic d'armes et de la propagande militaire ou haineuse.  J'ai eu droit à une ovation et une série de drink des plus multicolores. 

Périne souriait dans mon vacillement, m'a pris par la main et m'a tiré dehors à l'air doux d'août, elle a penché son mètre quatre-vingt -cinq sur les douze centimètres plus bas et déposé, plutôt complètement caché de ses lèvres charnues au possible ma bouche.  Je lui dis que marcher me ferait du bien, elle passa son bras par-dessus mon épaule et moi pensant la tenir par la taille, ma main se retrouva sur sa hanche.

Ni la poutine du Rapido, ni le taxi ne m'enleva le tournis, si bien que les premiers pas hors du véhicule furent asynchrones, la face dans le tarmac, les yeux vers un trou dans le trottoir, j'ai vu la lune (ce qui est pratiquement impossible dans un caniveau montréalais).

Périne me demanda si j'allais mieux, elle a dormi dans un fauteuil minuscule à mes côtés, un geste étonnant, voire rassurant.  Le médecin par contre me sonna les cloches, le "vous êtes diabétique mon cher" a été implacable.

La lune dans le caniveau (Catherine)

Nous étions deux. Et ils étaient quatre. Nos pieds dans la gadoue d'un printemps à petits pas. Il avait neigé la veille, plu le jour et cette nuit-là ça sentait mauvais le printemps qui fait sa place trop lentement.

Assis au bout de notre ivresse, bravant le froid contre nos fesses, nous finissions la conversation tuée par le last-call. Sa main dans mon dos, son rire dans mon cou, je me sentais presque en duo. J'ai voulu lire l'avenir dans le caniveau. Mais la lune s'y reflétait, enceinte et solitaire. Alors j'ai pris peur. Et j'ai fui.

Les pieds mouillés et la trace de ses doigts dans la laine dans mon pull.

La peur de l'aube tue parfois bien plus que la nuit loup-garou.

Le carnet de l'auteure

La lune dans le caniveau (Serge)

Il vous est certainement déjà arrivé d’observer dans le ciel
La présence  simultanée  de  deux  astres  qui  étincellent…
La Lune et le soleil…

Que se passe t’il dans les cieux, quand brillent ensemble la Lune et le Soleil ?
L’Etre Suprême s’est il endormi pour que les astres jouent  aux Merveilles ?
Ou bien est ce Lui qui nous regarde avec ses yeux qui illuminent le ciel ?
Ses yeux éblouissants indiquent-ils qu’il a de la fièvre et besoin de sommeil ?
Est-il mal, quand nous regardons sans comprendre ses "yeux-astres" ?
Est-il mal de notre unique spectacle… Celui d’un complet désastre?
Est-ce pour cela que depuis un mois la pluie ne s’arrête pas ?
La pluie n’est-elle pas le chagrin (grain ?) du ciel qui …

Tiens ! La pluie vient de cesser. Je lève la tête, les nuages sont encore là, menaçants et lourds. Ce soir, il n’y aura pas les étoiles, ni la Lune… Mon pas s’est ralenti, la rue devant moi est brillante, éclairée par les réverbères de la nuit. Le long du trottoir sur lequel je marche en évitant les flaques, mon regard aperçoit le reflet des lampes dans l’eau. Sous chaque réverbère je m’arrête et fixe sur la route noire et miroir, le halo qui s’étale en une diffuse immatérielle…

Chacun est une Lune dans le caniveau…

Ce soir elle brille à nouveau…

La lune dans le caniveau (Tubuai)

Un samedi soir. Il marche dans les rues parisiennes, la tête perdue dans ses pensées. Seule elle ressent à chacun de ses pas la pesanteur de la ville écrasante qui lui fait une bien morne compagnie. Ce soir encore, il détourne le regard quand il croise des couples, main dans la main qui déambulent heureux, deux. Malgré le froid elle n'a personne pour la réchauffer et blotti son nez dans son écharpe pour se protéger du vent glacial. Le ciel est clair maintenant mais les trottoirs sont encore trempés de l'eau tombée abondamment cet après-midi. La lune berce cette froide nuit de son pâle éclat. La nuit est silencieuse.

Au coin d'une rue il ne la voit pas et la sent soudain contre lui.

Elle tourne sur la droite, tête baissée et le percute, laissant tomber son sac.

L'homme a juste eu le temps d'écarter les bras et elle semble comme se blottir contre lui. Elle lève les yeux. Son visage est doux et gentil, son regard l'accueille avec une générosité amusée. Elle s'excuse en riant, il lui répond qu'il aimerait croiser plus de personnes comme elle. Elle s'écarte de lui, flattée, s'empourprant un peu.

Il se penche et ramasse son sac à main, tombé à côté d'une mare, jette un oeil à la surface liquide dans le caniveau et se redresse :

- Vous l'aviez laisser tomber, dit-il en lui tendant le sac.

- Vous êtes gentil, merci, répond-elle troublée.

- Je vous offre un verre ?

- Euh... bredouille-t-elle

- Mademoiselle, vous venez de vous blottir dans mes bras, sous l'oeil complice de la

Lune, explique-t-il en pointant du doigt l'astre brillant dans le ciel.

Ne partez pas aussi soudainement que vous m'êtes tombé dessus, s'il vous plait.

Il implorait du regard la femme en face de lui. Il discernait la douceur de ses traits antillais et la beauté de ces longs cheveux noirs. Mais plus que tout elle aimait ce visage mince, d'où se dégageait une mélange de douceur et de franche détermination. Plus que la beauté de son visage, c'est sa présence qui lui plaisait, son air espiègle, son aura tendre.

Il lui fit un clin d'oeil, elle y répondit. Il lui offrit son bras, et elle se blottit contre lui. Ils marchèrent quelques minutes, s'arrêtèrent, s'embrassèrent à l'abri du regard de la Lune. Puis ils reprirent leur chemin. Le froid n'existait plus, la nuit non plus.

Il n'y avait plus qu'eux au monde. Plus rien ne leur résisterait, plus rien ne les séparerait.

La Lune avait rendu les armes devant tant d'amour, et elle gisait hagarde dans le caniveau...

Il était une fois...

La lune dans le caniveau (Wictoria)

La Lune allume un espoir
Aussi loin que je puisse regarder

L'appel du coeur repousse
Une ombre glisse en douce
Nimbant le lisse étang devant
Et tes mots me glacent le sang

Doucement tu allumes mon coeur
Alors que je respire ton odeur
Nul ne sait si je vais te suivre
Si je me lèverai dans ton désir

La Lune éclaire nos regards
Espérant un souffle d'espoir

Ce que tu caches dans tes absences
Agrippé aux étoiles lointaines
Noires comme le caniveau de ma peine
Il me faudra cent ans pour filtrer ce silence
Vivre tant d'heures sans te retrouver
Envoie-moi cet ange qui me trouvera
Au pays de l'étoile du matin
Une de mes nouvelles adresses...

Le carnet de l'auteure

La lune dans le caniveau (Basta)

La lune est pleine, j’ai vu son reflet sur le pavé mouillé.

Ventre montgolfière, il y a 17 ans, je me suis retrouvée légalement hors circulation.

3614 par minitel et c'est comme si je prenais le bus... Bonjour, Bonsoir, pseudo "Lucie", un semblant de relations sociales pour juste réaliser que j'étais seule à couver, et qu'avec mon identité cachée je pouvais abréger ou prolonger la conversation, la maîtrise complète, le pouvoir de couper court.

Couper court à tout d'ailleurs, mon ventre étant le centre du monde, mais aussi envie d'écouter les  autres.

Hors circuit, j'ai même trouvé le bon garçon prêt à prendre en charge la mère et l'enfant avant même que le bébé ne soit là.

Curieuse, couffin à la main, Lucie est allée prendre le petit café, au coin de ma rue. Et là, je me suis dit que ok, j'avais un gosse sans père, et que celui qui discutait avec moi était vraiment très bien, le pigeon idéal prêt à roucouler autour de mon nid et amener les vers de terre pour la becquetée du petit, mais que zut, ce café prenait une tournure bizarre.

D'avoir discuté par écran interposé avait été pour mon correspondant timide le seul moyen de prendre contact avec le sexe opposé. Il s'était enflammé tout seul.

Demi-tour dans les relations virtuelles, les roses blanches sous un bras, le couffin dans l'autre, je me suis dis basta , finit la pêche aux dialogues sur minitel , moi c'est le feeling, le rire au coin des yeux que j'aime,  ce petit supplément d'épices et de rêves.

Après, entre boulot, bébé et nidification gros blanc sur les relations virtuelles, pour les relations sexuelles tout court, le milieu professionnel m’a dépanné, une famille d’accueil sans histoires, quelques câlins dans le respect mutuel en 20 ans de boîte, rassurant de savoir que j’ai la possibilité de grappiller un peu de plaisir.

Fourmis suractive, je consulte et traque l’info sur Internet via carte modem, consultations rapides, tarifs prohibitifs.

Fascinée par toutes les possibilités.

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La lune dans le caniveau (Mercedes)

J’ai donné ma lune au loup
Ma lune pâle au clair de lune
Ma demi-lune, ma lune en O
J’ai donné ma lune au fou
Et mon ami Pierrot
A jeté mes plumes
Dans le caniveau

La lune dans le caniveau (Catz)

L’homme au visage étonné pique un doigt rebondi dans le ciel nocturne, un ciel d’ombre qui happe le croissant sale sous son ongle.

L’homme est un simple, un simple épris, épris de Mafalda.

Et les simples dépriment.

Car Mafalda a un peu peur de lui, de son visage plat et rond comme une lune posée sur la nuit, au bout de son cou large en rampe de fusée.

« C’est beau !», dit-il pour tout discours amoureux, en montrant l’obscurité comme on pointe son cœur.

Quand il penche ses lèvres moelleuses vers Mafalda, elle prend si peur qu’elle recule du trottoir et tombe dans le caniveau, sur les fruits mûrs de ses fesses rebondies.

L’homme ouvre la bouche en un «O» étonné, sans rien dire ; il la regarde, l’index dressé, et ne se penche pas pour l’aider…

Le carnet de l'auteure

La lune dans le caniveau (Laurence)

regarder ensemble....

« Aimer, ce n'est pas se regarder l'un l'autre, c'est regarder ensemble dans la même direction »
Saint Exupéry

Laissez moi vous raconter l'histoire de Judith et Renaud qui ont un peu trop cru cette maxime.

Judith et Renaud s'étaient rencontrés un peu par hasard, comme beaucoup de couples en devenir. C'était un soir de pleine lune. Judith avait été invitée ce soir-là à une fête quelconque dans une villa pavillonnaire. Rapidement ivre des bruits qui se répercutaient sur les murs de la salle trop pleine, elle s'était éclipsée un instant dans le jardin qui donnait sur l'arrière.
C'est là qu'elle a croisé le regard de Renaud pour la première fois. Leurs visages étaient éclairés par la lumière diaphane de la lune, et il leur sembla que Colombine avait enfin rencontré Pierrot.

Au fil des jours, le plaisir de la découverte fit place à un sentiment nouveau : plus fort, plus serein, plus évident. Certains nomment cela l'amour. Judtih et Renaud l'appelèrent simplement "Nous".
Et "Nous" était inséparable. "Nous" allait partout main dans la main; "Nous" n'envisageait pas de passer une nuit l'un sans l'autre. Mais "Nous" n'avait pas prévu la mutation.

Non pas une évolution des sentiments, mais la mutation professionnelle, violente, arbitraire et implacable. Renaud déménagea pour s'installer à l'autre bout de la France. Judith, pieds et poings liés à son entreprise ne put le suivre. "Nous" dut s'adapter, se transformer pour résister au vide. Alors "Nous" brandit la citation de Saint Exupéry comme un étendard.

Depuis des mois, le rituel n'a pas changé. Tous les soirs à 22.00 heures, Judith et Renaud s'installent sur leur balcon respectif et se téléphonent. A des centaines de kilomètres de distance, tous deux regardent dans la même direction. La lune qui fut la marraine de leur rencontre est aujourd'hui le témoin discret de leurs amours lointaines. Elle est leur lien, leur attache, le point commun qui annihile les kilomètres.
Parfois elle irradie sous les flots de paroles échangées; parfois elle ne perçoit que l'échange de leur souffle. Elle sait se faire discrète ou aveugle quand la tentation de la chair se fait trop pressante. De temps à autres, elle s'improvise berceau quand le découragement pointe le bout de son nez.

Mais Judith et Renaud, à force de se brûler les yeux sur l'astre bienveillant, en ont oublié leurs traits respectifs. Renaud a beau essayé, il n'a qu'une vision floue du visage de sa belle Judith.
Et puis, là, sur le balcon d'en face, cet autre visage est tellement réel, tellement palpable. Cette autre frimousse qui lui sourit soir après soir.

Ce soir, Judith écoute Renaud lui expliquer que "Nous" n'est définitivement plus. Qu'un autre "Nous" est né sans elle.
Les yeux embués, elle regarde encore une fois le ciel. Mais la lune n'y est plus. Elle gît dans le caniveau, emportant avec elle tous les espoirs perdus.

Le carnet de l'auteure

La lune dans le caniveau (Cali Rise)

La lune dans le caniveau

Plic ploc. Plic ploc. Plic ploc.

La pluie tombe sans faim et mes pieds pataugent dans la boue du chemin. J’ai froid. Enfin, je crois que j’ai froid. La fatigue est si lourde à porter qu’à la prochaine goutte, je risque de m’affaler.

Je déteste les fêtes de Noël et tous ces empressements, ces courses-poursuites vers le cadeau de-la-mort-qui-tue qui finira au fond d’un placard ou dans le ventre d’une poubelle. Tous les ans, c’est la même chose : décembre me colle le blues. Me le colle tellement qu’il me pénètre jusqu’à la moelle des os. Alors j’ai froid.

Ceux que je croise ne me voient pas ou évite mon regard hagard. J’admire leurs mises et leurs joues roses des folies qu’ils vont commettre. De vrais enfants !

Où est passée l’enfant que j’étais ? Celle qui rêvait toutes les nuits que Lune finirait par rejoindre son amoureux, Soleil. Parlons-en de ces rêves stupides ! Celui qui illuminait mes nuits est parti depuis des lustres. Depuis, je traîne comme une âme sans penne. Il fallait vraiment que je sois tordue pour croire qu’un homme de sa classe mourrait à mes côtés !

Les rues dégueulent une foule de plus en plus compacte et la danse. J’en titube. Même le ciel est en deuil, il ne porte pas la lune. Quand la goutte fatale frappe mon crâne, ma chaussure glisse du trottoir vicieux qui s’offre une joie immense à m’enfoncer dans le caniveau.

« T’as vu, maman ? La dame, elle est tellement saoule qu’elle s’est cassé la figure !

- Veux-tu bien te taire ! Je ne vois personne ! Seulement la lune dans le caniveau. »

Le carnet de l'auteure