Dans une lointaine contrée orientale était une ville prospère.
Construite aux portes du désert, le long d'un fleuve majestueux et large, cette cité
(Attif-Houtta-Katta, les six « T ») était le carrefour idéal des commerçants. Les caravanes du désert apportaient à dos de chameaux les plus grandes richesses des contrées voisines, l'or et l'argent, les pierres et métaux précieux extraits des mines du désert. Les bateaux des pays plus au nord venaient nombreux échanger les bois précieux, les tissus et les soieries les plus fines dont les populations du désert étaient dépourvues. La ville était réputée pour l'honnêteté et la vertu de ses marchands. Une très puissante guilde veillait au grain, et rares étaient les contrevenants (leur durée de vie en tant que fraudeurs n'excédant quasiment jamais la semaine). L'exemple que la Guilde faisait d'eux avait eu tôt fait de convaincre les plus réticents que la corruption n'était finalement pas une si bonne solution, même à court terme, et qu'un peu de loyauté et d'intégrité apportait une sérénité des plus agréables.
Quoiqu'il en soit (soie) les tissus les plus fins était dans cette ville une marque de richesse, et l'omniprésence de la Guilde faisait rimer richesse avec honnêteté. Par ailleurs, les plus puissants poussaient même la finesse de leur vêtement à l'extrême en n'en portant pas (à jouer au malin, l'un deux avait d'ailleurs tenté de réduire encore l'épaisseur déjà nulle ; il s'en était tiré avec de méchantes brûlures à des parties « sensibles », et beaucoup avait trouvé soudainement que la simple nudité était raisonnablement fine). Cela vous parait surprenant, mais que peux cacher un homme nu ? Comment pourrait-il trahir s'il est aussi transparent ?
C'est donc pour cela que parmi les plus riches marchands, les onze sages, expressément nommé par la Guilde étaient les seuls habilités à se montrer nu en ville. Ils apportaient par leur nudité un sceau de moralité et de vertu à toute transaction. Leur présence à une table de négociation était d'ailleurs signe d'une réussite presque assurée du bon déroulement des transactions. On s'arrachait leurs services à prix d'or (hormis leur service trois pièces, quoiqu'il intéressait parfois d'autre forme de « transaction »). Enfin pas exactement. Ces hommes étaient des excentriques (sans jeu de mots).
L'or sortait des mines du désert, extraite parfois à des prix coûteux … sur le plan humain. Et elle leur semblait sale, cette marchandise qu'on extrayait de la terre au prix de conditions de travail si difficiles, et au prix de la liberté des mineurs qui étaient bien souvent des esclaves.
Ces hommes donc chérissaient par-dessus tous les agriculteurs, ceux qui de leurs mains travaillaient la terre nourricière, l'entretenait, la cultivaient et communiaient avec elle au long des saisons pour nourrir le monde. Par-dessus tout, le pain, issu du blé était par sa simplicité l'aliment favori de ces hommes de vertu. C'est donc avec le plus grand naturel qu'ils garnissaient de paille leur demeure et leurs places, et eux seuls avaient ce privilège.
Tout nu sur leur trône de paille, le marchand était l'incarnation même de la vertu. Ils étaient l'incarnation d'un ordre moral au dessus de tout soupçon.
Il semblerait aujourd'hui que le sens de l'expression ait bien changé, puisque les sens de « être sur la paille » et « tout nu » signifient peu ou prou être ruiné. Drôle d'époque qui inverse le sens des mots et prête aux plus belles expressions des connotations aussi négatives et tristes.
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