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    Ce carnet est un site de création collective. Il regroupe les textes de plusieurs auteurs différents tous inspirés d'un thème commun. Le thème est mis en ligne dans la nuit de dimanche à lundi et la date de tombée est le dimanche suivant avant minuit (heure de Montréal). Pour tout renseignement, pour participer ou pour soumettre un thème pour les prochaines semaines:

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Après bientôt un an, soit 46 semaines et plus de 1 000 textes, Coitus Impromptus Version 1.0 arrive à la fin de son aventure. Mais ne vous inquiétez pas, il ne s'agit là que d'une réincarnation. Un petit frère est né dans le plus grand secret il y a quelques jours. Il s'appelle Coitus Impromptus (Version 2.0) . Il vous attend et prendra soin de vos mots. Quant à ce lieu, il reste ouvert en mémoire de ce que fut le début de cette expérience. Qu'elle continue encore longtemps sur le nouveau site.

Le thème 1 du Coitus Impromptus (Version 2.0) est :
Finir le texte par : Une nouvelle ère/aire s'ouvrait à eux!

Date de tombée : dimanche 22 janvier à Minuit (heure Paris)

Bien à vous.

Catherine, Laurence, Obni, Chon, Sasquatch Urbain, Tubuai.

N.B. : Nous acceptons encore exceptionnellement les participations à "Amour Digital" jusqu'à lundi soir Minuit (heure de Montréal). Elles seront publiées en dessous de ce billet.

Amour digital (Le Bateleur)

Bien plus facile désormais

Autrefois ils étaient là, sous nos yeux, proches à nous toucher avec leurs odeurs ...

L'aspect je parvenais à m'y habituer, mais l'odeur !

Ce mélange de sueur, d'urine et de ce que l'on devinait être du vin à force de les voir vivre en
petit groupe réuni autour d'une bouteille comme autour d'un boucan.*

Autrefois les plus courageux d'entre nous, ceux dont la foi ardente parvenait à effacer en eux
ce dégoût qui nous étreignait tous, ceux là lavaient même ce qu'il restait de corps sous les
fripes crasseuses. Pas facile, car bien peu se laissaient faire, par paresse, reste de pudeur ou
simplement en continuité avec ce refus total d'un monde détesté, refus d'autant plus définitif
qu'il n'était que la réplique symétrique de celui du monde lui-même à leur encontre.

Moi, j'avais choisi la soupe.

Prendre le bol, le remplir – une louche et demi d'un liquide brunâtre parsemé de légumes
bouillis au fumet rassurant – l'offrir, en plaçant les doigts de manière à éviter la main qui se
tend, glisser un regard doux et régulier dans son mouvement – surtout ne pas se laisser
attraper – droit devant, mimer un sourire, lâcher un bonjour calibré, chaud comme la soupe ou
l'une de ces paroles neutres qui n'appellent aucune réponse, puis se saisir d'un nouveau
récipient.

Au début, malgré les conseils des anciens, j'y plaçais une cuillère, mais la plupart préféraient
boire à même le bol et certains la faisaient tomber à terre éclaboussant tout autour d'eux sans
même sembler s'en apercevoir.

Bien plus facile désormais, moins éprouvant, beaucoup moins éprouvant ... et plus cette
odeur !

Le virement automatique part à date fixe : 30€, même pas la peine de vérifier l'état de mon
compte !

Ceux qui s'en occupent à présent sont de vrais professionnels, pas des comme nous, avec juste
dans leurs mains le désir de bien faire, de répandre l'amour et la fraternité sur le monde, mais
si démunis, si maladroit, si loin de l'indispensable sainteté

...

et puis, cette odeur  !


*feu de camp sur lequel on faisait boucaner  la viande.

Le carnet de l'auteur

Amour digital (Fuligineuse)

Amour digital
Ombre virtuelle
Amour capital
Image rituelle
Loin de l’hôpital
Présence sensuelle
Amour zénithal
Essence habituelle
Peu sacerdotal
Amour essentiel
Ni occidental
Ni confidentiel
Corps monumental
Elan torrentiel
Cœur horizontal
Démon si cruel
Amour digital

Le carnet de l'auteure

Amour digital (Thomas)

C'était en 20.., le soir du quatorze juillet. Avec elle, j'étais allé au bal des pompiers, juste un peu, pour s'amuser et prendre une coupe de champagne. Nous avions été sages et rentrions à pieds. La nuit estivale était douce.
Sur les quais, rive gauche, nous sommes arrivés à hauteur du pont Neuf. Je lui ai proposé un détour. J'ai entraîné ses pas vers un passage étroit, et la place Dauphine s'est ouverte devant nous.
La place était déserte. Un parterre de roses à nos pieds. Le Palais de l'autre côté de la rue. J'ai glissé mes doigts au creux de sa taille. On était bien, là. C'est la première fois que je l'ai embrassée.
Sur le banc de pierre, entre mes bras, elle s'est blottie. Son dos contre mon corps. J'ai respiré l'odeur de ses cheveux et fermé les yeux. Mes mains glissaient sur elle. En elle. Sous la lueur des réverbères, je lui ai fait l'amour du bout des doigts.

Le carnet de l'auteur

Amour digital (Sarah Calas)

Aussi dissemblables que possibles, elle arabe et moi espagnole d'origine lointaine et française plus avant, elle dense et ronde, moi effilée les pieds maigres, mat et blanche, les yeux grands ouverts-aveugle, la peur du noir immense où je me tiens paisiblement. En cette dissemblance parfaite, nous étions complètement faites pour nous entendre : elle habitait parfaitement le creux de mon bras, si parfaitement que ses hanches venaient se loger au dessus du petit creux de ma hanche, lovées ainsi côte à côte on aurait dit le coeur brisé reunit comme deux lèvres qui s'embrassent, en dormant, l'épaule sous sa tête. Comment finirent ces deux personnes si faites pour s'entendre ?

Connaissez vous la paralysie amoureuse ? L'amour hante le corps, le corps de l'amour est une sorte de fantôme puissant, un oiseau qui reste quand la cage a finit par se dissoudre, un amour digital qui me fait lever le bras en pleine nuit, un grand cri lancé vers le ciel poignardé, hurlant de douleur réelle le souvenir enfuit de quand elle était là, à dormir une partie du jour encore, sur mon bras. Cette douleur si physique qui fut jadis une joie, c'est l'absence. Le nerf pincé, le cours du sommeil étranglé, alors le corps qui ne parle pas mais exprime tout muettement sait que l'absence est trop pesante  !

(merci à Mélie des "Enfants rouge" pour sa note sur la Paralysie d'amour  et à B. pour "une passion dans le désert")

Amour digital (Flo)

<p>Léon avait une drôle de passion</p>

Léon avait une drôle de passion. Il aimait les « pan-pan ». Du coup, les femmes qui lui tapaient dans l’œil finissaient mal. Après les avoir gentiment effleurées, il saisissait son arme préférée, visait là où le corps de la dame l’inspirait puis appuyait sur la détente, attendant fébrilement la suite : deux sons brefs, intenses, retentissants qui le faisaient exploser.

Lorsque ses crimes furent enfin élucidés, les experts appelés à son chevet parlèrent abondamment de perversion, de fétichisme et de cette fameuse punition reçue à cinq ans quand il avait voulu savoir, un peu trop concrètement pour ses parents, la différence entre les petites filles et les petits garçons. Un journaliste préféra tout simplement titrer : « Léon ou la folie de l’amour digital ». Il fut immédiatement viré.

Le carnet de l'auteure
   

Amour digital (Catherine)

Aphorisme québécois

Après chaque nuit d'amour, la québécoise célibataire, l'oreille au combiné, s'étire le doigt et la mémoire entre l'étoile et le 69. Cinquante sous la dose, pour se convaincre qu'il n'a pas rappelé et qu'il n'y aura pas de réponse au numéro qu'elle voudrait s'inventer.

Le carnet de l'auteure

Amour digital (Obni)

C’est l’histoire d’un jeune saumon éperdument amoureux. Ses parents sont furieux. Ils tournent, ils tournent en rond… font des bulles de colère, sautent hors de l'eau, donnent des coups de queue.

- Il n’y connaît rien ! Il a l'écaille si souple ! Tu te rends compte, il n'a pas encore la nageoire formée ! tonne la mère.

- Qu’il remonte d’abord la rivière et après on verra ! renchérit le père.

Du coup, discrètement, sa famille lui donne à manger de cette plante en forme de gant dont la feuille ralentit les mouvements du cœur. Vous savez…

Ah ! L'amour du digital !

Le carnet de l'auteur

Amour digital (Fazou)

Dernières mutations
À l’ère préhistorique de notre amour, l’évolution
Du Metacarpe Diem digital sauvage,
Descendant direct
Du jeu de la paume divine.

Le métacarpe glisse sur la vague souple de tes reins,
Lui et tout son banc serré des dix doigts de la main.
Les doigts s’échappent, poissons dans le sillon mouvant
De ton dos musculeux, frayant sur la chair douce de tes flancs

Ils croisent au bout de tes jambes, fascinés,
Les dix bébés roses qui tètent tes pieds

Les mains s’enroulent autour des cuisses immenses
Et remontent à la source de ton ventre chaud
Sur le socle duquel ils s’échouent,
Devenant reptiliens.
Sur cette plage échauffent la langueur des sangs
Réveillent le premier arrivant
Qui défend hardiment sa place
En dressant des menaces

Mais les mains reptiles ne craignent rien,
Aveugles rampantes dont les antennes
Viennent se désaltérer sans bruit…

Maintenant que tu es loin
Les mains s’agacent, anxieuses
Elles essaient de rassembler en mots
Les lettres délitées sur un clavier
Chaque touche est une écaille

De cet amour ancien
Les doigts pianotent
Sur la peau dure de plastique
Pour essayer de fixer l’empreinte
Du souvenir de ta peau

Amour digital (Fils-invisibles)

La première lettre

C’est la seule qui compte, qu’on a envie de relire tous les jours, à la recherche d’un sens caché, d’un aveu oublié. Les autres, de plus en plus longues, de plus en plus anodines, ont perdu leur mystère au profit de l’abondance. La dernière, peut-être, annonciatrice de rupture, retrouve avec la désillusion d’en finir un semblant de pouvoir.

Mais les premiers mots ! Les mots ? Ils commencent bien avant d’être prononcés, on les imagine sur les lèvres de l’amie, de l’amant, fraîcheur amplifiée par la dévotion, puis lentement sur le cœur, bonheur tamisé d’incertitude. Comme ils semblent forts, les premiers mots ! On les consomme tout de suite, comme un premier baiser, avec une avidité faussement instinctive. En fait, tout est écrit : la quantité, ce ni trop ni trop peu qui fait l’annonce idéale ; le sentiment amoureux immédiat ponctué par un soupir, un clignement de paupières, ou un silence qui les vaut ; la sensation trompeuse d’un bonheur qui s’inscrit dans l’infini… En même temps, on sait déjà. Tout le meilleur est pris. On repose la lettre, on l’éloigne même un peu sur la table de chevet. On savoure la couleur de l’enveloppe, le pli du papier, le tracé de l’écriture, encore chaude, faux miel. Par tout un rituel de sagesse et d’attente, on voudrait maîtriser le miracle qui vient à la fois de se produire et de nous échapper.

On lit avec satisfaction, au dos de l’enveloppe, le nom et l’adresse précis de l’expéditeur. Mais l’écrivain et l’écriture peuvent s’interroger, se répondre en abîme, rien ne se multipliera plus. On aimerait garder le secret de l’amour pur, et l’enfermer dans des formules. Mais devant sa petite table éclaboussée de faux espoirs, l’amoureux insatisfait ne sauve que les apparences, et lit de plus en plus de lettres avec de moins en moins de joie. C’est un bonheur amer : on lit pour oublier les premiers mots.
(À la manière de… Philippe Delerm, atelier d’écriture, 6 novembre)

Le carnet de l'auteur