Il marchait à une dizaine de mètres en avant de moi. La neige se soulevait en rafale, aveuglant mes yeux d’enfant. Il tenait une arme à feu, le canon pointé vers le sol. De temps à autre, il jetait un œil derrière son épaule, m’observait un court instant, comme pour s’assurer que j’étais toujours là. Impossible de faire autrement. Nous marchions depuis plus d’une heure, nous enfonçant toujours plus loin dans la forêt.
Le soleil s’était mi à décliner derrière les montagnes. Je crois qu’il n’avait jamais fait aussi froid.
Mon père n’avait pas prononcé un seul mot depuis que nous avions quitté la maison. Seuls des grognements accompagnaient ses directives. Prendre le sentier par ici, traverser le ruisseau par-là. Pour suivre son rythme, il me fallait doubler la cadence. J’avais une dizaine d’années. Mon cœur battait très fort. Je commençais à penser que nous ne serions pas de retour à la maison avant la nuit.
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8 décembre d’une année quelconque
Toute seule, rien pour m'occuper ou me divertir, personne pour me rassurer, tout mon temps pour conduire mes pensées si loin qu'elles ne puissent trouver le chemin du retour, j'angoisse, je questionne...et souvent, il me vient aussi un grincement de cage...une cage rouillée et mal entretenue, une porte aux gonds qui grincent.
Peur d'être tenue dans le mensonge ou la demi-vérité?
Et si je voyais ce qui s'est vraiment passé, comme un observateur silencieux? En aurais-je la même évocation?
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Au moins, ce matin, il fait assez beau.
Le soleil réapparaît entre deux nuages traînants, le vent et la pluie ont cessé de battre aux fenêtres.
Les fleurs roses du prunus sont même restées collées aux vitres, vestiges de l’orage d’hier soir. C’est l’infirmière qui m’a rappelé le nom de «prunus» ; d’ailleurs je ne suis pas certain de l’avoir jamais su. Quand elle a ouvert la porte de l’allée, le parfum des glycines s’est engouffré jusqu’à nous. Je respire cette senteur des glycines à grandes goulées. J’adore cette odeur.
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C'est l'histoire d'une femme qui est sur la jetée et qui pense à un homme qui lui a écrit qu'il a pensé à elle. Ca pourrait commencer ainsi, oui, mais je ne vais pas écrire à la troisième personne, pourquoi écrire à la troisième personne puisque c'est encore de moi que je vais parler ? Je n'ai pas encore épuisé le sujet, inventer, fictionner, le moment n'est pas encore venu, ni l'envie, ni le besoin. Alors ELLE attendra.
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Jeudi 28 Avril 2005,
Comme à tous les jours, j'ai pris l'autobus pour recouvrer la constance du douillet confort de ma demeure. Et comme souvent, je me contentais lors du trajet de regarder partout en ne portant attention à rien, conservant une mine un peu défaitiste mêlée des mortes euphories de la journée.
Puis tandis que je fleuretais encore avec le vide des cent visages tentant de s'oublier devant moi, ma vision rendue glauque d'homogénéité s'est éclairée, brusquement.
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Samedi dernier, dix huit heures, j'hésite. Vais-je voir ma soeur qui m'a invité. J'admets, c'est loin Clayton, je ne sais même pas où c'est et le ciel qui tisse des rideaux hydriques.
Une heure passe, mon auto, réparée plus tôt dans la semaine, me réside encore en source d'inquiétudes. J'appelle ma cadette et lui demande finalement l'itinéraire. La première partie est claire, la 40 et la 417, je connais, dépasse Ottawa et me retrouve dans le néant. Encore là, rien de nouveau pour moi. Vingt heure, bagages vite faits, ferme ce qui est ouvert, un ami téléphone, deux mots, de toute façon on se voit le lendemain soir à l'impro, ma casquette et me dirige vers ma voiture.
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