Miss Lapsus (Julius Rosenburger)
Lorsque le cirque fit un malheureux come-back en force au Qwébek, Roger Bigras, plusieurs fois ex-alcoolique, ex-bagnard et ex-jongleur – Ah! les doux souvenirs de plaisirs à se retrouver devant les publics adorateurs des années soixante-dix! –, reprit du métier, à contre-cœur, la mort à l’âme battue par la violence des prisons, des ruelles, des tavernes, mal rasé, blasé, le regard hagard du mort-vivant qu’il était devenu, cigarette au bec, sauf dans ce cas-ci, dans un gymnase d’école primaire, devant une marée de jeunes de la maternelle et de la pré-maternelle; Roger Bigras, donc, jonglait. Juché sur une planche, elle-même équilibriste sur un ballon, Roger soupirait sans sourire, jonglant avec trois fourches – vrai de vrai! – tandis que les éducatrices faisaient de leur mieux pour tenir la marmaille à une distance sécuritaire, ce qui dans le cas présent relevait de l’impossible. Les fourches sifflaient dangereusement dans les airs tandis que Roger songeait à reprendre plutôt du métier de buveur, au café d’en face en pensant dans un de ses – nombreux – moments d’égarement à sa vieille mère violentée pour des paroles mal comprises et dont il était le fruit, comme les pointes de sa fourche préférée – il l’appelait Fifi – lui transperça le front. Étranger à la cacophonie ambiante, Roger Bigras sourit enfin.
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