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« Le conte de la sorcière chagrine (Julius Rosenburger) | Accueil | Lancement de la semaine 25 »

Le conte de la sorcière chagrine (Anne Archet)

(Un conte de ma mère l'Archet pour tous les enfants sages de Coïtus Impromptus.)

Il y a de cela nombre d’années vivait dans une sombre forêt  une horrible et méchante sorcière nommée Cunégonde qui avait l’horrible et méchante habitude d’enlever les jeunes filles des villages avoisinants pour en faire ses esclaves domestiques. Ces malheureuses devaient ainsi, loin de leur famille, frotter et récurer du matin au soir, blanchir et nourrir la méchante et horrible sorcière pour qu’elle puisse ainsi avoir tout le loisir de planifier ses vilenies dirigées contre les paysans de la contrée.

Or, vint un jour où l’horrible et méchante sorcière perdit inexplicablement goût à la magie noire. Sans comprendre pourquoi, le nouage d’aiguillette et la dévastation des récoltes par des sauterelles cessaient de lui procurer du plaisir, ce qui la rendit chagrine et mélancolique. Même la transformation du bourgmestre en verrat couillu ne la fit que soupirer davantage. Prise d’une étrange langueur, elle pouvait rester des heures à contempler le fond de sa marmite, laissant même parfois la bave de crapaud coller au fond. Elle se mettait alors à pleurer sans raison, jusqu’à ce que ses larmes se mettent à slalomer entre les verrues poilues de son visage.

Évidemment, ses activités maléfiques en pâtirent rapidement. Elle cessa bientôt de surveiller systématiquement les agissements de ses captives soubrettes qui en profitèrent toutes pour jouer les filles de l’air l’une après l’autre. Après quelques jours, il ne resta dans l’antre de l’horrible et méchante mais chagrine sorcière Cunégonde que Blandine, la moins futée de ses boniches, qui attendait bêtement la permission de sa patronne pour se faire la malle. Mais pis encore, Cunégonde n’avait plus la force de perpétrer ses forfaits, si bien qu’il n’y eut finalement plus rien à manger. Un matin, elle ordonna donc à sa dernière servante :

– Blandine ! Petite idiote ! Rends-toi immédiatement au marché et va vendre ta chatte. Tu reviendras avec tout l’argent où je te transforme en sangsue !

Blandine fondit en larmes car elle possédait cette chatte depuis sa naissance et y était très attachée. Elle était douce et chaude avec une jolie fourrure brune. Le soir, lorsque ses corvées étaient enfin finies, la jeune fille pouvait s’allonger et jouer avec elle pendant des heures et des heures, ce qui lui procurait toujours énormément de plaisir. Mais Blandine était obéissante, alors elle garda sa chatte bien cachée dans ses hardes et s’en fut au marché du village voisin.

Alors qu’elle marchait depuis une heure, un brouillard épais enveloppa la forêt, si bien que Blandine perdit son chemin. Elle erra en pleurant pendant toute la journée, s’enfonçant toujours davantage dans la forêt si bien qu’au crépuscule elle se trouva définitivement perdue, épuisée et transie, terrorisée par les hurlements des loups dans le lointain. Grelottante dans ses haillons, elle sombrait dans le désespoir lorsqu’elle aperçut une lumière à travers les branches.

Cette lumière provenait de la fenêtre d’une minuscule chaumière. Blandine frappa à la porte et un homme costaud à la barbe rousse et broussailleuse lui ouvrit : c’était le garde champêtre.

– Je vous en supplie, mon bon monsieur, de m’accorder asile pour la nuit. Je me suis perdue en voulant me rendre au marché sur ordre de ma maîtresse.

– Et que me donneras-tu si je t’offre l’hospitalité de ma chaumière ? demanda le barbu.

– Je crains n’avoir rien à vous offrir, répondit Blandine. Je ne suis qu’une pauvre servante perdue en forêt.

– Mais je crois comprendre que tu tiens quelque chose sous ta jupe… s’enquis le garde champêtre d’un air intéressé.

– Ce n’est que ma chatte que je dois aller vendre au marché, répondit poliment Blandine.

– Dans ce cas, entre mon enfant et viens te restaurer. Nous aurons ensuite tout le temps d’examiner cette fameuse chatte, dit le gaillard, enchanté, en ouvrant toute grande sa porte.

Blandine s’installa à la table près du foyer et mangea la soupe que lui servit le garde champêtre. Lorsqu’elle fut rassasiée et réchauffée, elle releva sa robe pour lui montrer sa chatte, qui s’était assoupie sous les vêtements de sa maîtresse. Le garde champêtre la trouva si mignonne qu’il ne put s’empêcher de la caresser tendrement. Blandine, reconnaissante de l’hospitalité du garde champêtre, fut si ravie qu’on s’occupe si gentiment de sa chatte et si qu’elle décida de la lui offrir.

– Tu es une charmante enfant et c’est avec plaisir que je prendrai ta chatte, lui répondit l’homme des bois.

Ils se retirèrent donc pour la nuit dans le grand lit de la chaumière et le garde champêtre prit la chatte de Blandine avec affection jusqu’aux petites heures du matin, en l’embrassant et en la chatouillant des poils de sa barbe. Et Blandine se dit qu’elle était rudement chanceuse d’avoir donné sa chatte à quelqu’un qui l’aimait autant et qui savait si bien s’en occuper.

Au matin, Blandine quitta la chaumière du garde champêtre et se dirigea vers le marché. Hélas, après une heure de marche, elle se souvint qu’elle avait déjà donné sa chatte et qu’elle n’avait ainsi plus rien à vendre. En la voyant revenir sans pièces d’or, la chagrine mais néanmoins méchante sorcière Cunégonde n’hésiterait pas à lui faire subir mille sévices pour châtier sa désobéissance. À l’orée d’une clairière, Blandine se mit à pleurer, ne sachant plus que faire et où aller.

C’est alors qu’apparut dans une nuée d’étoiles scintillantes une dame magnifique aux cheveux dorés comme les blés et à la robe sertie de pierres précieuses.

– Ma douce Blandine, ne pleure pas. Je suis ta marraine la fée Carambouille.

– Je ne savais pas que j’avais une fée marraine, dit Blandine, incrédule.

– C’est une règle du genre, chérie, mieux vaut l’accepter sans se poser de questions. Alors, quelle est la cause de ce gros chagrin ?

– C’est que je n’ai plus rien à vendre au marché, que la sorcière me punira et que je n’ai rien mangé depuis ce matin.

– Mais n’as-tu pas encore ta chatte mignonne à offrir aux bourgeois ? demanda la fée, inquiète.

– Hélas non, bonne marraine, car je l’ai donnée au garde champêtre qui sut si bien la faire ronronner et baver d’aise.

– Petite étourdie, gronda gentiment la fée, je ferai en sorte que tu apprendras bientôt la vraie nature des chattes. Mais en attendant, laisse-moi t’offrir mon abricot, celui que je garde précieusement dans les plis de ma robe. Il est magique car il rassasie tout ceux et celles qui le goûtent même si personne n’arrive jamais à le manger.

– Oh ! Bonne marraine ! Montrez-moi votre abricot, que je puisse le savourer. J’ai si faim !

La fée Carambouille, qui n’était pas peu fière de son abricot, releva sa robe de soie et le présenta à sa filleule. Blandine le contempla avant de le porter à sa bouche. Il était dodu, fendu et très juteux. Son parfum était si vif qu’il embaumait la clairière. Blandine le lécha avec avidité pour en boire tout le nectar, le pressa contre ses lèvres pour en déguster la chair rosée dans toute son épaisseur. Quant à la fée Carambouille, elle ressentit un vif plaisir de voir sa filleule rendre hommage à son abricot fendu avec autant d’enthousiasme.

– Bonne marraine, comme votre fruit est délicieux ! J’en suis rassasiée et pourtant, il a l’air à peine entamé. Peut-être un peu plus ouvert, mais à peine… s’étonna Blandine.

– C’est le don particulier de mon abricot, répondit la fée en soupirant d’aise. Maintenant, réglons ton problème de chatte et de sorcière. Suis le sentier que voilà. Il te conduira à la tente du preux chevalier. Avant de te présenter à lui, défais les deux premiers boutons de ton corsage. Il t’accueillera alors avec grands égards et te proposera une solution à tous tes malheurs.

À ces mots, la fée Carambouille disparut dans la même nuée d’étoiles scintillantes qui lui avait servi précédemment à apparaître. Après son départ, Blandine décida qu’il serait sage de suivre ses conseils et emprunta le petit sentier après avoir déboutonné son corsage.

Après quelques minutes de marche, elle aperçut une tente vermeille décorée de galons et d’oriflammes. Était attaché non loin un magnifique destrier à la robe blanche tachetée de roux. Et devant la tente, un jeune homme magnifique, aux cheveux noirs et soyeux, s’affairait à polir une armure. À l’approche de Blandine, il leva les yeux sur elle et arbora immédiatement un large sourire.

– Bien le bonjour, jouvencelle. Je suis le chevalier Lancelot du Dard, de la cour du roi Gonzalve. Que fait une si charmante damoiselle en un endroit aussi reculé de la forêt ?

Blandine, charmée par ces paroles galantes, raconta toute son histoire au chevalier du Dard, qui après l’avoir attentivement écoutée lui parla en ces termes :

– Ma bonne et candide Blandine, je crois savoir comment vous sortir de cette fâcheuse situation. Je garde, bien caché dans mon pantalon, un gros gourdin qui me servit à moult reprises à châtier maintes scélératesses. Jamais il ne me fit défaut et je vous l’offre de bonne grâce, si vous le désirez.

– Messire, je le désire ardemment. Qu’attentez-vous pour me le montrer ?

Le chevalier s’exécuta de bonne grâce et Blandine constata de visu qu’il n’avait pas usé de vaines paroles. Son gourdin était effectivement de taille impressionnante ; il était long, veiné et noueux et semblait être l’outil tout désigné pour tenir toute sorcière en respect. Blandine le prit par le manche, l’astiqua un peu pour en juger de sa puissance, puis se mit à le manier, d’abord timidement, puis avec frénésie. Le chevalier du Dard donna donc avec plaisir son gros gourdin à Blandine et les deux jeunes gens s’amusèrent ainsi jusqu’à la brunante où, épuisés par tous ces épanchements, il sombrèrent, chacun dans les bras de l’autre, dans le sommeil.

Le lendemain, lorsque Blandine s’éveilla, Lancelot du Dard avait disparu… ainsi que son gros gourdin, ce qui parut fort déloyal pour un preux chevalier. Blandine était triste ; où donc était la solution à tous ses problèmes qui lui avait promis sa fée marraine ? Elle s’était tout simplement fait avoir.

– J’ai donné ma chatte en échange d’un toit et d’un bol de soupe, se dit-elle. On m’a donné un abricot et un gourdin et maintenant je n’ai plus rien. Mes malheurs finiront-ils par prendre fin ?

Elle était sur le point d’éclater en sanglots lorsque qu’elle sentit quelque chose sous la main qu’elle avait posée entre ses cuisses. Elle reconnut immédiatement cette bosse duveteuse sous son jupon : c’était sa chatte. Blandine se dit que le gros gourdin du sieur du Dard était probablement magique et qu’il avait fait en sorte que sa chatte lui revienne par enchantement.

Joyeuse, elle retourna à la hâte dans l’antre de la méchante et chagrine sorcière Cunégonde, à qui elle raconta toute son histoire. Celle-ci ne fut que médiocrement impressionnée par le retour miraculeux de la chatte de Blandine. Mais contre toute attente elle s’abstint de châtier l’étourdie (qui après tout n’était pas revenue avec les pièces d’or tant attendues). C’est que pendant l’absence de sa boniche, Cunégonde rencontra un gredin de la région qui se mit en tête de venir hebdomadairement lui asséner des coups de gourdin, ce qui eut l’effet curieux de cesser de la rendre chagrine et méchante. Elle offrit donc deux semaines d’émoluments ainsi que les avantages sociaux réglementaires à Blandine en lui recommandant fortement de vider les lieux avant le retour prochain de son galant gredin au gourdin.

Moralité :

Chatte est chose fort belle :
Qu’elle soit donnée ou vendue,
Qu’elle soit cédée ou perdue,
Toujours avec soi reste-t-elle.

Autre moralité :

Pour rendre scélératesse moins chagrine
(Même si de l’avouer me donne mal aux seins)
Il faut, plus souvent qu’autrement, un gros gourdin
Parole de conteuse autrement gouine.

Le carnet de l'auteure

Commentaires

Moralité bis : avanies et framboises sont les mamelles du destin ! ;-)

sa pe etre interessan mai c un peu long ! essayer de racourcir svp !! vioci mon numéro pour en savoir plus : 06-33-89-66-78

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