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« 14 novembre 2005 - 20 novembre 2005 | Accueil | 28 novembre 2005 - 4 décembre 2005 »

Miss Lapsus (Julius Rosenburger)

Lorsque le cirque fit un malheureux come-back en force au Qwébek, Roger Bigras, plusieurs fois ex-alcoolique, ex-bagnard et ex-jongleur – Ah! les doux souvenirs de plaisirs à se retrouver devant les publics adorateurs des années soixante-dix! –, reprit du métier, à contre-cœur, la mort à l’âme battue par la violence des prisons, des ruelles, des tavernes, mal rasé, blasé, le regard hagard du mort-vivant qu’il était devenu, cigarette au bec, sauf dans ce cas-ci, dans un gymnase d’école primaire, devant une marée de jeunes de la maternelle et de la pré-maternelle; Roger Bigras, donc, jonglait.  Juché sur une planche, elle-même équilibriste sur un ballon, Roger soupirait sans sourire, jonglant avec trois fourches – vrai de vrai! – tandis que les éducatrices faisaient de leur mieux pour tenir la marmaille à une distance sécuritaire, ce qui dans le cas présent relevait de l’impossible.  Les fourches sifflaient dangereusement dans les airs tandis que Roger songeait à reprendre plutôt du métier de buveur, au café d’en face en pensant dans un de ses – nombreux – moments d’égarement à sa vieille mère violentée pour des paroles mal comprises et dont il était le fruit, comme les pointes de sa fourche préférée – il l’appelait Fifi – lui transperça le front.  Étranger à la cacophonie ambiante, Roger Bigras sourit enfin.

Le carnet de l'auteur

Miss Lapsus (Catherine)

Miss Lapsus n'apparaît pas étrange au premier coup d'oeil, même si on pourrait vous dire qu'elle est un beau gars de paroles échappées, de jeux de mots involontaires et autres double sens. Se faisant, le bouche-à-bouche lui a construit toute une réputation. Elle a même risqué par moment d'en perdre des amants - souvent très poilus d'ailleurs, c'est que voyez-vous, elle aime ça la barque qui pique - et passe beaucoup d'heures par semaine à recoller les pots de colle. Elle a d'ailleurs déjà dit à un ami intime qui était assez colérique: «Tu dois comprendre que les autres se sentent très mal d'être toujours pris entre doigt et moi.» Pourtant, elle se vante elle-même d'apprendre bite. Mais pas dans le lapsus il faut croire.

Pas dans le reste non plus parce que Miss Lapsus a un peu tendance à se faire poser des bateaux ou se faire mettre en bateau. En tout cas un des deux. Faut pas croire, Miss Lapsus est pas toujours tout sourire, et il lui arrive d'avoir envie de se mettre une balle entre les deux têtes. Mais personne n'arrive à vraiment le prendre au sérieux. Même quand elle affirme sans rire que quand elle fait l'amour, c'est souvent à reculons. Malgré tout, ses amis qui ont des voitures, acceptent gentiment de la monter.

Ce n'est pas un hasard direz-vous, mais Miss Lapsus s'intéresse grandement à la psychanalyse et cherche à comprendre le sens des condoms ombilicals qui la lient encore à ses parents.

Miss Lapsus est aujourd'hui toujours célibataire, mais on vous comprend, ça fait peur. De plus elle a un peu tendance à prendre ses chambres à son cou quand un homme approche. C'est qu'elle étouffe parfois quand il la sert trop fort dans ses bars. Elle vit dans une jolie maison en banlieue dont la cour est assez génitale. Et elle enseigne les sciences politiques parce qu'il lui semble important de faire comprendre aux jeunes que même si Marx est mort, les bourgeois digèrent encore la société.

En tout cas si elle s'inventait pas j'imagine que certaines personnes voudraient bien l'exister, mais on est pas sûr sûr non plus.

Si vous voulez rejoindre Miss Lapsus, vous êtes au bon endroit. Elle vous laissera pas son numéro de téléphone parce qu'elle est dyslexique de chiffres en plus!

Veuillez noter que tous les lapsus de ce texte sont véridiques (il y en a 17, pour ceux qui voudraient jouer le jeu!). Un seul ne m'appartient pas en propre, mais il m'a été dit, et je le trouvais trop drôle. Merci à Monsieur Rondeau, scribe ès art de nos conneries et qui permet ainsi à la mémoire collective (mais surtout à moi!) de se rappeler de nos non-sens (dans ce cas-ci des miens!).

Le carnet de l'auteure

Miss Lapsus (Paul)

Il était une fois Pierre, Mathilde et leur très grand danois, Albert, ainsi nommé par Pierre et Mathilde.

Pierre, Mathilde et leur très grand danois Albert menaient une paisible existence, de celle que l'on ne médiatise pas, ni littérarise, de celle qui sont sans fiction, sans histoire comme on dit, un peu tristement jusqu'au jour où.

(Pierre et Mathilde dans un lit ou sur un comptoir si l'on préfère. Il est moins cinq. Albert, le grand danois se tape un rêve récurrent où enfin, il peut se permettre d'avoir du chien.)

        Oh Pierre,

        Oh Mathilde, c'est bon.

        Oh Pierre, mon doux cochon, n'arrête pas je t'en prie.

        Oh Mathilde, rappelle-moi mon doux cochon, ça me rend tout chose.

        Doux cochon.

        Oui, encore.

        Doux cochon, doux cochon, doux cochon.

        Oh Mathilde.

        Oh oui Pierre, continue, poursuis, pousse et tire, n'arrête surtout pas, oh oui, oh.. oh.. oh, c'est bon, tiens le rythme, you've got the rhytm baby, c'est bon, oh, oh, oh Albèèèèèèeèèrrrrt !

       

       

C'est ainsi qu'elle se fit masculer – pardon basculer – Miss Lapsus, de la réalité à la fiction. C'est ainsi qu'elle passa enfin de l'anonymat à l'histoire.

Le carnet de l'auteur

Miss Lapsus (Claire)

            Lorsque j’étais jeune, je travaillais dans un établissement dirigé par une femme célibataire qui adorait son petit chien qu’elle avait appelé Quito.

            Par dérision, et entre nous, nous l’appelions Clito. Deux années passèrent et cette femme partit.

            Elle vînt nous voir plusieurs mois après et mon amie et collègue lui demanda aimablement des nouvelles de « Clito », ce qui lui valut la torture nous voir éclater d’un fou rire général mais ô combien silencieux dans le dos de la dame qui, un peu dure d’oreille, n’avait pas compris le lapsus !

Miss Lapsus (Périne)

Oups

Oups oups oups

Je pense bien que cette fois c’est la pire. Et comment je vais rattraper ça moi ? C’est la catastrophe… Bon pour l’instant, il semble ne rien avoir entendu… espérons que ça dure… de toute façon s’il avait entendu quelque chose il serait bien empressé de me le dire… Je le vois d’ici : « hey hum hum hum »… avec son air de tourner autour du pot pour que j’avoue moi-même ma faute… Et puis à près tout, ça lui est déjà arrivé, une fois. Et j’ai eu la délicatesse de ne pas le faire remarquer haut et fort, je n’ai rien dit, je suis restée sereine, je sais que ça peut arriver… oh oui ! Ça je le sais ! Oh combien, et c’est le cas de le dire. Mais qu’est-ce qui m’a pris ??? Que va-t-il s’imaginer ? Ça c’est encore la faute du boulot, je travaille trop, je suis trop stressée, et de que je me relâche un peu : la vraie reine des boulettes ! Ah ça pour être la reine !!!!

-         Chérie ?

-         ….

-         Chérie ??

-         Oui

-         Tu m’as appelé comment ?

Miss Lapsus (Bibi)

Bourdon virevoltant autour du photocopieur, elle se mit à rager d’une voix d’une petite fille :

« Flûte ! Encore un bourrage !

Ah, vraiment, aujourd’hui, ce n’est pas mon jour de chance…

Cher Monsieur Rambaud, pourriez-vous m’aider ? »

Assis devant le tas de copies que les cinquième trois avaient invariablement torchonnées, Rambert interrompit ses corrections.

Il la considéra d’un œil dubitatif.

Rambo.

Elle l’avait appelé Rambo, la miss Lapsus…

C’est ainsi qu’on la surnommait au collège.

Elle écorchait tous les noms, elle n’épargnait personne, son inconscient déployait à l’envie une gamme infinie d’images fluctuant selon l’humeur, le temps qu’il faisait, l’incroyable propension des choses de ce monde à lui résister…

Ce matin, elle avait besoin d’un héros.

Rambert l’obscur, Rambert l’amer promu Rambo de la feuille coincée, propulsé Rambo de la débourre.

Triste figure !

Il exécuta, silencieux, le piètre numéro du contorsionniste s’activant dans les bas-fonds de la machine, Rambert rampant aux pieds de la miss, les fines chevilles, les mollets délicatement galbés de la miss, le parfum poudré et chaud dont elle signait sa présence têtue. Un bref instant, il ferma les yeux, comme un grisé par le léger vent de mer…

Soudain, elle l’abandonna pour Vincent Gérard qui, balançant sur la table sa sacoche, évitant d’un cheveu la morne pile des copies rambaldiennes, faisait son entrée dans la salle des profs.

« Ah ! Cher Monsieur Lanvin, minauda-t-elle, vous tombez bien. J’ai un petit souci, je reçois samedi. Nous aurons des gambas flambées. Quel vin me conseillez-vous ?...»

Et patati et patata, tout à son entretien avec le grand con, elle l’oublia tout à fait, lui, l’accroupi, l’éphémère, le Rambo d’un fragment de jour ouvrable.

Dernier regard en douce vers la chute de reins vertigineuse, épousant en rêve la croupe altière.

Un jour, il l’épinglerait, Lolita Lapsus.

Il se releva, hésita, d’un doigt tremblé, appuya sur la touche « marche ».

Miss Lapsus (Wictoria)

J’ai pas d’idée
je vais me coucher
il veut fumer
il allume sa cigarette
j’ouvre la fenêtre
je vais me coucher
j’ai mal à la tête
il va se coucher
le lit bleu est froissé
je dors de mon côté
mais où ai-je la tête
sur l’oreiller
je suis en transe
je rêve je pense
il souffle à mon oreille
quelques mots
je t’aime
comme tous les soirs
comme mon espoir
je me relève
dehors la Lune
surveille
mes pas nus descendent
me faire un café
j’ai tout oublié
j’aurais dû lui dire

mais non
au lieu de cela
j’ai dit

c’est pas ma faute
j’ai mal à la tête
peut-être
alors j’en dis pas plus
je signe
miss Lapsus.

Le carnet de l'auteure

Miss Lapsus (Bertrand)

Je n'ai même pas sorti les clés de ma poche. Simplement poussé la porte qui, bien sûr s'est ouverte. C'était couru d'avance. À peine un frisson de colère, j'ai barré derrière moi.

L'écho de mes pas sur le plancher confirmait sans qu'il soit besoin de voir. Vide, le grand bureau d'en avant. Vide, le buffet du salon. Vide, la garde-robe dans la chambre. Et c'est fou comme une salle de bains peut avoir l'air plus grande sans la panoplie d'une fille.

J'ai pris une bière dans le frigidaire. Bien froide. Aussi froide que moi à l'intérieur. J'ai commencé à penser comment j'allais réagencer mes meubles. Onze mois.

Onze petits mois d'amour, d'efforts, d'essais. D'erreurs aussi. Mais onze mois de profond désir, de volonté que ça marche...

Ma volonté. Pas la tienne. Tu n'as jamais embarqué. Tu n'as jamais franchi le seuil de notre couple. Tu es resté à notre porte, trop lâche pour oser, trop égoïste pour t'y investir, trop pauvre de choses à donner.

Je parlais à voix haute. J'ai calé ma bière.

Quand tu me disais: "je t'aime", c'est plutôt "je m'aime" que tu voulais dire.

Méchant lapsus, Miss… Méchant lapsus…

J'ai claqué la porte en ressortant, pour aller me saoûler la gueule.

Le carnet de l'auteur

Miss Lapsus (Serge)

La petite Salle des Ventes est pleine. Une trentaine de personnes sont assisses face à l’estrade.

Aujourd’hui j’officie pour la première fois. Je suis le commissaire priseur, en quête d’acheteurs. Les lots qui sont inscrits sur la liste proviennent d’une liquidation assez pauvre. Quelques meubles simples, dont on imagine qu’ils ont été les spectateurs d’une vie modeste.

Le premier lot est une horloge de campagne, au noble bois que les ans ont ciré. La notice de vente indique qu’elle fonctionne encore malgré son âge antique. A mes cotés se tient Rémi, greffier à l’étude des notaires. Sa présence est rassurante, je le sens à ses gestes d’expérience qui m’encouragent.

Je m’approche de la chaire sur laquelle sont installés les instruments de la profession ; le tapis vert, le maillet et son support.

Le silence se pose sur l’assemblée. Tous me regardent. Le trac tord mon ventre et noue ma gorge. Je n’ai qu’une vision d’ensemble de la salle. Tous les détails sont oubliés. Ah ! Un mouvement que suivent mes yeux à droite ! Non fausse alerte, les enchères n’ont pas encore débuté.

« Mesdames et Messieurs,… »,  (Les mots me viennent comme dictés par une conscience un peu décalée. Ces mots je les ai répétés une partie de la nuit…)

« …la vente va commencer par une magnifique horloge en toc… En teck… » (mais que se passe t’il, qu’est ce que je dois dire déjà ?)

Des sourires apparaissent, un rire aussi à ma gauche, un autre au fond…

« Pardonnez moi, je voulais dire une magnifique horloge antique et en …en… »

« Enchaîne, enchaîne… », me souffle Rémi qui semble avoir dépassé le vouvoiement pour me sauver de ce trou de mémoire.

« Cette magnifique horloge en .. .Bois… »

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Miss Lapsus (Nan')

Au cours d’un dîner très gnan-gnan et collet monté,
j'engage enfin la conversation avec les hôtes aux lèvres pincées.
Cherchant désespérément sur quel sujet les amener
de façon à faire perdurer une conversation,
je me lance un peu perdue, en voulant ébaucher leur timidité
qui les empêche d’ouvrir la bouche,
avec ces mots :

« Et bien, vous n’êtes pas très connasses ! »

Je voulais dire « loquaces »…

Le carnet de l'auteure